‹ Le comte de Montlosier et le gallicanismeChapitre 16 sur 36 · G L E C 0 M T K I) K M 0 N T L 0 S I K II · texte numérisé non relu

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des doLti'inaires. Toute attaque à réyalilé des électeurs portait un cachet de contre-révolulion qui détruisait l'effet et le crédit des améliorations constitutionnelles. Le classement des électeurs en deux parties, dont l'une avec le privilège du double vote, ne pouvait que perpétuer l'exaspération de la bourgeoisie.

Montlosier crut naïvement que ses projets auraient pu opposer une digue aux doctrines libérales. Il eût échoué comme les ultras de 1815. Mais il vit juste quand il annonça que, les prétentions des royalistes ardents et qui entouraient le roi se heurtant contre l'influence des classes moyennes, une autre révolution était inévitable, si une transaction n'intervenait pas. Le moindre conflit entre la couronne et l'opinion prenait les proj)ortions d'un changement de régime. La démocratie, en montant, minait sourdement l'édifice, jusqu'à ce qu'un jour vînt où, comme la mer, elle passerait au-dessus.

Mais le nom de Montlosier n'eût été connu (jue des érudits et des curieux, s'il n'eût été mêlé avec éclat à une autre lutte dont les échos ne se sont pas alTaiblis.

Ce pays a consei'vé surtout ce qui se rattache à

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la puissance ecclésiastique une susceptibilité extraordinaire. L'influence relif;ieuse est une force que l'ancien régime considérait comme sienne. Il ne s'apercevait pas que l'apparence même d'une alliance avec la contre-révolution suffisait pour rendre le clergé suspect et bien vite odieux à tous ceux qu'il ne subjuguait pas.

Un autre principe régnait en fait depuis trente ans; il avait passé dans la législation : c'est que la vie religieuse et la vie civile sont absolument distinctes.

La Charte, en- déclarant une religion d'État, avait créé une situation pleine de périls. La liberté de conscience, la plus susceptible de toutes les libertés, était sur ses gardes. Non pas que les cultes non catholiques reconnus eussent à redouter une atteinte sérieuse dans la manifestation de leurs actes; non pas que le gouvernement eût menacé de retirer le traitement à leurs ministres ; mais la France était pleine d'hommes qui, étrangers même aux communions dissidentes, voulaient cependant conserver sur les matières religieuses la liberté de leurs actions et de leurs pensées.

N'y eût-il pas de dissidents, le droit restait le même et l'intérêt n'était pas moindre. L'esprit du

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clergé, ses doctrines, les reyrels ([u'il Liardail de son ancienne puissance, son ardeur à reconquérir une partie du terrain, étaient une source d'alarmes.

« Janiais cependant le pouvoir séculier n'avait été si bien posé et si bien armé pour maintenir sa suprématie. Le principe de la séparation absolue de la vie civile et de la vie religieuse avait plus fait à ce sujet que toutes les pragmatiques et tous les arrêts du parlement. Le grand problème qui a tant lassé les rois et les peuples modernes, le pro- ' blême de l'indépendance de l'autorité temporelle, est sinon résolu, du moins bien avancé par là. Le gouvernement peut encore avoir à traiter avec le clergé, il n'est plus contraint en aucun cas de subir sa loi ou d'acheter très chèrement son aveu. »

Ainsi s'exprimait, en octobre 18:21, un des hommes les mieux placés pour donner de sages conseils, un de ceux qui élaienl des mieux préparés par l'élude et par les croyances à traiter ces délicats problèmes. « J'hésite à en [)arler, disait-il, de peur d'être mal compris et de ceux qui se hâteraient d'api»rouver mes paroles et de ceux qui seraient enclins à les accuser. Les choses saintes ne se laissent pas toucher aisément, et toute fausse in-

terprélatioli me serait odieuse, quelle qu'en fut la tendance. >

Ces lignes de M. Guizot, si empreintes de respect, n'en ont que plus d'aulorilé.

On avait reconnu qu'il ne serait pas prudent de lemettre en question les dispositions du concordat; l'augmentation du nombre des évèchés, leurs changements de circonscription, l'accroissement de l'allocation portée au budget pour les dépenses du culte, étaient des mesures qui ne touchaient en rien le spirituel de l'Eglise. Mais les méfiances s'éveillèrent à ki lecture du rapport sur le projet de loi relatif aux peM5ioM5 ecclésiastiques. La commission accusait les ministres d'indifférence pour la religion; le concordat était attaqué ; le rapporteur, M. de Bonald, soulevait les questions les plus graves et les plus difficiles.

