‹ Le comte de Montlosier et le gallicanismeChapitre 12 sur 36 · I.V2 LK C.OMTb; DE MONTLOSIEIÎ · texte numérisé non relu

I.V2 LK C.OMTb; DE MONTLOSIEIÎ

Le il septembre, le Courrier était supprimé. Le prétexte lut une qiierclli' futile avec le Bulletin de Paris, dont le rédacteur, M. Barbet, avait publié que Montlosier, avant la Révolution, débitait dans ses montagnes du vin clairet. Comme indemnité de cette confiscation, il reçut un traitement de six mille francs et fut attaché au ministère des affaires étrangères pour des travaux extraordinaires.

Quand on n'appartenait pas au monde officiel, sous TEinpire, ou quand on ne jouait pas un grand rôle militaire, on ne pouvait confier à ses correspondants que de raies révélations sur les événements extraordinaires qui s'accomplissaient. 11 n'y avait plus de salons à Paris; la gloire du Consulat et des premières années qui le suivirent faisait disparaître dans son éblouissement toutes les taches. Kn province, on ne connaissait que les récits merveilleux rapportés de temps à autre par des officiers sortis la plupart des rangs de la démocratie. Peu à peu cependant les enivrements des victoires cessaient, et la consciiption faisait pleuier les mères. Ceux des paysans qui n'étaient pas aux armées, tout entiers à la joie d'être propriétaires d'un sol libéré, plaidaient contre les

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contrats do vente qui pouvaient avoir une origine réodale. La reconstitution de la société issue de la Révolution et la lassitude des luttes civiles ne donnaient pas de place aux préoccupations politiques.

Les lettres de Montlosier, de 1803 à 1814, sont donc peu intéressantes. Bien que lié avec Chateaubriand, il n'était pas admis dans son monde. 11 ne rencontra qu'une fois la femme qui était devenue l'âme de la société des Joubert, des Mole, des Fontanes, celle qui attachait par sa grâce mélancolique et languissante tous les hommes supérieurs qui rapprochaient, la grande dame si élégante et si frêle qui allait mourir désespérée à Rome dans les bras de René. Nous voulons parler de Pauline de Beaumont-Montmorin.

Montlosier n'était pas assez lettré pour comprendre la nature rêveuse et exquise de Joubert; mais il avait retrouvé ses amies de l'émigration, madame de Montalembert, madame de Montregard. Il vivait péniblement, il avait successivement espéré d'être compris sur les listes d'éligibilité au Sénat, puis sur celle des conseillers de l'Université; aucune de ces espérances ne se réalisa.

11 écrivait en 1805 à M. do llarante : « .l'ai

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failli, non pas mourir, mais être mort. En venant chez moi, vous avez pu voir une porte à côte de la mienne ; c'est là que demeurait mademoiselle Hus la comédienne, qui tout à coup s'est mise à mourir. Ce n'est pas ma faute. Le lendemain, comme le portier qui bat mes habits avait laissé maporte ouverte, les gensde la mort, avec la bière cl tous les apprêts, n'ont pas douté que ce fût moi à qui ils avaient affaire. Je me suis heureusement réveillé à leur grand étonnemcnl. Si j'avais eu le sommeil un peu plus profond, jugez pourtant ce qui serait arrivé. C'était la fin de mes peines. »

M. de Talleyrand le chargea sur ces entrefaites, de la part de l'empereur, de composer un ouvrage sur V ancien ne monarchie. Quatre années de travail, de recherches, furent consacrées à ce livre, qui ne fut publié que sous la Restauration. Montlosier ne l'interrompait que pour faire des courses géologiques, ou pour aller en Auvergne rétablir les débris de son patrimoine, ou pour se rendre k Genève, où Tamilié l'attirait.

C'est dans une de ses visites au préfet du Léman que Montlosier le présenta à madame de Staël. Ce qu'il y avait de délicat et de touchant d;ms sa nostalgie de Paris ne plaisait pas à Montlosier. Il ne

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pomprenail pas qu'elle ne pût pas être heureuse avec une large aisance, devant le spectacle toujours nouveau de la nature la plus grandiose. Il ne sentait pas davantage ce qu'il y avait de supérieur dans cet hommage solennel rendu à la société française.

