G 1. E COMTE DE M 0 M L 0 S 1 E U
(le l'Élat. En échange de la protection temporelle que les princes lui accordaient, l'Eglise les faisait en quelque sorte participer à son pouvoir. L'association des deux puissances, comme disait Bossuet, semblait demander qu'elles exerçassent les Ibnctions Tune de l'autre.
Où est maintenant le roi évèque du dehors et défenseur des canons? La logique l'a emporté par la force des choses, l'orthodoxie religieuse devait fatalement se confondre de plus en plus avec l'ultramontanisme. C'était là sa pente et sa nécessité. Lamennais l'avait bien compris.
Cette lutte terrible entre la Révolution et le catholicisme, dont Montlosier avait éloquemment prédit les phases diverses, ne peut plus être portée, quoiqu'on le veuille, sur le terrain de la déclaralion de 1682. L'enjeu de cette guerre qui remplira la fin du siècle est bien autrement important. La solution définitive, s'il nous était permis d 3 dire notre pensée, ne peut être qu'une solution libérale. Hors d'elle, nous ne voyons que ténèbres et confusion. Un des grands esprits de ce temps a essayé vainement, par un corps de doctrines, de réconcilier la société civile et la société ecclésiastique. Sa doctrine religieuse, diamétralementcontraire à
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celle de Lamennais, ne pul enlanier le public indifférent. Celle médiation fut repousséc. Ces péripéties emplirent plus d'un cœur droit de troubles profonds etde déchirements douloureux. Les revendications passionnées des principes gallicans [ ar Montlosier n'ont été que les prolégomènes de (es dissensions intestines où s'usèrent tant de forces morales.
Nous avons essayé d'écrire un chapitre de celle histoire avec impartialité. Sans vouloir pressentir quels seront les incidents nouveaux de ce conflit si redoutable pour le caractère de ce pays, nous pouvons affirmer quelaliberlé seule pourra signer le traité de paix. La démocratie française est assez forte et sera assez éclairée pour le ratifier.
Derniers écrits de Moiillosicr. — La révolution de Juillet.
Piien ne s'oublie si vite que l'histoire contemporaine. N'y a-t-il pas, au milieu de nous, nombre d'hommes à qui l'histoire grecque ou romaine est plus familière que celle de nos cinquante dernières années? Ainsi pensait-on déjà en 1830. Que ne dirions-nous pas à notre tour? Les premiers temps de la monarchie de Juillet, période pendant laquelle elle combat, gagne la victoire et s'assied, sont mal étudiés. Peu de documents, peu de mémoires intéressants et bien écrits, si nous en exceptons ceux de M. Guizot, ont été publiés. Les débats parlementaires, rapprochés des articles des journaux importants, sont encore la meilleure source d'informations.
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(jui aurait csé prédire, dans ces débuts du rè^nc de Louis-Pliilippc, le triomphe absolu, à dixsept années de là, des docliines démocratiques, aurait passé presque pour un visionnaire. Cependant le germe était rai»idement sorti de terre et poussait des floraisons. Déposé au fond des mœurs, il s'était développé; les fautes de la branche aînée des Bourbons l'avaient réchauffé. Le travail de nos premières assemblées délibérantes avait bien pu être suspendu ; mais il n'avait pas été termine. La révolution française s'était passée à conquérir un ordre social nouveau, l'Empire à le défendre, le parti royaliste à réagir contre lui. Cette réaction venait heureusement de finir : les principes vitaux de la fin du xviii'' siècle n'étaient plus en péril ; mais une lâclie autrement difficile et délicate s'imposait désormais aux hommes politiques : adapter ces principes aux faits, concilier la pratique gouvernementale avec l'étal des mœurs et desopinions.
Tous les esprits élevés de la bourgeoisie s'efforçaient alors théoriquement d'établir des analogies entre la fondation de la dynastie nouvelle et celle de la maison de Hanovre. C'était à qui comparerait la révolution de Juillet à celle de 1688. On rêvait de r('iinir la solidité do la monarchie avec
les libertés de la république. Rapprochant les Bourbons des Stuarts, on voyait, dans chaque race royale, la représentation d'une des grandes idées qui dominent les événements pendant un espace de temps, et qui se retirent et tombent, quand les races royales ne s'aperçoivent pas que le monde entier a changé autour d'elles.
