LE B OCTOBRE. H
tristement. « — Comte , n dit-il , ■ vous saTei que je ne rail pas de la poésie h froid ; mais , je vous le jure , mon âme n'est plus k moi. — Écoutez, Morrd, > dit Hontecristo, « je a'ai aucun parent au monde, vous le savez. Je me suis habitué à vous regarder comme mon fils ; eh bieo f pour sauver mon fils, je sacrifierais ma vie, à plus forte raison ma fortune. — Que voulez-vous dire? — Je veux dire , Morrel , que vous voulez quitter la vie perce que vous ne connaissez pas toutes les jouissances que la vie promet A une grande fortune. Morrel , je possède près de cent millions , je vous les donne ; avec une pareille fortune vous pouvez atteindre à tous les résultats que vous vous proposez. Êtes-vous ambitieux ? toutes les carrières vous seront ouvertes. Remuez le monde , changez-en la face , livrez-vous à des pratiques insensées , soyez criminel s'il le faut , mais vivez. — Comte, j'ai votre parole , » répondit froidement Morrel ; <• et, « ajouCa-t-il en tirent sa montre, >• il est onze heures et demie. — Morrel ! y songez'vous , sous mes yeux , dans ma maison? — Alors laissez-moi partir, » dit Haximilien devenu sombre , « ou je croirai que vous ne m'aimez pas pour moi , mais pour vous ! n Et il se leva. •< — C'est bien , » dit Montecristo dont te visage s'éclaircit k ces paroles ; « vous le voulez , Morrel , et vous êtes inflexible ; oui ! vous êtes profondément malheureux , et , vous l'avez dit , un miracle seul pourrait vous guérir; asseyez -vous, Morrel, et attendez. »
Morrel obéit; Hontecristo se leva k son tour et alla chercher dans une armoire soigneusement fermée , et dont il portait la clef suspendue ji une chaîne d'or, un petit coffret d'ai^cnt merveilleusement sculpté et ciselé, dont les angles représentaient quatre figures cambrées , pareilles k ces carintides aux élans désolés, figures de femmes, symboles d'anges qui aspirent au ciel. Il posa le coffret sur la table. Puis l'ouvrant , il en tira une petite boite d'or dont le couvercle se leviit par la pression d'un ressort secret. Cette
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no LE COMTE DE HOfTTECRISTO.
bott« contenait une substance onctueuse h demi solide , dont la couleur était indéfinissable , grâce au reflet de l'or poli, des saphirs , des rubis et des émeraudes qui garnissaient la boite. C'était comme un chatoiement d'azur , de pourpre et d'or.
Le &nn\(s puisa une petite quantité de cette substance avec une cuiflup de vermeil, et l'offrit à Horrel en attachant sur lui un long i^gard. On put voir alors que cette substance était verddlre. « Voilà ce que vous m'ovci demandé, » dit-il. u Voilà ce que je vous ai promis. —Vivant encore , » dît le jeune homme , prenant la cuiller des mains deHontecristo, «je vous remercie du fond de mon cœur. ••
Le comte prit une autre cuiller, et puisa une seconde fois dans la boîte d'or, u Qu'allez-vous Taire, ami? » demanda Morrel en lui arrêtant le main. ■ — Ma foi , Morrel , » lui dit-il en souriaut, « je crois, Dieu me pardonne ! que je suis aussi las de la vie que vous, et puisque l'occasion s'en présente... — Arrêtez! « a'ëcrîale jeune homme, k vous qui aimez, vous qu'on aime, vous qui avez la foi et l'espàvnce ; oh ! ne Faites pas ce que je vais faire ; de votre part ce serait un crime. Adieu , mon noble et généreux ami ; adieu , je vais dire h Valentinc tout ce que vous avez fait pour moi. •< Et lentement, sans autre hésitation qu'une longue pression de la main gauche qu'il tendait au comte , Horrel avala ou plutôt savoura la mj'stérieuse substance offerte par Montecri sto.
Alors tous deux se turent. Ali, sileacieui et attentif, apporta le tabac et les narguilés, servit le café et disparut. . Peu k peu les lampes pâlirent dans les mains des statues de marbre qui les soutenaient, et le parfum des cassolettes sembla moins pénétrant k Morrel. Assis vis-à-vis de lui, Moutecristo le regardait du fond de l'ombre, et Morrel ne voyait briller que les yeux du comte.
Une immense douleur s'empara du jeune homme; il seatait le narguilé s'échapper de ses mains ; les objets perdaimt
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