Au milieu du cercle brillant où causaient, Benjamin Constant, Sismondi, Mathieu de Montmorency, et que dominaient encore la verve, l'éclat, l'enthousiasme de Corinne, Montlosier avait admiré l'esprit judicieux et contenu de son jeune ami, Prosper de Barante. Il savait écouter et il se préparait, en recueillant les opinions des hommes qui avaient le mieux connu le xviir siècle, à écrire le Tableau de la littérature de cette glorieuse époque.

Montlosier garda toujours des relations avec Coppet. Dans une lettre du 20 janvier 1806, adressée au préfet du Léman, nous lisons: « Quand vous verrez madame de Staël, dites-lui que je désirerais qu'elle m'aimât de tout son esprit, car elle en a beaucoup. C'est chez elle la partie dominante; ce n'est pas qu'elle n'ait un très bon cœur, mais c'est pour elle une espèce d'arrière-fief. 0 mon Dieu, qu'ai-je dit? elle qui a en

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horreur le frouvernemenl féodal ! Selon lodli.'s les apparences, elle ne viendra plus de sitôt à Paiis, je m'en consolerais bien à sa place. Mais ne pas venir à Paris, ne pas y. jouir de la belle société, des belles conversations!.. » VA, le 11 avril 1X07, au lendemain de la publication de Corinne, .Monilosier s'exprimait en ces ternies, (jui nous affligent: <i .le n'ai pas encore lu Corinne, mais madame Récamier doit me l'envoyer. J'en entends dire beaucoup de bien. En allendanl, je sais mauvais gré à madame de Staël d'avoir mis en scène im Anglais en lui faisant jouer le premier rôle. Je la prierai à son premier ouvrage de dire beaucoup de bien de mon père et du mal du sien. C'est une singulière manie. >< Bonaparte ne raisonnait pas autrement quand il blâmait l'intérêt répandu sur Oswald et s'en fâchait comme d'un défaut de patriotisme.

Madame de Staël apparaît de plus en plus dans celle correspondance avec toutes ses douleurs, toutes ses angoisses, dans la crise la plus pénible de sa vie.

. Mars \m).

» Votre letlrr m'a rassuré, écrit Monllosier au

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prél'et; j'apprends par elle qu'une dame de volni connaissance (madame de Staël) envoie l'an prochain son fils aux Etats-Unis et qu'elle l'y accompagne l'année d'après. Si vous êtes des amis, détournez-la. L'Angleterre est sûrement bien triste, l'Amérique septentrionale est cent fois pire. Dans la même lettre, j'ai remarqué qu'on demande des nouvelles de l'ouvrage de Prosper, mais surtout de la tragédie de Benjamin. Ce surtout revient à un autre endroit de la lettre, avec la même application et le même sens. »

Le Tableau de la liltérature française au xviif siècle venait en effet d'être publié. Montlosier en parlait ainsi à M. de Barante père: « On est diversement content. Les philosophes pas du tout! Dupont de Nemours est l'urieux pour les philosophes, Morellel pour Voltaire; Suard demande quel est le résultat. Les gens du monde se partagent; une partie du faubourg Saint-Germain est très contente, l'autre moins. Vous savez que j'ai à ma disposition le Journal de Vempire. Il y a longtemps que mon premier extrait est livré et que le second est prêt. Vous trouverez chez moi beaucoup d'éloges, un peu de critique. L'ouvrage avait besoin d'un an de méditation de plus

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et de deux ou trois mois encore de travail. Il y a trop de notices, trop de morceaux qui ressemblent à des articles de feuilleton, j»

Nous n'avons rien à retrancher de ces appréciations, elles sont toujours judicieuses. Le défaut de ce livre remarquable est justement signalé. Quant à la tragédie de Wallenstein, dont madame de Staël se préoccupait surtout, Prosper de Barante, devenu sous-préfet de Bressuire (A mais 1808), nous en donne des nouvelles dans un postscriplum: « Je sais qu'on a lu la tragédie de Benjamin chez madame Récamier. Les deux premiers actes ont été trouvés parfaits, les trois autres inférieurs. 11 est fort mécontent de ses juges cl du jugement. Quarante personnes assistaient à la lecture ; je n'y étais pas. »