Nuls plus que les doctrinaires n'avaient l'imagination pleine de la révolution de 1688, de son succès, du beau et libre gouvernement qu'elle avait fondé. Ces hommes distingués avaient, dans leur prévoyance et dans leur force, trop de confiance. Ils étaient plus préoccupés des vues de leur esprit que de l'état réel des choses.
M. Guizot le reconnut. 11 signala plus tard les différences entre la constitution de la société en Angleterre, ses moyens de gouvernement, ses points d'arrêt sur la pente des révolutions, et la démocratie française, sans traditions libérales, prête à mettre, dans le choix du souverain, l'élection à la place d'un contrat, et qui venait d'arracher dans trois jours, au prix de son sang, une charte nouvelle, sans avoir passé par une lente et progressive éducation politique.
Si, pendant cette sorte de trêve qui succède tou-
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jours aux violentes commotions sociales, la joie populaire ne fut pas troublée; si les classes moyennes crurent, de bonne foi, avoir atteint leur double but, l'égalité civile dans l'ordre social et le véritable système représentatif dans l'ordre politique, les intelligences clairvoyantes et baules ne se firent pas des illusions de longue durée. Parmi les fds de la révolution, liés à ses intérêts, pleins de ses pensées, bien peu savaient quand il fallait lui résister sans la trahir, commander sans opprimer, être à la fois des hommes de gouvernement et des hommes de leur temps.
La suppression de l'hérédité de la pairie démontra, d'une façon éclatante, que les régimes de caste et de robe avaient à jamais disparu, et que le régime nouveau devait être établi pour durer sur le bien-être le plus général, et sur la participation plus complète des citoyens à l'administration des affaires.
Armand Carrel avait jilus raison qu'on ne le croyait, quand il disait : « La victoire deJuilletest un commencement et non une fin. » Celte fin devait être, en elîot, la participation de tous aux aiïaires de tous.
La forme même du gouvernement n'était pas
alors véritalilemenl en question : la monarchie représentative, avec une direction démocratique, paraissait pouvoir s'alTermir.
Le prince appelé à réaliser cet accord était éclairé et spirituel. Il tenait du xviii' siècle, dont il élait resté l'élève, deux sentiments : l'amour de la paix et l'horreur de la peine de mort. Mais, si la société civile, au milieu de laquelle il était appelé à régner, était complètement faite, la société politique n'était qu'ébauchée. Quelques efforts qu'on eût pratiqués pour ramener la démocratie française en arrière, elle avait tenu bon. Mais elle avait encore à se convaincre que les gouvernements doivent être estimés à raison de la liberté qu'ils donnent, et que cette liberté doit être préférée à toutes les formes de gouvernement. Notre bourgeoisie, comme l'écrivait en 1833 M. Royer-Gollard à M. de Barante, était un corps fort respectable et conduisant bien ses propres affaires, mais qui n'avait pas encore les volontés suffisantes, pour gouverner définitivement les affaires publiques.
Montlosier fut prompt à reconnaître la dynastie de juillet. Dès 1827, avec une sagacité que nous avons souvent signalée, il jugeait, du fond de sa retraite, les périls de la monar-
3U LE COMTE HK MONTl.OSIEU
chic légilimc el prédisait l'avenir en ces ternies : « Au moment présent, M. le duc d'Orléans est un danger : ma pensée est d'en faire une ressource. Au train dont vont les choses, si on les laisse aller, il ne faut pas croire que ce sera seulement le roi ; ce sera bien aussi el M. le dauphin, et M. le duc de Bordeaux qui seront emportés. Ce qui convient aujourd'hui à M. le duc d'Orléans, c'est de demeurer uni à sa famille et à la légitimité, de redresser les écarts du gouvernement, si cela est en son pouvoir, d'attendre ensuite, du temps et de la volonté de la Providence, les éventualités qui peuvent un jour lui donner la couronne. Telles sont, mon ami, les pensées qui sont dans ma tête; si elles vous paraissent justes, je serais heureux que vous et vos amis pussiez les adopter.
