ACTE IV, W TAIU.EÂU, SCÈNE
tout dsviné; je l'ai suivi ce soir ù l'Opéra, et, lachée clans une baignoire, j'ai tout vu.
MOMB'-CRISTO.
Alors, si vous avez tout vu, madame, vous avez TU que le QIs de Feinand m'a insulté [jubliquemenl ?
KEKCÉDKS.
Oli! par pitié !
MONTE-CniSIO.
Vous avez vu qu'il m'eût jeté son gant à la ligure si M. Je Cbateaubrun ne l'eût arrclé? mercf.uiïl;.
F.coulez-moi : mon fils a deviné, lui aussi, et il vous attribue les malheurs qui frappent son père.
MONTE-CBISTO.
iVladame, vous confondez : ce ne sont point des malheurs, c'esi un cbàtimenf. Ce n'est pas moi qui frappe M. de Morcerf, c'est la providence qui le punit.
MEHCÉUtS.
Et pourquoi vous sub.^tituez- vous à la providence'? Pourquoi vous souvenez-vous quand elle oublie '.' Que vous importent à vous, Edmond, Janina et .«on visir'? Quel tort vous a fait Fernaud Mondego en trahissant Ali-Tebchn''
JÎONTE-CRISTO.
Aussi, madame, tout ceci est une alTaire entre le capitaine Franc et la fille d'Ali, qui existe encore, je crois, et si j'ai juré de me venger, ce n'est ni du capitaine Franc, ni du comte de Morcerf, c'est du pécheur Fernand, mari de la Catalane Mercedes.
MFBCÉDÈ.^.
Oh! monsieur, quel terrible vengeance pour une faute que le hasard m'a fait commettre, car lacoupaI)le, c'est moi, Edmond, et si voiis avez à vous venger de quelqu'un, c'est de moi qui ai manqué de force contre votre abstnce et contre mon isolement.
.WOSTE-CRISTO.
Mais pourquoi étais-je absent'? pourquoi éliez-vous isolée'?
MERCKUÈS.
Parce qu'on vous avait arrêté, Edmond, parce que vous étiez prisonnier.
MOT^TE-f.RISTO.
Pourquoi étais-je arrêté '? pourquoi élait-j';; prisonnier'?
MERCEDES
Je l'ignore.
MOME-CRISTO
<Jui, VOUS l'ignorez, je l'espère du moins. F.li bien ! je vais vous le dire, moi, j'étais arrêté, j'ctais prisonnier, parce que, de la réserve, le jour même où je devais vous épouser, un homme nommé Danglars, avait écrit cette
lettre, que le pêcheur Fernand s'était chargé I de mettre à la poste. (U va ii un secrétaire et j lire la lettre.) t , .
MERCEDES
i:ne lettre, quelle lettre'?
MOXTE-CniSTO.
Lisez! Cette lettre me coûte cent mille francs, mais ce n'est pas trop cher, puisqu'elle me donne le moyen de me justifier à vos
yeux.
MERCKDËS, lisant.
« M. le procureur du roi est prévenu, par un » ami du trône et de la religion, que le nom- » nié Edmond Dantès, second du navire le 1) Pharaon, arrivé ce malin de Smyroe, après » avoir touché à Naples et à Porto-Fcrrajo, a » été chargé par Murât d'une lettre pour le » l'Usurpateur, et par l'Usurpateur d'une let- 1) tre pour le comité bonapartiste de Paris. On » aura la preuve du crime en l'arrêtant, car » ou trouvera cette lettre sur lui. » (Tombant » sur un fauteuil.) 0 mon Dieu ! mon Dieu !
M0>TE-CRIST0
Vous avez lu '?
MERCEDES
Oui. Et le résultat de cette lettre'?...
Vous le savez, madame... a été mon arrestation. Mais ce que vous ne savez pas, c'est le temps qu'elle a duré, cette arrestation. Quatorze ans! Ce que vous ne savez pas, c'est que chaque jour de ces quatorze ans, j'ai renouvelé le vœu de vengeance que j'avais tait le premier jour, et cependant, au fond de ma prison, j'ignorais que vous aviez épousé Fernand, mon dénonciateur ; j'ignorais que mon père était mort, et mort de faim !
MERCEDES
Juste Dieu!
Mais voilà ce que j'ai su en sortant de prison, quatorze ans après y être entré, et voilà ce qui fait que, sur Mercedes vivante et sur mon père mort, j'ai juré de me venger de Fernand, et je me venge!
MERCÉDtS.
Etes-vous sûr que le nutlheureux Fernand est cause de tout cela'?
Sur mon àme! il l'a f.iit comme je vous le dis. D'ailleurs, ce n'est pas plus odieux que d'avoir, Français d'adoption, passé aux Anglais ; Espagnol de naissance, combattu contre les Espagnols; stipendiaire d'Ali, trahi et assassiné Ali ! En face de pareilles chose.-:, mou Dieu! qu'est ce que la lettre que vous venez de lire'? une mystification galante, que doit pardonner, je l'avoue et je le comprends,