Le besoin de respirer un air libre avait surexcité l'imagination de madame de Staël ; elle avait, en effet, demandé des passeports pour l'Amérique et voulait donner suite à ses projets. Celte noble femme était impuissante à se consoler ; avec la sincérité de ses souffrances, elle réalisait le mot qu'elle a mis dans la bouche de Corinne. De toutes les facultés de l'âme qu'elle tenait de la nature, celle de souffrir était la seule

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qu'elle exerçât tout entière. Elle arracha cette lois des sympathies à Montlosier.

u6 novembre iblO. — J'ai écrit à madame de Staël, dit-il, une grande et longue lettre au sujc* de son projet d'Amérique. Ce projet m'a inspiré pour elle une vive pitié, «le l'ai plainte de tout mon cœur de tout ce qu'il a fallu de désespoir et de tourment intérieur pour la porter à une telle extrémité, et je lui ai écrit de mouvement de bonté une lettre qu'elle tiouvera peut-être ridicule; mais enfin cette lettre a près de douze pages, et Benjamiii prétend qu'on ne peut écrire une telle lettre à madame de Staël sans qu'elle en soit très reconnaissante. Elle voit par là que l'on s'est positivement occupé d'elle. »

Lorsqu'en 1810 le livre De l'Allemagne, après avoir été soumis à la censure impériale, fut mis et pilé dans un mortier, ce fut Montlosier qui annonça cette nouvelle à Genève; et, mêlant l'amertume de l'homme qui a souffert et qui prend un air bourru en présence des douleurs nerveuses et féminines, il s'écriait : «.C'est une femme bien malheureuse que madame de Staël ! II lie tiendrait qu'à elle de l'être davantage. Elle n'aurait qu'à s'impatienter de ce qu'il

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(oiiibc de la iioÎLie iJans les Alpes ou de ce (jue le lac est à sa porte... Je suis laehé que mes sermons lui aient déplu... Vollairc avait presque aulanl d't'S[iril cpie madame de Staël, et il savait vivre à Ferney.»

Quelques mois après, elle était frappée encore par la destitution du préfet du Léman.

Ce fut un événement. La correspondance de Montlosier est pleine de renseignements sur ce l'ail, (jui prit dans le monde de Paris une importance considérable.

«25 décembre 1810, à monsieur de Barante, préfet à Genève. — Certainenu-nl , mon ami, l'événement le plus inattendu, le plus étrange, est celui que j'appris samedi dernier. Je courus (•liez Benjamin Constant. Mes conjectures se porlaii'Ul sur une certaine dame qui s'est logée dans votre voisinage. Benjamin me conllrma dans mes conjectures; elles me furent ùlées dans la j(Mun<''c. Il a ciiciih'- un second bruit : c'est qu'on a (''ti'' très iiiéconteni d'une; fête que vous auiicz donni'c ;'i riinpi'Tal rice Joséj)liine. Cette circonstance s'accouplani à ci'lle de l'exil <1(' madame de la Tr(''iii(MiilIe l'aisail siipjioscr la iiièiiic cans(.'. (jiidi (jue .M. .Maiet en ail dit à

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Benjamin, il ne peut sortir de ma pensée qu'il y a sur cela une cause secrète et qu'on ne veut pas divulguer... »

« 18 janvier 1811. — Je viens d'apprendre, mon bon ami , à votre sujet , quelque chose dont je m'empresse de vous l'aire part. On prétend que vous aviez reçu l'ordre de faire mettre les scellés sur les papiers de madame de Staël ; au lieu de cela, vous auriez envoyé au ministre de la police une déclaration faite par madame de Staël au préfet de Ghaumont. On assure que c'est de cette différence entre les ordres que vous avez reçus et leur exécution que s'est produit le mécontentement. Vous en jugerez mieux que personne. »

Ce récit se complète par des extraits des lettres adressées à Prosper. Il était alors préfet de la Vendée. L'empereur avait lu en Espagne son Tableau de la lUtératurefel'û avait dit au duc de Bassano : Ce livre ne conclut pas, mais c'est d'un patriote et d'un excellent esprit. Il a repris les bonnes mes. Peu de jours après, le jeune sous-préfet de Bressuire était appelé à une préfecture. C'était à lui d'abord que Montlosier s'était hâté d'écrire.

« 25 décembre 1810. — C'est avec autant de sur-

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