Les droits de l'Etat et ceux de l'Église devaient nécessairement se poser dans la discussion.

Ce fut Royer-Collard, une des âmes les plus religieuses qui se soient rencontrées, qui formula les vrais principes. Us se résumaient en peu de mots. Le prêtre restera dans le temple et n'en sortira point pour troubler l'Etat. La liberté de

conscience est irrévocablement établie par la

ilO LK COMTK l»K M ONi I,(IS 1 1 1;

Chai te. La religion callioliquc a cessé d'être exclusive; elle n'est même pas dominante. Ses ministres ont perdu la vie politique, qui a son principe dans le droit de propriété. Ainsi que la société elle-même, ils soni dissous en individualités. Le motclergé n'est plus qu'une dénomination ecclésiastique; dans le sens de la loi, il est vide de sens.

Répondre à une pareille auloiité était diliirile; mais on avait compté sans les iaules. La loi sur le sacrilège fut la plus grave. En punissant de lapeine de mort et même de la mutilation le coupable, en l'assimilant en certain cas au parricide, cette loi excita le plus vif mécontentement. L'opinion y vit l'influence croissante du parli (|u'on appelait la Congrégation.

La religion et la société civile, leur natuie et leur indépendance respective, étaient de nouveau remises en question. On évoquail du j)assé ce vieux préjugé que la loi a une croyance religieuse, et que la vérité en matière de foi est de son domaine.

« C'est sur la vérité légale du dogme, disait le grand orateur, que sont construits les échafauds du sacrilège... El pourquoi seulement le sacrilège, quand, avec la même autorité, l'hérésie et le blas-

phème frappent à la porte?... De même que dans la politique, on nous resserre entre le pouvoir absolu et la sédition révolutionnaire ; de même dans la religion, nous sommes pressés entre la théocratie et l'athéisme. Nous n'acceptons pas cette odieuse alternative. »

Qu'on juge de l'écho que trouvaient d'aussi hautes paroles ! Il était donc avéré qu'en matière religieuse comme en politique, un parti voulait retourner en arrière.

Montlosier, quand les questions se posèrent, se porta, avec toute la vigueur de son tempérament, du côté des opinions de sa jeunesse. Dès 181G, il avait été effrayé des maladresses du clergé. IL écrivait à M. de Barante, le 5 janvier :

« Les prêtres se regardent comme Dieu... Est-il convenable que des prétentions semblables s'élèvent en ce temps-ci ? Ils périront et feront périr la nation et le roi avec eux. Je désire que ce peuple-ci revienne à Dieu ! mais il se donnera plutôt au diablequedesedonnerauxprêtres... Le peuple français peut subir toute espèce de servitude, il ne subira pas celle-là : celle-là rendra odieuse la famille régnante et entraînera sur elle la malédiction des Stuarls... »

il-2 LE COMTE DE MONTLOSIER

:29 février 1810. — >i Le clergé cherciie à étendre tant qu'il peut sa juiidiction. Mon frèie, autrefois seigneur, aujourd'hui maire de Sainl-Ours, a engagé au mariage deux jeunes gens qui vivaient librement. Les jeunes gens se sont présentés à la municipalité et ont voulu de là aller à l'église. Le curé n'a pas voulu les recevoir. 11 n'a pas seulement exigé la confession, mais que ces jeunes gens fissent une sorte de pénitence publique en se séparant publiquement pendant un certain temps. L'évèque approuve le curé. L'un et l'autre y voient un moyen d'accroître leur importance. Nos ancêtres ont mis beaucoup de soins à prévenir cette sorte de prétention. Le refus de sacrement a été une cause criminelle et susceptible de décret de prise de corps. J'en ai vu moi-même des exemples. Un curé ayant refusé d'administrer l'eucbaristie à une fiile d'assez mauvaise vie, et cela sans insultes, ayant feint seulement de roul)lier, fut décrété d'ajournement personnel par la sénéchaussée de Clermont. »

Nous rencontrons là toute une théorie qui fut longtemps commune à beaucoup d'esprits, et ({u'une étude plus réfléchie des conditions de la liberté cl des rapports de l'Église avec l'Etat doit

faire écarler.Emprunler à l'ancien régime, à un temps où la société n'était pas sécularisée, où la vie civile et la vie religieuse étaient à ce point mêlées, que le roi était un évêque du dehors, emprunter des exemples de mainmise sur le prêtre quand il croyait devoir refuser un sacrement, a été considéré comme une œuvre libérale. Les consciences protesteraient aujourd'hui, nous le croyons, contre cet appel au bras séculier. Bien peu de libéraux, sous la Restauration, comprirent du reste la liberté religieuse. Sous la monarchie de juillet elle-même, des préventions obscurcirent celte idée ; ne nous en étonnons pas ! Dans l'échelle des conquêtes morales, les idées de tolérance et de justice sont les plus difficiles à atteindre.

