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Maric-Anloincttc montait sur réchalaiid. L'accueil que le baron de Breleuil avait semblé donner dans son esprit aux idées constitutionnelles fit place à un retour décidé au régime absolu. 11 ne fit un jour aucune difficulté d'avouer la nécessité du rappel des parlements. < Comment, demanda Montlosier, et les lettres de cachet aussi? — Sans aucun doute, répondit son interlocuteur; en France, on ne peut gouverner sans cela! »
Les cabinets étrangers commençaient à être moins rassurés sur le succès de cette politique à outrance. Le comte de Mercy-Argenteau s'en était ouvert à Montlosier. 11 lui avait envoyé un homme de beaucoup d'esprit, Pellenc, le conseil de Mirabeau dans ses procès au parlement d'Aix, Pellenc qui l'avait suivi à Paris durant la Constituante et avait composé quelques-uns de ses discours, notamment celui qui avait pour objet le droit de paix et de guerre. De nombreuses conversations eurent lieu entre Pellenc, le comte de Mercy et Montlosier sur le caractère de la révolulion française, sur ses forces, sur les moyens de la dominer. Ces conversations n'aboutirent pas.
« J'ai une idée, écrivait Montlosier, à laquelle tout paraît devoir se surbordonner, c'est que les
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jacobins ont pairailemenL conslilué la nation. Ils y ont mis un art mervoilleiix, sur lequel l'iiisloire. aura à reposer sonattention.il l'audra oriianiser l'ordre de la même manière qu'ils ont organisé ranarchie. »
Ce lut Bonaparte qui s'inspira plus tard de cet avis.
Mallet Du Pan, à qui Montlosier écrivait ainsi, venait de sortir encore de sa retraite. Dès les premiers jours de février 1793, le maréchal de Castries avait de nouveau fait appel à ses lumières. Mallet nous apprend qu'il consulta alors Mounier qui vivait à Morat, dans la retraite, oublié et méconnu. Mounier lui conseilla de se rendre à cet appel. Il était d'ailleurs attiré par le désir de retrouver Montlosier ,[loujours généreux, toujours dévoué, qui lui avait offert son argent cl son aide.
« .l'ai à i)eu près cinq rcnis louis dont je pourrai disposer sous peu de temps, lui écrivait-il en mars 93 ; je vous les offre de bon co^ur. Si nous voulions nous en donner la peine et nous asseoir à notre aise sur un territoire un peu libre, je crois que nous commanderions facilement à l'opinion publique et que nous aurions une grande inllMeiice même sur la direction des cabinets. Il faudrait
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d'avance nous dresser de bonnes et sûres correspondances, afin d'avoir à la fois le mérite de la vigueur pour persuader, et celui de la nouveauté pour les faits. » Ce projet, Montlosier essaya de le réaliser en Angleterre, quand il y fonda le Courrier de Londres.
Mallet ne put rejoindre le maréchal de Castries ; il se rendit à Bruxelles, où il fit paraître le plus connu de ses livres : Considératiotis sur la nature de la Révolution, ouvrage qui souleva parmi les émigrés une véritable tempête.
Montlosier s'était arrangé pour que son ami eût auprès de lui tous les agréments possibles. Ill'avait mis en rapport avec l'abbé de Pradt, avec Rivarol, avec le chevalier de Panât et le comte François de Sainte-Aldegonde. Mais les écervelés les plus inconscients ne parlèrent de rien moins que de le pendre après la contre-révolution. Montlosier fut averti d'éviter la promenade du parc où se trouvaient habituellement ces étourdis.
Mallet était curieux comme un enfant de toutes les figures des émigrés; il demanda précisément d'aller se promener au parc .Ne voulant pas laisser outrager un de ses amis, Monllosier s'achemina avec lui, (bridé à repousser la violence par la vio-
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lonce. Ils cntrôrtMil ainsi dans la promonade, MonllositM' lui donnani le bras el cnlbneanl do temps en temps son thapeaii j)oui' bien l'aire nompri^ndrt^ qu'il riait di'cidf' à relever toute insulte. Il y eut quelques rires, quelques <'liU(Iiotemenls, mais rien de pbis.
Maloiiet arrive de son côté à Bruxelles. Lui aussi manifeste le désir de se rencontrer à la promenade avec ces fous d'émigrés, comme il les appelait. Monllosier prit les mêmes précautions; mais, tandis que Mallet avait un extérieur rude, Malouet avait tant de grâce dans les manières, quelque chose de si bienveillant et de si indulgent pour tout le monde, que tout le monde le fut pour lui.
