G LE COMTE
— Il y a toujours un port pour lésâmes nobles et courageuses; Dieu vous a éprouvée, ma tendre sœur. Vivez; car votre port, à vous, c'est l'amour de l'illustre et brave comte de Nety.
— Ah! s'écria la jeune sultane , Nety te vengera si tu succombes : il vit, il est sauvé! hier, les Normands fêtaient son retour.
— Eh bien, vivez pour lui; vivez pour l'aider à sortir de la lutte terrible dans laquelle il est engagé , car les Sarrasins l'entoureront d'embûches jusqu'à ce qu'il succombe ou qu'il les écrase Mes forces m'abandonnent... mais si vous pouvez fuir de cette ville maudite , fuyez et allez vous jeter dans les bras de Nety.,, de celui qui sera un jour votre époux.
Etrintéressaateltalienne s'éteignit eom'
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me une lueur qui disparaît tout à coup le soir dans les profondeurs des cieux.
— Me voilà donc seule au monde I s'écria Ziza d'un air morne en examinant le cadavre; voilà celle en qui j'avais mis toutes mes affections! — Pauvre àme dont la vie d'amour s'est écoulée tristement dans la solitude des harems, elle qui était venue sur la terre pour y jouir de la liberté. 11 y a des destinées fatales î A celles-là le deuil, les angoisses et toujours des larmes, tandis que d'autres respirent d'enivrants parfums, et marchent sur des fleurs éclatantes. — Ma pauvre sœur ! Ce qui naguère était si beau , si plein de vie, n'est plus qu'une froide dépouille, qu'un corps privé de sa grâce charmante et de son âme aussi douce qu'un tendre murmure de la brise. ..Oh! guerriers de ma tribu , cette humeur barbare et farouche causera votre ruine : un jour vous
serez effacés du rang des nations puissantes. Assassiner des femmes sans défense ! Ah î c'est atroce ! atroce !
Fallacia la surprit comme elle était penchée sur le cadavre qu'elle couvrait de larmes j quand elle aperçut ce misérable qui calculait si froidement tous ses crimes, elle se leva d'un bond, comme une gazelle surprise tout à coup par le tigre, et elle s'enfuit sans voile , éperdue et presque folle.
— Fuis , fuis comme le pétrel , ma sultane, dit-il de sa voix nasillarde, en la suivant des yeux dans la galerie ; va, fuis ; si le Juif ne m'a point menti en me disant que tu aimes éperdument le chef des Normands, tu languiras longtemps dans l'attente, et ton amour te consumera... Tu ne mens pas à la race de ta mère, sultane Ziza ; car elle
aussi aimait un chrétien , le plus beau de la nation grecque , et si l'on pouvait évoquer les secrets mystérieux des harems, la fille de Vittumen ne serait plus que l'odieux rejeton d'un dgiaour... Oui, ajouta-t-ilen se parlant à lui-même d'une voix sombre et solennelle , c'est la fille du dgiaour Makialis, et le cruel Vittumen n'a fait que lui donner son nom... Ah! quiconque serait assez hardi pour révéler ce secret à l'émiralem !... Mais prenez garde, sultane, je suis sensible aux injures , et vos airs de grandeur me froissent; je pourrais bien abaisser cet orgueil et faire naître en votre âme des repentirs amers...
La malheureuse Ziza revint en ce moment, apportantun suaire imprégné de sels et de camphre, l'odeur sainte des Orientaux.
— Tiens , pauvre Lucrecia , voilà le der-
nier tribut d'une sœur qui aurait donné toute sa fortune pour te soustraire à tes bourreaux.
— C'est trop de regrets pour une misérable esclave chrétienne, dit Fallacia avec une insouciance pleine de dureté.
— Cette esclave chrétienne valait mieux que toute ta race, infâme empoisonneur ! s'écria Zizahors d'elle-même.
Fallacia se recula presque épouvanté de cette brusque apostrophe d'une femme qui l'avait toujours méprisé, mais qui s'était vaincue assez pour ne lui témoigner que de la douceur.