ISous continuerons à relever, dansla correspondance des années 1818 et 1820, les appréciations de Montlosier sur le caractère du mouvement religieux.

3 janvier 1818. — « Je tiens d'un marguillier de la cathédrale de Clermonl qu'on y prépare jusqu'aux fonts baptismaux à l'effet de renouveler tous les baptêmes laits par les prêtres jureurs et constitutionnels. Les mariages sont placés dans la même catégorie. Les divisions de ce qu'on appelle

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la société s'ajoulcronl à ces mouvcnienls. Les divisions n'ont jamais été plus animées. »

Quand on étudie avec un amour sincère du pays riiisloire de France depuis quatre-vingts ans, on est presque à chaque moment saisi d'angoisse. Aucune nalion n'a plus souffert de ses divisions et n'a plus grandi dans les larmes. Aucune, avec des qualités généreuses, n'a plus semé la route de haines intérieures, inoubliables. 11 lui a fallu plus que du ressort pour ne pas succomber dans de pareilles souffrances.

On sait quelle importance prirent les missions pendant la Restauration. Leur action fui 1res active et dépassa, en plus d'une ville, les limites d'un zèle qui aurait du rester religieux.

Montlosier, qui vit les missionnaires à l'œuvre en Auvergne, écrivait le H avril 1818:

« Les missionnaires continuent à faire foule; j'ai été lesenlendre. Aucune espèce détalent; en revanche, insolents et dominateurs au delà de ce que vous pourriez croiie. 11 y a parmi cuxALFayel, très couru par les dames... La municipalité avait, par délibération, choisi un emplacement })0ur la croix de la mission. M. Hauzan (un des chapelains du (lieu Mars) a dit qu'il la voulait dans la rue

des Gras, et que, si elle n'était pas là, il n'y en aurait pas. Il a envoyé, ces jours derniers, des ouvriers pour creuser l'emplacement. Les missionnaires avaient chargé l'évêque de Clermont de prononcer la formule du renouvellement des vœux du baptême. « Plus haut, prélat! » lui a dit l'un deux. « Pontife du Seigneur, plus majes- » tueusement, plus lentement ! » hii a dit l'autre. Malgré cela, et peut-être à cause de cela, tout le monde s'y précipite. »

2 juin 1818. — « Nos missionnaires ont mis le feu partout. Qu'on nous envoie la peste de Marseille si l'on veut, mais qu'on ne nous envoie plus de missionnaires!... Nous commencions à être tranquilles ; aujourd'hui, nous sommes plus divisés et plus aigris que jamais. »

A mesure qu'on s'éloignait des premières années de la Restauration, la présence d'une faction, pour employer l'expression de Royer-Collard, se manifestait dans le oouvernement. Sans doute, un vérilable esprit religieux se réveillait; mais, pour qui aurait voulu rélléchir, cette disposition des esprits, loin de faciliter le retour vers des idées ou des formes jadis étroitement unies à la icligion, s'y refusait au contraire avec énergie.

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Monllosicr, avec ses àpretés et ses Iii/aiii'iies, avec le goût qu'il avait toujours eu pour les t'tudes ihéologiques, avait gardé vis-à-vis du cleriié et des congrégations les opinions qu'il exprimait en 1789. 11 n'était pas favorable au maintien du budget des cultes. Sans vouloir revenir aux dîmes, il pensait que le clergé devait être propriétaire de biens déterminés, dont l'importance aurait cependant pu être limitée. Ce n'était pas un voltairien. Après avoir lu les Considérations sur la Révolution, il avait copié, en les soulignant, ces lignes de madame de Staël : Le jour où Von cessera de réunir ce que Dieu a sépare, la religion et la politique, le clergé aura moins de crédit et depuissance, mais la nation sera sincèrement religieuse. A Randanne, chaque soir il lisait à ses valets de ferme un chapitre de Vlmitation; mais il y avait toujours eu en lui du vieil esprit de légiste vis-à-vis de l'Eglise.

Très lié avec son compatriote et son cousin l'abbé de PradI, ({tTil Irailail jilnlôl en homme d'État qu'en archevêque, échangeant avec lui les livres nouveaux, Monllosicr racontait volontiers une anecdote qui permettait d'apprécier l'esprit du jeune clergé comparé à celui du clergé d'avant la Révolution.