« Quand je parle de vos amis, j'ai toujours en idée M. Pasquier, M. Mole, M. le duc de Droglie. Ce sont pour moi des puissances. Ménagez-moi et conservez-moi quelques bontés auprès d'eux. Je me fais bien vieux; je ne puis faire vingt pas sans me leposer et sans être essoufflé. Les trappistes disent : « Mon père, il faut mourir! » — Va pour mourir, en attendant, amitiés à vous et aux vôtres jusqu'au dernier soupir. »
ET LK CALLICANISME. 315
Monllosier eut, du reste, occasion de connaître 'en personne le duc d'Orléans. Cet arrêt à Randanne que madame la dauphine n'avait pas voulu faire en revenant des eaux du Mont-Dore, le duc d'Orléans ne l'avait pas refusé. 11 avait marqué le désir de connaître les travaux agricoles de l'auteur du Mémoire à consulter ; il avait surtout désiré connaître les volcans d'Auvergne, €t Montlosier s'était empressé de lui servir de ;guide. Qu'on juge alors des dispositions favorables que les fautes de la Restauration faisaient naître dans l'imagination du solitaire •de Randanne, sur le rôle possible de la branche cadette !
Les trois années qui précédèrent la révolution •de Juillet avaient été dures pour lui. Après avoir vainement sollicité auprès de Portails et du comte de la Ferronnays le rétablissement de sa pension comme attaché aux affaires étrangères, il s'était mis au travail plus ardemment que jamais. Il avait bien voulu « faire la révérence, suivant sou expression, mais pas jusqu'à terre ».
Grâce à l'infatigable obligeance de M. de Baranle, il avait traité avantageusement de l'impression de ses Mémoires et d'un autre livre écrit par
:llf. I.K C.OMTfc: l)K MONTI.OSlF.n
lui (luiaiil rôiniiiralion, el (ju'il avait inlilulé /('s Mystères de la rie humaine.
En moins de dix-huit mois, les doux premiers volumes des Mémoires avaient été composés avec entrain. Ils comprennent, avec la jeunesse de Montlosier, toute la période de l'Assemblée constituante, et s'arrêtent au départ pour l'armée de Condé. Le manuscrit d'un troisième volume est entre les mains de son petit-fils, et nous avons fait à ce dernier document de considérables emprunts.
Dans deux lettres de septembre et décembre 18:28, nous trouvons des renseignements sur les sources où Montlosier puisa pour venir en aide à ses souvenirs.
« Je vais reprendre mes Mémoires; j'ai bien senti l'excellent conseil que vous me donnez : le tableau de la société avant la révolution, l'ail, comme vous le dites, con </ more, est une chose imjioilanl(! de toute manière, surtout pour donner une idée de cette grande et épouvantable catastrophe. Il sera délicat de jtailer de l'Assemblée constituante, où j'ai été quelque chose, mais i)cu de chose. Je lis les Mémoires de Perrière; il me faut ceux de Lamelh, avec ceux de Bertrand de
Mollevilie el de Bouille. Vous ne croirez pas que mes souvenirs s'eiracent, et j'ai besoin que quelque chose me ies retrace. Je n'ai conservé aucune note, excepté VArt de constituer les peuples, jo n'ai gardé ni mes discours ni mes })amphlets. .le suis tout peiné à me ressouvenir de moi-même, dans un sujet que tant d'écrivains ont déjà parcouru. »
Les Mémoires parurent dans les premiers mois de 1830, ils sont précédés d'une intéressante Introduction qi;i est à lire. « Ma vie entière, dit Montlosier, va se trouver en présence du lecteur. » Et il esquisse dans deux pages son existence si mouvementée, si mêlée aux événements de son siècle.
Qui n'avait.-il pas connu, depuis Voltaire, Turgot et Franklin jusqu'à Louis-Philippe et Casimir Pericr !
