ACTE I, l^' TABLEAU, SCÈNE IV
ALBEKT.
Non, c'est un homme de ma taille à peu près.
BEAVCHAMP.
Il clait armé jusqu'aux dents.
ALBERT
Il n'avait pas même une aiguille à (i'K'oIit.
CBAlIiAPBRUJi.
Il traita de votre rançon alors?
AI.BEHT.
Il dit deux mots à l'oreille du chef et je fus libre.
DGAUCUAMI' riant.
On lui et même des excuses de vous avoir
ai l'été, n'est-ce pas?
ALBERT
Ju'^temenl!
DKBISAV.
Mais c'était donc l'Arioste?
ALBERT
Non, c'était le comte Montc-Cri,~lo.
DEBRAV.
AUons-donr ! on ne s'appelle pas It nimlc Monte-Cristo.
BEAICMAMP.
Altendeï-donc, attendcz.-donc. Je crois (pie je vais vous tirer d'embarra';. Monte-Crislo est une petite ile près de laipKlIc j'ai passé en allant à Palerme.
ALBERT
C'est justement cela. Do ce grain Je sable, de cet atome, est seii;iieur et roi celui ilont je vous parle. Il aura acheté ce brevet de comte quelque part en Toscane.
BEAICUAMP.
Il est donc riche, votre comte?
Je le crois. Il possède une caverne pleine d'or.
BEAICHAMP.
Et vous avez vu cette caverne?
ALBERT
Non, mai.î l'en ai entendu parler-
CHATEAl'BR(]>.
Elil mais, moi aussi... lin soir, sous l,i tcnlc où nous attendions notre souper, qui ne venait pas..
nEBRAV.
Comme aujourd'hui notre déjeuner.
ALBERT
N'interrompez donc pas, Debray; que diable, nous ne sommes pas à la Chambre.
CU.VTEAtBRl.N.
Eh bien, Morrol, mon sauveur à moi, m'a toujours raconté qu'il était allé pour chasser dans cette ile de Monte-Cristo, et que là il avait été invite à souper par un inconnu, mais à la condition qu'il se laisserait bander les
yeux et conduire, sans ihercher à savoir où il était.
ALBERT
Eh bien ?
CIIATEAL'BRUN.
Eh bien, il est descendu dans une caverni\ il y a trouvé une espèce d'enchanteur qui l'y a l'ait servir par des muets et par des lemmes près desquelles Aspasie et Cléopàtre n'étaient que des Lorettes.
ALBERT
Eh bien, vous jetez un peloton de (11 dans mon labyrinthe, mon cher Chaleaubrun. Le comte de votre capitaine de spahis, c'est le mien.
DEBUAV.
En vérité, mon ami, vous nous racontez des choses invraiscmbl aides.
.VLBEltT.
Cela n'empêche pas que mon comlc .Monte- Cristo existe.
DEBUAV.
Pardicu! tout le monde exiato. Beau muaclc ;
ALBERT
Oui, mais loul le monde n'existe pas dans des conditions pareilles. Tout le monde n'a pas des esclaves noirs, des galeries princièrcs, de.« armes comme à la Casauba, des chevau.\ de six mille francs la pièce, des maîtresses grecques.
BEALCHA.MP.
Il a uni' maîtresse grecque! L'avez vous vue au moins ?
ALBERT
Vue, de mes deux yeux vue, une fois au théâtre Vallé, et une fois que je dejtunais chez le comte. Deux fois en tout.
UEllRAV.
Il mange donc, votre homme exliaoïdinaue?
ALBERT
Ma foi, .s'il mange, c'est si peu, que ce n'est pas la peine d'en parler.
( I1ATEAIBRI>.
Vous verrez (jue c'e.st un vampire.
ALBERT
Kh bien, messieurs, vous aile/ vous moquer de moi. mais je ne dirais pas non.
BEACeilAMP.
Ah! bravo!
I irATEAlBKU>.
Toujours est-il que votre comte Alontc-Cristo est un galant homme dans ses momcns perdu-, n'est-ce pa;?
UEBRAY.
Oui, sauf ses petits arrangemens avec les bandits italiens.
L\i CO.Mili Di: .MUKCLKF.
BEAICHAMI'.
liHli! il n'y a pas de bandits italiens.
DEttBAY.
l'as de vampires.
BEALCll.\Jlr.
Pas de comte Monle-Cnslo, et la preuve, mon cher ami, c'est que voilà dix lieurcs et demie qui sonnent.
CHATEALBIU.V.
Avouez que vous avez eu le cauchemar, et allons déjeuner.
UERUAix (uuvrunl la porte).
Son excellence le comte Monte-Cristo.
o,.aooeot.ooooogocegooooocococccoouooooocoootoocooo