‹ Le comte de NetyChapitre 26 sur 42 · II. n · texte numérisé non relu

II. n

la tempête, il ne rompt pas pour cela. Eh bien ! j'ai plié jusqu'à ce jour; mais à cette heure je relève ma tête, je redeviens géant ! Songez que dans ma main je tiens la vie de tous...

Ziza fit un mouvement brusque à cette parole horrible , et ne put retenir une plainte étouffée.

— Nous ne sommes pas seuls, s'écria le motsallam : quelqu'un du fort vous a suivi, seigneur calabrois.

— Je suis venu seul du camp par le

sentier difficile j je n'ai rien entendu.

— C'est le vol de quelque oiseau nocturne dont les ailes auront , en passant , effleuré les tentures de la terrasse de notre sultane.

— J'ai entendu comme un bruit de pas et d'une haleine longtemps comprimée qu'on ne peut plus retenir, repartit le tenace Bisertin ; mais réglez vos projets, je vais parcourir un instant la montagne.

La malheureuse jeune fille, respirant alors, pencha de nouveau la tête sur la balustrade moresque, afin d'ouïr toutes les paroles des redoutables conjurés.

— Eh bien! Riso, dans quatre jours, peut-être, Vittumen sera ici. Pour dignement fêter sa venue , il nous faut la tête de Jourdan.

— Engagez -vous pour mille bourses d'or, et, par le saint Sépulcre, vous l'aurez !

— Je vous ai dit que le trésor était vide.

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— Croyez-vous donc qu'il s'agit d'un simple gentilhomme ?

— Alors , c'est à tort que vous vantez votre amour de la patrie. Vous n'êtes qu'un marchand de tètes, qu'un spadassin sûr de sa force, voilà tout.

— Sache, Fallacia, reprit Riso avec une dignité apparente , sache que cet or que j'exige est destiné à mes frères de Calabre pour les aider à reconquérir leur indépendance. Crois-tu que le but soit noble ? Si j'étais seul, je mépriserais les mille bourses pour n'écouter que la voix puissante de mon ressentiment; mais, je te l'ai dit, il s'agit d'affranchir ma patrie, et si je délivre les Sarrasins d'un conquérant avide, il faut que leurs richesses m'aident à combattre ses frères du continent. A ce prix ,

d'ici à quatre jours, je t'apporte la tête du comte de Nety...

Ziza se cramponna fortement à la balustrade; elle frissonnait, elle chancelait , elle se sentait défaillir, elic avait peine à retenir des cris d'effroi.

— Voyons! dit tout à coup Fallacia comme un homme qui vient de s'arrêter à une grande détermination, quels sont tes moyens pour réussir ? ' f|

— J'en ai dix, repartit hardiment le Calabrois : le poison, le fer, Teau ou le feu.

— J'aime mieux le fev, c'est plus sûr.

— Pourquoi pas le poison? Qui te dit que je ne veuille point envelopper dans

la même catastrophe tous ces chefs venus d'outre-mer pour charger nos bras de chaînes pesantes.

— Les médecins guérissent d'un empoisonnement, et nul n'a encore trouvé de remède pour un coup de poignard au cœur.

— Je comprends. Tu as grandement raison , seigneur Fallacia ; il mourra par le poignard.

— Quand ?

Riso se recueillit quelques instants , calcula toutes les chances, tous les retards, et répondit hardiment ;

— Le quatrième soir, à partir de cette

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nuit; je me ferai choisir pour monter la machine destinée à faire écrouler vos orgueilleux remparts; le foi^t sera rempli de Calabrois fidèles, et quand Jourdan viendra, suivi seulement de quelques chefs, examiner la structure de cette machine, il mourra. Faites une sortie alors : Puiset est vers Mascali avec la cavalerie, et, secondés par mes soldats, nous pourrons, à la faveur de la nuit, incendier le camp des Normands et les exterminer tous.

— Voilà un plan merveilleusement combiné.

— C'est celui d'un homme outragé qui veut affranchir sa patrie du joug des tyrans! Allons, Fallacia, le marché est conclu, donne-moi de l'or.

— Grand Dieu ! murmura la sultane en

Slé LE COMTE

se jetant à genoux et en priant avec ferveur, as-tu pu donner lavie à de pareils hommes? Ce sont des monstres altérés de sang. Ils ne peuvent donc faire la guerre sans procéder par l'assassinat? Ah! que la loyauté de leurs ennemis est grande, si on la compare avec leur conduite atroce ! Jourdan, mon noble Jourdan, faut-il que ton cœur soit toujours le but que se proposent tous ces scélérats !

Le motsallam reparut alors près des deux conjurés.

— Je n'ai rien vu, dit-il , c'est étrange. Eh bien ! Fallacia?

— Tout est convenu.

— Quel jour avez-vous choisi ?

DE NET Y. 2h

— Le soir du quatrième. Il n'y a plus dans le camp que des archers du Nord, et Giardini sera le tombeau de ces audacieux aventuriers.

— Demeure ici, Riso, avec le motsallam; je vais chercher un sac de sultanins.

L'émissaire de Vittumen disparut par la poterne , et ne tarda guère à revenir fléchissant sous le poids d'un énorme sac rempli de sultanins. La lune commençait à se dégager de son épaisse enveloppe de vapeurs, et parfois, aux lueurs rapides qui perçaient à travers de grosses nuées noires, on voyait ces trois hommes stipulant à prix d'or un forfait exécrable.

— Voici quatre cents bourses , Kiso , dit l'argentier; le reste te sera compté quand tu remettras la tête.

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