Les années en s'allongeant avaient modifié ses jugements sur plus d'un de ses contemporains. Il avait commencé par avoir de l'aversion pour tous ses collègues de la Constituante qui, dans le principe, avaient accepté le doublement du Tiers et la réunion des Trois Ordres, Mou nier, Malouët, Lally, Virieu, Clermont-Tonnerre. C'était même plus que do l'aversion qu'il avait manifesté contre Adrien
.118 i,b: coM ri; m; monti.osikk
DiiporI, conlit' les Lamelli cl tout le parli conslitulionucl du lôtéiiauche de l'Assemblée. « Ce bon Malouët, écrit-il, si respectable à tant d'égards et qui dans la suite a été particulièrement mon ami, il faudrait voir comme je l'accueillis quand il vint à moi, le lendemain du serment du jeu de Paume ! » L'honnèlcté de tous ces esprits d'élite, leur bonne foi, s'étaient imposées à Montlosier à mesure que les passions se calmaient, et il avait rendu son estime et son arnilié à plus d'un des survivants de cette grande Constituante, à ceux-là mêmes qui passaient pour avoir le plus influé sur la conduite et les résolutions de l'Assemblée.
Mai.ss'il avait modifié ses opinions sur certains hommes d'État, Montlosier avait conservé vis-à-vis d'une portion du clergé la ténacité de ses haines. Il reproduit dans la préface de ses Mémoires, la distinction que nous avons eu souvent l'occasionde signaler dans ses œuvres, entre le prèlie politi(pie et le prêtre simjjle clirélien; il i)rotesle tou jours de son mépris pour l'un et de son affectueux, respect pour l'autie.
C'est ainsi que Montlosier explique son attitude courageuse en 1790, quand il llélrit les persécutions religieuses et les violations de la conscience.
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Ces Mémoires, qui contiennent peu de faits nouveaux, eurent une certaine vogue quand ils parurent. Ils méritent encore d'être lus, malgré les incorrections et les inégalités d'un style souvent, prétentieux et heurté. Le spectacle des événements, qui se déroulent est si grandiose, l'acteur qui raconte ses émotions est si saisissant, qu'on est entraîné malgré soi par la vigueur et qu'on ne songe plus à la perfection de la forme.
Montlosier croyait, au contraire, offrir au pubJic une œuvre littéraire irréprochable en imprimant les Mystères de la vie humaine, lien avait, durant son séjour ù Londres pendant l'émigration, lu quelques chapitres à ses meilleurs amis, à Malouët, à Mallet-du-Pan. Il avait, après l'achèvement de l'ouvrage, communiqué plus tard les portions principales à l'Académie des belles-lettres de Clermont, dont il était devenu président. L'écrivain n'avait recueilli que des éloges. Le livre ne réussit pas et nous comprenons son insuccès. L'exposé qui sert de préface à cette œuvre oubliée est étrange et curieux à reproduire :
« La vie humaine étant une dépendance de la vie générale dont elle fait partie, il m'est indispensable de traiter de la vie générale. Comme il se
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trouve dans l'univers, au milieu de beaucoup d'autres systèmes, un système planétaire particulier dont le soleil est le centre et la terre une parcelle, l'action continue qui part de ce centre et ([ui compose la radiation solaire, en même temps le mouvement régulier et uniforme de tous les astres subalternes autour de ce centre, indique un principe d'action continue sur tout le système. C'est ce dont je parlerai souvent dans cet ouvrage sous le
nom de principe solaire
» En second lieu, la terre étant en rapport continu avec le soleil, et ayant en rnème temps une action continue sur tous les êtres individuels qui sont dans son sein, à sa surface, ou môme dans l'orbite de son mouvement, cette action décèle un principe particulier dont il sera question sous le
nom de principe terrestre Enlin, le
soleil lui-même et tout le système planétaire (pii lui est subordonné ne formant qu'une petite partie dans l'ensemble des sy^^tèmes qui remplissent l'univers, le principe d'action qui coordonne tous ces systèmes gouverne non seulement le ciel et la terre, mais encore tous les êtres créés. C'est ce qui sera désigné dans cet ouvrage sous le nom de principe céleste. Ces notions pi'éliminaircs ayant été convc-