L'aversion des émigrés pour toute espèce de système constitutionnel n'était pas seulement affaire de coterie ; l'impulsion venait de plus haut. Les brochures qui fondirent sur Mallet étaient communiquées à M. le comte d'Artois. Une lettre du chevalier deGuer, une autre de l'abbé Talbert, en réponse à l'auteur des Considérations, mirent Montlosierdans une vive colère. Mallet était représenté, avecNecker, comme un des meilleurs amis des' jacobins. « Laissez-les dire! avait déjà lé-
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pondu Mallet, faisant allusion à sa courageuse rédaction du Mercure, alors qu'il habitait Paris. Quoique étranger et républicain, j'ai acquis, au prix de quatre ans écoulés, sans que je lusse assuré en me couchant de inc réveiller libre ou vivant le lendemain; au ])ri\ de trois décrets de prise de corps, de cent quinze dénonciations, de deux scellés, de quatre assauts civiques dans ma maison, de la confiscation de toutes mes propriétés en France, j'ai acquis les droits d'un royaliste; comme, à ce titre, il ne me reste plus à gagner que la guillotine,- je pense que personne ne sera tenté de me la disputer. »
Les haines du parti de l'émigration, venant se joindre aux événements amenés par l'issue de la campagne de 93, avaient jeté Mallet dans l'abattement. Quant à Montlosier, il allait jusqu'à rêver d'aller créer une colonie agricole en Crimée et d'y conduire son ami comme associé. Son imagination se rejetait bientôtdansun autre domaine. Mallet, plus usé qu'aigri par les attaques injurieuses des amis des princes, se contentait de répondre avec hauteur : <( 11 est tout simple (juc l'adversité dérange des esprits qui n'y ont j)as été élevés. Il est tout simple qu'elle ne leur
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ail donné ni une leijon, ni une idée, ni une notion de rien. »
La noblesse de ce lemps-là aimait mieux, en effet, tout risquer que d'accepter sincèrement le gouvernement représentai il'. Elle se lélicilait de l'accroissement du désordre et plaçait tout espoir dans les odieux attentats qui accompagnaient la Révolution. Elle commettait .cette grande erreur politique de n'attribuer à ses adversaires que des vices et des bassesses.
Tandis qu'elle exécrait non moins violemment les constitutionnels, ceux-ci étaient persécutés en outre par les jacobins, qui leur croyaient sur l'esprit de la nation une influence que les faits ont démentie. Destinée bien digne de respect ! Les constitutionnels, proscrits par la France, mal vus par les gouvernements étran|T:ers, conspués par les émigrés, se trouvèrent pendaut plusieurs années sans pain et sans asile. Madame de Staël en recueillit quelques-uns dans le pays di- Vaiid ; mais il lallul leur donner des noms suédois. iN'était-ce pas pour éviter leur contagion libérale que des princes allemands avaient osé faire planter àl'entréede leur Etat ces poteaux dont pnrlcnl lo^ Mémoii"cs de M. de Tillv et sur
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lesquels on lisait : Il est défendu aux émigrés et aux vagabonds de passer outre.
Monllosier avait donc senti déjà toutes les amertumes lorsqu'il résolut d'aller rejoindre Malouet en Angleterre. Il y débarqua vers la fin de septembre 1794.; il devait y séjourner sept ans.
Los «'migres en Anglftorre — Le Courrier de Londres. iMnntlosier, Chateaiibriiind et l'ablx- Ddillc.
L'Angleterre, telle que l'avaient faite la révolution de 1688 elles luttes parlementaires, était à son apop^ée. Son aristocratie, placée à la tête des affaires depuis cent quarante ans, a\ait montré au monde, suivant un mot célèbre, une des plus belles et des plus grandes sociétés qui aient fait honneur à l'espèce humaine depuis le patriciat romain. A.u moment où éclata la révolution française, le gouvernement britannique semblait se recueillir pour des réformes intérieures. Le dénouement de la guerre d'Amérique l'avait découragé de toute ambition. Le roi George venait d'avoir ses premiers accès de folie. Les événements
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siirvomis on Fi.iiicc clmniirront loiitcs Ips idros jtoliliqiics.