— Vos paroles sont cruelles et inconsidérées, belle Ziza, reprit-il avec une sanglante ironie ; quand on sait des secrets de
cette nature , on les ensevelit au fond de son cœur, car il y a des secrets qui tuent.
— Quand il s'agit de révéler des crimes, il y aurait de la lâcheté à se taire en face des scélérats , reprit-elle avec véhémence.
— Si je révélais tous les secrets dontje suis dépositaire, reprit-il d'une voix lente, en souriant d'une manière étrange, il y a de belles têtes de sultanes qui pourraient bien rouler sous le cimeterre des chefs de nos tribus.
— Que veux-tu dire, vil esclave? s'écriat-elle en s'approchant de lui autant par curiosité que par crainte.
— Pas d'injures ! Votre puissance n'est pas assise sur le marbre de la montagne;
d'un mot elle peut s'écrouler. Si au lieu d'être l'unique enfant de Vittumen tu étais la fille d'un dgiaour?...
— Eh bien î dit-elle d'une voix entrecoupée, eh bien !...
— Si on révélait ce terrible secret à Vittumen ! si on lui disait qu'il fut trahi , couvert d'opprobre!...
— Ce sont des suppositions dignes de ton odieux caractère , atroce empoisonneur!
Tu vis continuellement dans le crime et tu le supposes ainsi dans le cœur de tous. Vat'en, misérable; laisse-moi et n'insulte pas aux mânes de ma mère. Tu mens! tu mens, Fallacia!!!
Il rit d'un rire bruyant et saccadé qui fit peur à la jeune fille.
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— Ah ! j e mens , reprit-il ; eh bien ! sachele , orgueilleuse ! Vittumen , le puissant émiralem de Catane , n'est pas ton père.
— Que dis-tu ? que dis-tu, Fallacia? serait-il vrai ?
— Oui, lui dit -il en croyant retourner le poignard dans une plaie douloureuse , oui , tu es fille d'un dgiaour ; c'est le sang de Makialis qui coule dans tes veines et non celui de l'émiralem. Je connais l'officier qui introduisait le Grec dans le harem où vivait la sultane.
— C'était toi ! Fallacia , c'était toi ! s'écria-t-elle en riant d'un rire indescriptible.
— Et si je ne l'ai pas révélé à Vittumen, c'était pour soustraire à sa fureur un enfant innocent ; mais aujourd'hui tu me traites
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d'esclave et d'empoisonneur; prendsgarde, fille de Makialis !
' — Je te méprise et ne te redoute pas, répliqua-t-el!e avec fierté. Tu l'as dit : il y a des secrets qui tuent; — c'est le tien! Voilà ce qui t'a arrêté et non une considération magnanime. Mais ne me trompes-tu point, Fallacia? suis -je bien la fille de Makialis?— de ce grand Makialis qui faisait fuir devant lui les Mores comme des troupeaux d'esclaves?
— Je le jure par les os de mes pères , et demain, si je veux , tu perdras ce titre de sultane qui te rend si fière et si impérieuse.
— Ah! en croyant me déchirer le cœur, tu me combles de joie. Va, j'accepte le déshonneur de ma mère à ce prix ! Ce fut uu
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ange que Dieu rappela dans son sein pour lui faire goûter des jours meilleurs. Son destin l'avait liée à celui d'un monstre, et ce monstre l'a dévorée ! Merci , Fallacia, merci de ton secret, car j'ai quelquefois accusé le Ciel de m'avoir fait naître la fille d'un odieux scélérat, tandis que j 'avais pour père un guerrier qui servit sa patrie avec gloire î
Un bruit se fit entendre dans la galerie, et un esclave vint aussitôt annoncer la présence du motsallam.
— Allez, digne esclave de tels maîtres, lui dit -elle avec mépris en se retirant, allez comploter de nouveaux forfaits. Vat'en, et tâche d'égaler en scélératesse Djezzar le Numide.
— Un mot de plus serait ton arrêt de mort.