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nablement exposées, je commencerai à m'occuper des animaux et des plantes; je montrerai comment ils se sont formés d'une combinaison particulière de l'influence solaire et de l'influence terrestre, et quelle est ici-bas leur destinée. Arrivant à la vie humaine, etc. »
Nous arrêterons là nos citations; elles suffisent pour donner une impression générale du livre. C'est après en avoir entendu lire quelques extraits, dans les soirées de l'émigration, que Chateaubriand disait dans ses Mémoires d' outre-tombe :
« Outre son journal, Montlosier écrivait des ouvrages physico-politico-philosophiques. 11 prouvait, dans l'une de ses œuvi es, que le bleu était la couleur de la vie, parla raison que les veines bleuissent après la mort, la vie venant à la surface du corps pour s'évaporer et retourner au ciel bleu : comme j'aimais beaucoup le bleu, j'étais tout charmé. »
Pour un ami, c'est bien méchant; nous croyons qu'avec son esprit si juste, si clair, se payant peu de mots, M. de Harante ne dut pas non plus être un admiialeur ôcs Mi/stères de la vie humaine. Résumé d'études et de rêveries de jeunesse sur la géologie et le magnétisme, cet ouvrage ingénieux
2ii LE C.OMTK DE M l» N TLOSI i: I'.
si cher à son auteur, elquiconlienl quelques pages animées par une ardente imagination, n'aurait pas suffi pour donner à son nom de la célébrit*}.
Il revint à ses préoccupations quotidiennes, à l'examen des moyens nouveaux à employer pour abattre définitivement la puissance ecclésiastique.
'< La France ne veut pas se laisser saisir, répétait-il; elle sérail poul-èlre fort heureuse sous la main des prêtres. Qui sait si nous ne reviendrions pas par là au bonheur des viiT et ix' siècles, tout au moinçaux prospérités du. lapon et du Paraguay? Nous avons près de nous, pour nous séduire, l'exemple du Portugal et de l'Espagne, ainsi que l'état glorieux des peuples de Naples, de Rome et de toute cette partie de l'Italie soumise au pape. Ces exemples séduisants ne nous séduisent pas. Li France ne supportera jamais ce joug. 11 y a en elle deux peuples : l'un tout dévoué aux prêtres, leur portant une espèce d'idolâtrie ; l'aulic se contentant de les regarder comme les ministres de la religion, et non comme la religion même.
» Les écrivain^ du Globe ne me soupçonneront, j'espèie, d'aucune aiïeclion particulière pour les parlements; je puis leur assuier que je n'ai aucun
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désir de leur retour; mais il me sera permis de leur rendre justice pour les services qu'ils ont rendus à la France. Je place en première ligne l'opposition constante qu'ils ont montrée contre les innovations religieuses. Les magistrats protecteurs ont disparu; toute protection a disparu avec eux. »
Le ministère Polignac n'avait fait qu'envenimer ses appréhensions. Montlosier, dans les premières semaines de 1830, avait quitté Randanne pour venir à Paris. 11 avait aussitôt jugé qu'on n'avait ni assez de talent ni assez d'autorité autour du roi pour conduire cette réaction contre 1780. On hésitait entre la dextérité et la violence; on fondait des espérances sur les fautes de la Chambre des députés; on n'était pas sans prévoir, dans l'entourage du château, une prise d'armes même dans Paris; mais on comptait, pour la réprimer, sur des régiments dévoués et, au besoin, sur les forces de l'Europe. C'étaient les mômes illusions qu'en 1701. Victor Cousin, (|uc Montlosier allait voir et dont la prestigieuse conversation l'enthousiasma, avait encore surexcité en lui les craintes d'une révolution .
Elle éclata quand il était rentré en Auvergne. Il se mit aussitôt en communication, avec les membres
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du nouveau gouvernement. Plusieurs élaicnl de ses amis. Ses goûts de polémiste avaient plus que jamais de quoi se satisfaire. Il n'était indiiïérent à rien, malgré son grand Age. Il se passionnait pour tout, parce qu'il s'intéressait à tout.