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L'abbé de Pradt venait de lire l'ouvrage de M. Guizol, Des moyens (V opposition el de gouvernement; il le louai l devant le curé de son village et lui en citait des passages. Le curé les attaqua violemment ; l'archevêque les défendit; le curé lui interdit l'entrée de l'église et le menaça de l'en chasser au besoin. L'évêquc de Clermont, à qui l'on en référa, désapprouva heureusement le curé, et l'archevêque put faire ses pâques.

Montlosier fut bientôt conduit non-seulement à prendre une part active dans la lutte, mais à la diriger. C'est la période de sa vie qui a donné le plus d'éclat à son nom.

Pour comprendre son attitude vis-à-vis des jésuites, il faut ne pas oublier aussi qu'il appartenait à une province où les plus honorables familles avaient été jansénistes, à une province qui avait presque peuplé Port-Royal. Le jansénisme n'était pas seulement une théorie nouvelle sur la grâce, il était surtout une réaction contre les doctrines, la discipline et l'influence de la célèbre compagnie. Aussi les animosités entre les deux partis furent-elle ardentes et perpétuelles. Avant de parler du Mémoire à consulter, il élait nécessaire de bien constater les origines.

vu

Le comlc de Monllosier et les luîtes religieuses fous la Restauration. — L'école ultramontaine. — Le Mémoire à consulter et l'école gallicane.

La Restauration n'a pas eu seulement l'honneur d'apprendre à la France les conditions véritables du régime constitutionnel: elle a présenté aussi l'émouvant spectacle de la tentative faite par un gouvernement, peu confiant, il est vrai, dans cette <3euvre, pour replacer le clergé français sur le terrain de la déclaration de IG8'2. Si cette tentative a échoué, ce ne fut certes pas la faute de l'homme dont nous faisons connaître la vie et les œuvres. Instigateur passionné et convaincu de celte lutte, il en supporta lui seul presque tous les coups.

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résolu (|u'il était ;'i pousser jus(iu'aii\ dernières conséquences ses principes gallicans.

Le comte de Monllosier avait soixante-dix ans; il vivait de plus en plus dans sa retraite do Handanne, occupé à défricher et à planter, venant de temps à autre à Paris ranimer sa verve, entretenant une active correspondance avec le monde élevé de l'opposition, dévorant tout livre de controverse qui paraissait, n'étant indifîérent à rien el ayant gardé en lui-même un foyer d'ardeur batailleuse qui s'étendait aux plus petites choses. Une querelle, aujourd'hui oubliée, de l'académie des belles-lettres de Glermont avec le préfet du Puy-de-Dôme, M. d'AUonville, l'avait un instant occupé tout entier.

A mesure que l'âge croissait, il se passait en lui un phénomène souvent observé. Il revenait aux f(»rles impressions de sa jeunesse, à ce qu'il était au moment suprême de sa vie publique, quand il siégeait à la Constituante et quand il entendait la voix érialanle de Mirabeau. Comme la majeure partie du tiers état et de la noblesse d'alors, il gardait vis-à-vis de l'Église autant do liberté que de respect.

L'amienne société française, moitié sceptique.

moitié dévole, mélange de contradictions inexplicables en théorie, avait trouvé dans le gallicanisme une sorte de modiis vivendi qui lui suffisait. Au fond, pour tout esprit impartial, c'était moins une religion qu'une manière de gouverner la religion. Peu soutenable en principe, on peut le concéder, le gallicanisme était un moyen de remédier aux tentatives d'empiétement du clergé, une sorte de transaction entre la puissance civile et la puissance ecclésiastique.

Lorsqu'on s'est bien pénétré du vieil esprit français, qui peut s'étonner de la persistance avec laquelle des chrétiens sincères, d'une austérité irréprochable, repoussèrent dès lors l'influence de doctrines autant politiques que religieuses? Les anciens parlements avaient, en disparaissant, légué sur ce point leurs traditions aux esprits modérés de la Révolution ; plus d'un membre de la magistrature nouvelle devait à son tour les recueillir; toute une corporation laïque, l'Université, devait essayer de les perpétuer et les commenter par ses éludes historiques et par son enseignement.

Monllosier, qui songeait à écrire ses Mémoires et qui se nourrissait exclusivement des idées qui avaient guidé son éducation, répondait, plus qu'il

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nt^ le pensait lui-même peut-être, aux passions du temps, lorsqu'il commença une guerre qui fut le plus i;rand effort individuel pour relever, sans concessions et dans toute son étendue, le système religieux que les légistes et l'ancienne royauté avaient conçu et fait accepter à la nation.