Non i)as que notre esprit lévolnlionnaiie ait jamais pu pénélrer la société anglaise, mais nos premières vicloii'cs, nos ardeurs de conquêtes, liicn j)lus que nos doctrines, firent une vive impression sur M. Pilt. L'œuvre principale de notre révolution, l'égalité des droits, la liberté du travail, la sécularisation de l'esprit humain, touchaient moins le fils de lord Chatam que l'annexion de la Brlj^ique. Il sentait que le Français aime en général l'autorité, parce qu'il espère l'exercer un jour ou l'autre et que la liberté le met en défiance. Néanmoins la masse de la nation anglaise avait vu (l'un d'il l'avorable nos i)remiei's elTorls ])our anéantir l'arbitraire et pour nous donner une constitution libéiale. Les amis des réformes civiles et religieuses s'étaient réunis et avaient formé dans les grandes villes des associations patriotiques qui s'étcienl mises en relations avec les sociétés populaires de France.
Malheureusement, les violences et les excès avaient l)ienlôt ami-nT' un drcliircintMif entre les nobles esprits qui se jiarlagi.'aieiii riionnem de HouveiwK.'i' en Auuletei're. On ^ardail le souvenir
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de cette mémorable séance du (3 mai 1701 où se consomma la rupluie de Biirke et de Fox.
Qu'on juge de l'émotion qu'excita dans la société anglaise l'arrivée des premiers émigrés ! On vient tout récemment encore de raconter avec beaucoup de verve l'étonnement, la stupéfaction de ce beau monde qui, accourant en grande toilette audevant de nos gentilshommes, les vit jouer à saulemouton, en manches de chemise, sur le rivage, attendant qu'un rayon de soleil vînt sécher leurs habits mouillés.
Le flol delà Révolution apporta successivement diverses couches de proscrits de toute espèce et de toute origine. Des pages immortelles ont retracé leur vie émouvante, triste comme l'exil et comme la pauvreté. On connaît ce Pelletier, ancien rédacteur des Actes des Apôtres, à la ibis serviteur de la légitimité et ambassadeur du roi nègre Christophe, buvant eu vin de Champagne les appointements qu'on lui payait en sucre. On connaît ces conseillers au parlement de Bretagne qui avaient déserté avec le bonnet carré et la robe rouge et qui couchaient sous la pourpre dans un taudis irlandais. Le plus ou moins de richesse ou d'indiuence aurait semé des divisions dans ce
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milieu, si les opinions n'y avaient déjà établi des classes. L'émigration pauvre s'était (ixée dans les quartiers de l'est de Londres; tandis que vers l'ouest s'étaient installées les familles de cour, les évêques et les planteur-^. Suivant le flux et le reflux de la fortune, on s'éloignait ou Ton se rapprochait des quartiers aristocratiques. Toute cette société brillante et légère vivait encore de diimères ou de haines.
C'était le clergé catholique qui surtout avait grossi les rangs de l'émigration française en Angleterre. Plus de quatre mille ecclésiastiques y avaient cherché asile. Les mémoires de l'abbé Grégoire nous apprennent qu'environ moitié de ces prêtres vivait à Londres, dans les quartiers de Summers-Town et Saint-George-Field, s'occupaiil d'enseignement ou de travaux manuels, fabriquant des cartons, des chapeaux de paille, des fleurs artificielles ; d'autres étaient disséminés dans divers villages jusque dans le pays de Galles. Le clergé anglican les avait accueillis avec humanité. L'université d'Oxford avait fait imprimer, à l'usage des prêtres français, quatre mille exemplaires du Nouveau Testanieiil coiilnrme à l'édili(Hi <li' lîiirbou.
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Comment passer sous silence les traits de bienlaisance de la classe ouvrière de Londres qui nous sont révélés dans une lettre écrite en 179o par l'évèque de Léon?
Deux ecclésiastiques s'adressaient pour leurs provisions à une pauvre marchande de légumes; plusieurs fois elle leur donna ce qu'ils voulaient acheter. La voyant obstinée à refuser le prix de sa marchandise et craignant d'abuser d'une pareille libéralité, ils voulurent un jour faire leurs provisions ailleurs;, la bonne femme se désola, vint se plaindre de ne plus les revoir, et jamais ne consentit à recevoir leur argent. D'autres marchandaient un jour du poisson et se retiraient parce qu'ils le trouvaient trop cher ; la marchande toute déguenillée courut après eux, et les força d'accepter gratuitement ce qu'ils avaient voulu payer. Quelques prêtres, demandant leur chemin dans les rues de Londres, se voient entourés par les femmes du peuple. Ce rassemblement leur inspire quelques inquiétudes, elles s'en aperçoivent, s'empressent de les rassurer et leur offrent à l'envi des pièces de monnaie.
L'évèque de Léon passait dans la rue avec son grand vicaire ; tout à coup celui-ci sent quelqu'un