Deux choses le frappèrent dès le début de la nouvelle monarchie, et il les signale dans sa correspondance : l'amour de Louis-Philippe pour la popularité et sa tendance marquée à s'occuper des détails. « Le roi, disait-il, aime les affaires; duc d'Orléans, ilpouvait tout faire, il en avait le temps. Roi, il a cru que c'était de même. Il en résulte dans le conseil des conflits dans lesquels les discussions ne sont pas toujours libres. »
La politique extérieure à suivre par la monarchie de Juillet n'était pas moins nettement indiquée.
« Notre position en Europe, écrivait-il à M. de Barante, nommé récemment ambassadeur à la cour de Sardaigne, participe de notre situation intérieure : il y a deux voix en France, celle du gouvernement, discrète, réservée, et qui, par là même, fait peu de bruit; celle des principes populaires, la plus bruyante et la plus exagérée possible, afin d'attirer l'attention et de faire plus d'elfel. Le gouvernement a proclamé, sans réserve en appa-
renceet sans mesure, le principe de non-intervention. C'est là une politique qui ne songe qu'aux intérêts positifs du pays ; ce n'estpascelle des clubs, pas même celle de M. de Lafayette, qui, en menaçant toute l'Europe de ses projectiles, a effrayé toute l'Europe. Cette politique de clubs, avec ses retentissementsdémagogiques, nous donne aujourd'hui une attitude fausse. Nous avons eu l'air de dire à tous les peuples :« Révoltez-vous, nous vous soutiendroas, » ou, du moins, « nous empêcherons les gouvernements étrangers de vous opprimer! »
»0n nous accuse de ne pas tenir notre parole. Cela nous donne un air de fausseté ou de faiblesse. 11 n'y a d'avantages pour nous dans une guerre qu'autant qu'elle offrirait un bouleversement général. Dans cette perspective, tout se réunirait contre nous; car nous n'avons réellement d'espérance de conquêtes que dans la Savoie, la Belgique et la rive gauche du Rhin. L'Europe le voit comme nous. Mais voyez où cela nous mène ! Dans ma pensée, tout est faux dans la marche actuelle dos cspiils,et cela non seulement dans lesdétails, mais dans les principes. »
Cette situation extérieure, que Montlosier étudiait et appréciait ainsi, soumettait, dans les rues
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(le Paris cl dans la Clianibre des députés, la monarchie nouvelle à de t^Miibles épreuves. Pour les conjurer, il ne suffisait pas d'un esprit facile comme Laflilte, mais sans opinions arrêtées, et d'un laisser aller qui touchait à la mollesse.
Monllosier s'en plaignait au général Sébastian!, pour lequel il avait toujours eu du goût. Il lui envoyait même, chaque semaine, depuis les derniers événements, une correspondance ])oliti(jue autograpliiée. Une occasion se présenta où il put confier ses craintes au prince de Talle\ rand lui-même. Nommé membre correspondant de la Société géologique de Londres, Montlosier avait communiqué, sous le couvert de l'ambassade française, une note sur les éru])tions du mont Vésuve. Le prince de Talleyrand lui adiessa la ré})onse suivante :
« Monsieur le comte, en recevant votre lettre, je n'ai pas eu besoin de recourir à la signature ; j'ai reconnu sui-le-champ votre écriture et je me suis senti trente ans de moins. Les expressions de votre souvenir m'ont été fort précieuses et je vous en remercie. Je me suis acquitté avec empressement delà commission que vous m'avez donnée pour la Société géologique de Londres.
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» Tous mes efforts, depuis que je suis en Anglelene, ont eu pour objet de rendre la Belgique indépendante et de maintenir la paix.
» Aujourd'hui, je me crois bien prêt d'avoir obtenu ce résultat; ce que produira plus tard la tourmente actuelle ne regarde })as un homme de soixante-dix-sept ans. J'ai cependant cherché à donner à la raison un moyen de se faire jour; et, voyant l'Europe menacée de toutes parts par l'anarchie, j'ai cru qu'il fallait créer un pouvoir, et les cinq grandes puissances réunies à Londres m'ont paru devoir le former; et, quoi qu'cndisent les journaux désorganisateurs, j'étais bien loin de l'idée qui avait fait concevoir la Sainte-Alliance» puisque les trois grands actes de notre réunion ont été l'indépendance de la Belgique, le maintien de la paix et le principe de la démolition des places fortes élevées par les mêmes puissances après les Cent-Jours.
