‹ Le comte de NetyChapitre 21 sur 42 · II · texte numérisé non relu

II

sont massacrés, tandis que Serlon, avec un autre corps d'armée , fait replier le motsallam de Léontium jusque vers Acis.

Un jour que le soleil était déjà bien haut à l'horizon , deux bâtiments légers, à voiles trapézoïdales , rapides comme des goélands , deux lougres du Nord enfin , s'écartant d'une flottille qui venait de doubler le promontoire d'Hercule , le cap Spartivento des Modernes, rasèrent la côte en se couvrant tout à coup de voiles inusitées dans ces mers , et glissèrent longtemps encore avec une merveilleuse rapidité. Parvenus dans une espèce de petit golfe , d'anse profonde, ilscarguèrent leurs voiles, s'approchèrent du rivage , et plusieurs guerriers sautèrent sur la grève.

— Voilà de riches moissons sur les collines, dit l'un des guerriers. Nous arrivons

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à temps ; c'est ici qu'il faut attendre nos frères et nos ennemis.

Une vaste plaine s'enfonce au loin , triste et désolée ; des monceaux de briques pulvérisées, des ruines de temples, des débris informes , annoncent qu'il y avait eu là, dans l'antiquité , une ville remarquable. Mais alors cette plaine est déserte, rien n'y croît; quelques chevriers seuls avec leur bétail troublent le silence de ce désert, et le célèbre écho de Condojani ne répète que le son rauque et inharmonieux de leur trompe marine. Mais si la plaine, telle que le temps et les barbares l'ont faite, attriste l'âme, rien n'est plus gracieux que les collines qui l'enserrent : ce sont des ondulations vertes et riantes , où l'oranger avec ses fruits d'or le dispute à l'arbre des grenades et au terne et triste olivier ; c'est la vigne qui court en riches guirlandes jus-

ISO LE COMTE

qu'à la mer, tandis que vers le fond les hautes montagnes qui terminent la chaîne de l'Aspromont dominent ce grand site et laissent fuir leurs torrents à travers des masses de lauriers - loses.

Les gueiriers normands et calabrois foulaient sans respect cette terre illustrée par cent héros. Nul d'entre eux , en voyant ces ruines, ne savait leur histoire, tant les choses de ce monde sont périssables et tant la gloire est vite oubliée ! Cette plaine, c'est celle de Locres , cette république aristocratique si altière , dont les lois passèrent dans les Douze Tables , ce décalogue du peuple-roi, et qui disait orgueilleusement d'elle: Amie de Rome, soumise aux

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