‹ Le comte de Montlosier et le gallicanismeChapitre 22 sur 36 · LE COMTE DE MOMLOSIER · texte numérisé non relu

LE COMTE DE MOMLOSIER

rcrivail-il le l***" avril 1810, au ronile de Senfl, je cornparaîlrai sans crainte, ou plutôt avec une jrrande joie, pane que c'est le prêtre qui se pré- • sentera pour parler en prêtre. >

Et, quelques semaines plus tard, dans une lettre à la comtesse, il ajoutait: « Jamais on ne relèvera Tancien édifice, et, sous presque aucun rapport, il ne serait à souhaiter qu'on le relevât. >

Le procès n'avait satisfait personne, pas plus les amis que les ennemis, et le condamné ne fil que s'opiniàtrer davantage dans ses doctrines, alors si peu libérales.

La déclaration épiscopale provoquée par 1»* gouvernement n'eut pas plus de succès.

Quatorze archevêques ou évêques présentèrent, le 12 avril, une adresse au loi. .Mais les temps étaient tellement changés, que la plupart des adhésions s'arrêtèrent à l'article premier des quatre propositions de l'assemblée du clergé de 1682, celui qui consacrait l'indépendance du pouvoir temporel. Quant aux articles qui mettaient l'autorité des conciles généraux au-dessus de celle du pape, bien que la majorité de l'épiscopat se crût encore gallicane, elle n'osa pas y adhéier formellement. Lamennais avait bien tort de désespérer; il avait.

tT LE GALLICANISME. 2."1

plus qu'il n'espérait, créé et organisé un parti rêvant avec lui l'idéal d'une société purement catholique, se serrant de plus en plus autour de Rome et rejetant bien loin la consécration d'une religion nationale et particulière.

Arriva enfin à la Chambre des députés la discussion du budget des cultes.

L'évèque d'Hermopolis venait de faire réimprimer son livre : les Vrais principes de VÉglise gallicane, où l'infaillibilité du souverain pontife était surbordonnée, en matière de doctrines, au consentement de l'Église universelle. Un député qui avait une certaine notoriété et qui était suspect de jansénisme, M. Agicr, s'était élevé contre les congrégations et les tendances nouvelles du catholicisme. Mgr de Frayssinous prit la parole et prononça deux discours très étendus qu'il faut lire en entier si l'on veut connaître à fond cette bataille, dont nous voudrions raconter avec sincérité les incidents. Ce sont des modèles d'éloquence ecclésiastique, avec une onction et une mesure que nos discussions politiques ne peuvent plus comporter. C'était la dernière fois que la tribune française devait entendre, d'une bouche aussi autorisée, un exposé aussi méthodique de

2o2 LE C.O.MTK l)\. M ON T LOS I K II

questions si iiiiporlanles i)(»iir l'avenir religieux de noire pays.

« Sans dissimuler ma pensée, déclara dès le début l'orateur, je ne dirai rien qui ne doive être dit, et j'ose me eroire aussi ineapablc d'exagération que de pusillanimité. »

Il parla d'abord des doctrines gallicanes, celles de l'ancien clergé de France, si renommé dans le monde entier par ses lumières, celles de l'antique Sorbonne, cette école de théologie la plus célèbre di' l'univers, cellesde la magistrature dansce qu'il y avait eu de plus vénérable par la science et la gravité des mœurs. Il affirma que l'Evangile s'adaptait à toutes les formes de gouvernement qu'il trouvait établies, et qu'il avail sanetifié les républiquss comme les monarchies.

Jusqu'à cet exorde, la Chambre, tout en prêtant une attention bienveillante, ne s'était pas passionnée. Mgr d'IIermopolis, examinant si, comme on l'en accusait, l'esprit de domination et d'envahissement du clergé se trouvait dans les influences secrètes, vint à parlei'de la congrégation. Il en retraça l'origine et l'histoire. Il fit une distinction entre ru'uvre de l'abbé Legris-Duval et l'association politique des Chevaliers de l'anneau : il ne nia pas, sans

le constater pourtant, que des intrigants avaient pu se mêler dans les rangs de la congrégation. Mais, pour lui-même, l'évêque attesta qu'il n'avait jamais senti le joug de cet empire mystérieux.

11 entretint ensuite la Chambre," de plus en plus attentive, des missions intérieures. Il reconnut qu'à mesure que le clergé ordinaire se multiplierait et qu'il y aurait un nombre sufiisant de pasteurs, on pourrait voii' successivement diminuer les missions, qui enrayaient les esprits susceptibles.

Le premier discours, très habile, se terminait par une déclaration politique sur les craintes des liLérauxdevoirle clergé reprendre les registres de l'état civil. « Ce n'est pas là, dit le représentant officiel du gallicanisme, ce que les curés peuvent revendiquer comme leur appartenant en propre : la loi est parfaitement maîtresse d'en charger qui elle veut. »

Cette séance du 25 mai n'avait pas suffi au ministre des aff;iires ecclésiastiques pour exprimer toute sa pensée.

La chambre attendait qu'il donnât son opinion sur le rôle et rinfluence de la compagnie de Jésus.

Le chapitre II du budget des cultes permit àl'évêque d'Hermopolis de compléter son discours. Ayant l'intention de discuter l'accusation portée

Page 1