»Je ne vois d'autre raison de vous écrire tout cela que parce que j'écris à un de mes anciens camarades et un vrai Français.
» Recevez, monsieur le comte, etc.
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Si8 L K r. 0 M T [■ n K M 0 \ T L 0 S I L 11
Pcndanl que Monllosicr redoulailpour la polilique cxlérioure les cflVivescences chimériques, pcndanl qu'il blâmait dans loulcs ses lettres Tallitude provocante et maladroite, vis-à-vis des puissances, de M. Mauguin, du général bamarqueelde leurs amis, la scission se consommait irrévocablement à l'intérieur dans les rangs de celte jeune et brillante élite qui, en pleine possession d'ellemême, arrivait aux affaires. S'il y eut jamais une cohorte d'hommes d'un talent déjà éprouvé, engagés dans les voies les plus diverses, ce fut celle de ces vainqueurs de Juillet, ardents, ambitieux, pleins de foi alors dans un avenir libéral. Une année s'était à peine écoulée, et déjà les transactions entre eux devenaient difficiles; déjà apparaissaient d'irréparables divisions qui devaient, par leur ténacité, rendre impraticable, à un moment donné, l'avènement pacifique, régulier et périodique, de chaque parti au gouvernement du pays.
L'indécision de M. Laffitte avait créé au pouvoir des embarras et des périls. Le procès des ministres mettait la dynastie nouvelle à la merci d'une émeute. On sait l'émotion profonde que les débats devant la Gourdes pairsavaient excitée au sein de la
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population parisienne qui avait pris part à la lutte. Montlosicr écrivait, le 28 octobre 1830, à M. de Barante :
« Il faut bien, mon cher ami, que je vous félicite du noble et heureux succès de votre jugement de la Cour des pairs. Je voudrais vous féliciter encore d'avoir échappé aux derniers troubles de Paris. A mes félicitations doivent s'ajouter ici quelques condoléances. Il serait à désirer que, chaque fois qu'une chose importante sera mise en délibération, l'État et la sûreté publique ne le soient pas de même et que les deux chambres ne soient pas mises en jugement. C'est assurément très heureux que quelques polissons d'écoliers aient voulu venir au secours de la Chambre des pairs et assurer la paix publique. Faut-il qu'un tel état de choses se conserve, et, parce que nous avons gagné une fois la partie, faut-il que la France et la sûreté publique continuent à être en jeu? C'est à quoi, ce me semble. Votre Excellence et ses puissants amis doivent pourvoir au plus tôt. H y a un parti, à Paris seulement, qui est enragé. Parce qu'il a défendu pendant trois jours la ville contre l'ennemi, pour son salaire, il se croit en droit de piller la ville. Il faut vous dépêcher,
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mon cher ami, de ciôer vos municipalités et vosconseils généraux. Rattachez tout cela le moins possible à votre loi électorale et à rorganisationi de la garde nationale. Vous entrez dans tiop de détails; il fallait, ce me semble, pour ces choseslà, j'en excepte la loi électorale, poser des bases générales, xiutoriser ensuite les prélets, en s'adjoignanl un renfort de conseilleis, à porter des règlements d'exécution piovisoirc selon les besoins et l'esprit des localités. Vous allez vous trouver très embarrassé entre Télectorat ; mais on voudra un champ large pour l'éligibilité. Vous faites probablement vos préparatifs pour Turin; défendeznous de l'Autriche, et adieu. »
Suivant son habitude, pour tout événement considérable de son temps, Monllosier s'était enflammé et avait, à la hâte, préparé une brochure sur le procès des ministres. La situation lui paraissait de plus en plus redoutable; il appelait de tous ses. vœux un ministère de résistance.