Pour se rendre compte avec équité de l'état des amcs dans ces mémorables années du règne de Charles X, il faut lire, non pas les historiens libéraux et les livres ou les journaux qui défendaient la Révolution, mais les Mémoires de M. de la Rochefoucauld duc de Doudeauville, les premières œuvres de Lamennais, les papiers de Yillèle, les ouvrages de M. de lîonald, les discours des membres du côté droit à la tribune des deux Chambres, la collection du Drapeau blanc et de la Quotidienne ci VHisloire de la Restauration, par Alfred iNeltemenl

Cliailes X était très honnêtemeni leslé le comte d'Arlois. Suivant son mot célèbre à Lafayette, il n'y avait que deux personnes en France qui n'eussent pas changé, l'ancien commandant des gardes nationales et l'émigré de 1790.

Son avènement, sa piété bien connue avaient rendu plus exigeante cette majorité qui attachait la

plus haïUe importance à la question religieuse. Elle étaitdevenue la première des questions politiques. Des voix s'élevaient dans la droite pour qu'on fit entrer le catholicisme dans la législation. C'était le temps où M. de Marcellus s'écriait : Nous sommes gouvernés par des lois impies! C'était le temps où M. Duplessis-Grenédan demandait que la religion de l'Etat obtînt dans nos codes la place qui appartient à la vérité divinement révélée, qu'on rendît aux prêtres les registres de l'état civil et qu'on remît dans leurs mains l'éducation de la jeunesse.

Le ministère venait de céder au courant en présentant la loi du sacrilège. Cette guerre contre les origines et les tendances de la France démocratique, cette guerre, la plus inintelligente et la plus inopportune, qui devait compromettre tant d'espérances, arrêter le renouveau des croyances et des sentiments religieux, était vigoureusement déclarée.

C'était donc vrai. La Révolution, comme dit M. Guizot, était beaucoup moins finie qu'on ne le pensait. Elle se réveillait, provoquée et remise en crédit par des tentatives tantôt souterraines, tantôt arrogantes. Il fallait que les fautes fussent bien lourdes pour que le duc de Doudcauville

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écrivîl(lS mai H85) :« Certes, je ne suis pas suspect, par mes principes du moins et par mon respect comme par mon allachement pour tout ce qui lient aux vérités religieuses, seules et uniques bases de l'existence sociale. Quel autre frein imposer, d'ailleurs, aux passions des hommes? Mais, sire, daignez m'en croire, le jour où l'on dira que le roi est mené par le clergé (et l'on ne parle déjà (jue irop de son influence), rien ne sera plus possible. Sans doute le clergé est un auxiliaire puissant et sou ministère est sacré; mais, en se laissant conduire par lui, on le perdrait, on se perdrait soi-même. »

Plusieurs faits venaient encore aggraver une situation déjà grave. Le gouvernementavait intenté deux procès de tendance, l'un contre le ConslUutio7iiiel, l'autre contre le Courrier français. Les motifs allégués poui- les poursuites étaient des outrages au catholicisme et à l'Eglise. Mais les motifs réels étaient la dénonciation d'une ligue ayant poui- but rasservissemenl de la puissance civile à la puissance ecclésiasti({ue et le triomphe de l'ultramontanisme.

Les associations j)ieuses, qui s'étaient fondées avant même la Restauration, durant la captivité

du pape Pie YII, s'étaient fondues dans une société générale, sous l'influence d'une fervent chrétien devenu ministre, Matthieu de Montmorency. A la différence d'une autre association ayant pour but unique des pratiques de dévotion et créée par l'abbé Legris-Duval, la première, àquil'amide Ballanche et de Chateaubriand prêtait son autorité, était rapidement devenue une société politique. On la désignait sous le nom de la Congrégation. Elle avait des ramifications profondes en province, de nombreux organes dans la presse et des appuis au parlement. « Les hommes pressés d'arriver aux honneurs y entraient comme dans une route qui pouvait conduire à la fortune. » Ainsi parle un des écrivains dont l'ardent dévouement à la cause royaliste ne peut être contesté.

La religion servant à l'avancement des fonctionnaires, quel texte pour les déclamations des partis ! Jamais elles ne furent plus «violentes : les uns signalaient avec passion au pays, susceptible et inquiet à l'excès, les périls dont la société moderne était menacée par un pouvoir occulte qui débordait les véritables pouvoirs constitués dans 'État. Les autres s'élevaient avec une ardeur non moins vive contre ce qu'ils appelaient l'impunité ac-

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