LUCRECIA LA CAPTIVE
La vie est pleine de tristesse; Tel qui brille au jour meurt le soir; On a des heures d'allégresse Et des siècles de désespoir... .
Sans cesse dans les alarmes.
Courbé sous un joug qui l'aigrit,
L'homme arrose de ses larmes
Le pain noir qui le nourrit!...
Robert-le-Magmfique , la Ballade.
La famine faisait d'épouvantables ravages dans Tinfortunée cité du Taurus. A demi dépeuplée par ce dernier fléau et par la guerre , ses rues offraient un aspect où la désolation l'emportait encore sur la solitude. Chaque jour on trouvait morts des malheureux qui s'étaient traînés jusqu'à la porte de la forteresse, où les vivres ne
manquaient pas encore; mais les durs refus du motsallam achevaient ce que la misère avait commencé. Alors , dans cette détresse , s'ouvrit une troisième période plus sinistre encore, plus horrible : les malheureux mangèrent leurs morts l...
Eh bien ! au milieu de ces horreurs , il se trouvait des âmes atroces que la cupidité poussait à commettre des crimes exécrables. Un boucher de la cité , dont l'histoire n'a pas conservé le nom, allait chaque soir à la mosquée de Fatime sous un pieux prétexte , et quand il avait avisé quelque Sarrasin que les privations n'avaient pas trop flétri , il s'attachait à ses pas comme son ombre et l'égorgeait dans les rues désertes ; puis , portant le cadavre à son logis, il le dépeçait par morceaux qu'il enfermait dans des tonneaux sous des couches de sel , pour vendre ensuite cette chair hu-
DE NETY. tSSi
maine, au poids de l'or, aux plus riches Tauroméniens.Les provisions de cethomme ne s'épuisant pas , malgré la détresse commune , on le soupçonna , on l'entoura d'espions, et bientôt la vérité fut dévoilée. Conduit devant son homonyme Djezzar , il confessa son crime.
— Cours me chercher tout l'or que t'a produit ce trafic, et garde-toi d'oublier un seul sultapin, lui dit le motsallam.
Le misérable, croyant sauver sa vie à ce prix, alla chez lui l'âme pleine de joie.
Il se garda bien d'oublier le plus mince croissant d'argent, et il ne tarda guère à revenir se jeter aux pieds de son maître :
— Yoilà toute ma fortune, siiltau puis-