« Résister, disait-il, est le seul parti véritable» le parti de salut; mais il lui faut une condition essentielle : c'est de résister non avec le seul appareil de la force, mais avec celui de l'autorité. Sans cela, vous renouvellerez les scènes succès-
sives des Conslilutionnels, de la Gironde et de la Montagne. »
Le cabinet du 12 mars 1831 que l'onna M. Casimir Périer donnait entière satisfaction à Monllosier. Le nouveau président du conseil unissait à une volonté de tous les jours un constant respect de la légalité. 11 possédait plus que personne ces merveilleux instincts, qui sont comme la partie divine de l'art de gouvernei-, et, dans les quelques mois que dura son ministère, il fondait les véritables traditions du règne. S'il ne put résoudre le problème de raccord de la démocratie et delà liberté, il en indiqua du moins les moyens, et. quand il fut brusquement enlevé à la France, il emporta dans sa tombe le secret d'une énergie héroïque, au service du bon sens le plus vigoureux, d'une honnêteté sans tache et du patriotisme le plus pur.
M. de Montlosier, pair de France. — Sa mort. — Troubles qu'elle occasionna.
Le ministère qui secoûstitua le 11 octobre 1832, sous la présidence du maréchal SouU, proposa au roi une nombreuse promotion de pairs. M. le duc de Broglie, ministre des affaires étrangères, fit comprendre le comte de Montlosiersur la liste, et, comme réparation de l'injustice commise sous la Restauration, l'indemnité qu'il avait touchée jusqu'en i82G, fut rétablie.
Ce l'ut sous cette forme délicate que le duc de Broglie, ayant à le remercier de ses félicitations, lui annonça la décision :
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« Monsieur le comte,
B Je répondrais avec plus de détails à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, si je ne comptais avoir le plaisir de vous revoir prochainement à Paris et de m'entretenir avec vous. Je n'ai pas besoin de vous dire combien je suis charmé que le choix du roi, en vous appelant à la Chambre des pairs, me donne occasion d'avoir avec vous des relations plus fréquentes.
» J'espère que vous voudrez bien continuer les importants travaux qui vous rattachent au ministère des afl'aires étrangères; mon ancien attachement me donne, j'ose l'espérer, quelque droit de compter sur le secours de vos lumières.
V V. DR IIROC.LIE. »
Montlosicr avail eu riionneur d'approcher celte personne l'are dont tous ceux qui l'ont connue ne parlaient qu'avec un touchant respect, et (jui s'appelait madame la duchesse de Broglie. Pendant les dernières années où sa mère, madame de Staël, revint vivre à I*aris, Montlosicr lui avait été j)ré-
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•sente. Il avait gardé un ineffaçable souvenir de celte haute nature.
Madame de Broglie avait été enlevée à ce monde choisi dans lequel elle tenait tant de place, lorsque Monllosier vint siéger à la Chambre des ïpairs. Peu de ses anciens amis avaicnl survécu aux événements. L'ombre s'était étendue sur les fortes générations de la Révolution. Chateaubriand était debout, mais aigri, désabusé, bâillant sa vie.
Montlosier et lui ne s'étaient jamais perdus de ■\ue depuis leurs années de misère à Londres. Lors de son renvoi du ministère, Montlosier lui avait fait parvenir le témoignage de son affection, €t il avait reçu, le ilO juin 18^4, ce billet inédit : « Je vous remercie, mon ancien ami. Si vous ^viez été à Paris, j'aurais reçu avec reconnaissance les conseils de votre expérience et de vos lumières. Vos troupeaux sont moins difficiles à gouverner que ceux que je conduisais. Il vous reste au moins une montagne et des moutons. Aloi, je n'ai qu'un grenier et deux chattes qui regretteront, je vous assuie, plus que moi, le ministère. 11 est dur de passer d'un perdreau à une souris. — Aussi j'entre dans leurs peines.
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Au reste, vous voyez que l'on m'a mis à la porte comme si j'avais volé la montre du roi sur la cheminée. Si vous entendez dire cela dans votre Auvergne, défendez-moi, je vous prie. Je vous .assure que je suis sorti du ministère les mains nettes.
» Conservez-moi bien votre amitié et comptez à jamais sur la mienne.