‹ Le comte de Montlosier et le gallicanismeChapitre 26 sur 36 · LK C.OMTP: DE MONTLOSIER · texte numérisé non relu

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nismc? Il ne se proposait })as moins que de réunir en armée tous les capucins de l'Europe et de faire entrer processionnellement en France celle armée, portant la croix pour étendard. »

Le spirituel conteur fit sourire la noble Chambre sans rencontrer beaucoup de crédulité. On attendait la réponse de Montlosier.

Le discours de M. de Bonald, vigoureux comme toujours, sobre, sans finesse, ne fit aucune concession. Le vicomte Dambray s'efforça de distinguer entre l'existence civile des jésuites, reconnue par une loi, et la présence individuelle des membres de la corporation, soumise à Vordinaire pour élever la jeunesse.

La Chambre ne fut pas étonnée de voir M. de Choiseul prendre la parole: c'était presque pour lui une question de famille. Il rappela les sentiments religieux des évéques qui avaient été de ses parents, l'opinion du ministre dont il portait le nom.

M. Laine défendit Montlosier contre les attaques de M. le duc de Fitz-James; il défendit aussi le droit public de l'ancienne France et remercia ironiquement le cardinal de la Fare, qui avait invoqué les dispositions de la Charte. Aux yeux de

M. Laine, les jésuites n'étaient pas de simples citoyens; c'étaient les membres actifs d'un ordre à qui l'on prodiguait les encouragements et les privilèges, comme la faculté de diriger les études à la suite desquelles se conféraient les grades et comme la dispense de la rétribution universitaire pour des collèges déguisés sous le nom de petits séminaires.

Quelque remarquable que fût ce discours, il n'amena pas le ministre à la tribune. Ce fut M. de Barante qui l'y détermina. En orateur ingénieux et en politique habile, il ramena la question à ce point : « Les jésuites ont-ils pu être autorisés par le seul consentement de l'administration? Mais cette administration permet certaines réunions et en interdit d'autres. Elle ne permet pas aux piétistes d'Alsace de se réunir; elle interdit à une secte protestante de s'établir à Saint-Étienne; ailleurs, elle ne permet pas même à la communion calviniste d'assembler ses fidèles. C'est le règne de l'arbitraire. Puisqu'il n'existe pas de droit commun, la législation spéciale a dû conserver toute sa force. Comme communauté, il a fallu à la Société de Jésus une autorisation; comme corps enseignant, elle jouit d'un privilège. En supposa-nt

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que l'administralion ait pu se croire un pouvoir assez grand pour autoriser ce privilège, il faut qu'elle rende compte de l'usage qu'elle a fait de son pouvoir. Ce n'est ni dans l'intérêt de l'instruction publique, ni dans l'intérêt de la morale. Est-ce dans l'intérêt de la politique? Quand le pouvoir les appelle en auxiliaires, ils font bientôt de lui un instrument. »

Telle fut en substance l'opinion de M. de Barante; on le savait l'intime ami de Montlosier : aussi sa parole fut-elle avidemment écoutée.

Le ministre des affaires ecclésiastiques crut alors devoir intervenir. Il s'enferma strictement dans le sujet traité par l'honorable pair qui avait parlé avant lui. Après avoir présenté avec élégance et modération une apologie des jésuites, il déclara que sans doute, dans l'état de la législation, une maison de jésuites ne pouvait être autorisée que par une loi, mais que rien ne s'opposait à ce que des prêtres français exerçassent des fonctions que leurs évêques croyaient devoir leur conférer. Mgr de Frayssinous, en terminant, demanda à la Chambre de passer à l'ordre du jour.

M. Pasquier,donl l'esprit d'une lignée vraiment

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française était toujours prêt, improvisa une de ces répliques dans lesquelles il excellait. Son argumentation très serrée consistait à dire que, si le rétablissement des jésuites était un bienlait, le ministère n'avait qu'à proposer une loi, que, jusque-là, cet établissement était une infraction à la législation et que la tolérance dont la Société de Jésus jouissait était plus dangereuse qu'une franche autorisation.

La Chambre des pairs, à une grande majorité, refusa de passer à l'ordre du jour et vota le renvoi de la pétition au ministre.

De retour à Randanne, après quelques semaines de séjour à Paris chez la duchesse de Montebello^ avec qui il était lié, Montlosier prit connaissance de ces débats. Il ne partagea pas la joie de ses amis quand il lut leurs éloquents discours et quand il apprit le résultat qu'on avait obtenu.

Il fut d'abord tout entier à une polémique avec le duc de Fitz-James.Non content de son discours agressif, le noble pair avait écrit au Journal des Débats une lettre non moins violente. Montlosier crut devoir adresser à trois de ses amis, au général Becker, à M. Laine et au baron Prospei de Barante, une réponse à l'accusation lancée contre lui ; nous

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