S18 LE COMTE
— Jure par tout ce que tu as de plus sacré, par les mânes de tes pères, par le sang de tes fils, ajouta Djezzar, que dans la soirée du quatrième jour le chef des chrétiens sera mort.
— Je le jure, s'écria leCalabrois avec un accent farouche, je le jure à la face du Dieu qui m'anime, car il me tarde de plonger mes mains dans son sang et de donner le signal du massacre de tous nos oppresseurs !
— Holà ! s'écria Fallacia effrayé en se retirant vers la poterne; j'entends un bruit de pas précipités.
— Nous sommes trahis, dit l'Africain en tirant son poignard.
Et d'un bond il s'élança vers Riso , qui ,
DE NETY. ^9
craignant une surprise , tenait nue sa longue et pesante épée.
— Traître! traître! criait le motsallam, tu viens pour nous voler notre or et pour nous faire ouvrir nos portes aux infâmes chrétiens.
— Si vous faites un pas de plus vers moi, dit Riso, vous êtes mort.
— Ce n'est qu'un seul homme qui cause cet effroi , s'écria Failacia : écoutez , écoutez.
— Allah - Kérim ! Allah - Kérim ! dit l'homme qui accourait.
— Allah -Kérim! c'est Arck , l'esclave de Nubie, reprit Failacia. Il arrive de Catane.
— Si je n'avais pas eu d'épée ! murmura Riso d'un ton de reproche en s'adreseant au motsallam.
— Le sang n'a pas coulé ; ne pensons plus à cela, seigneur calabrois. La méfiance est permise en ces temps déplorables; mais, de grâce , plus de retards, nous mourons de faim. Agissez pour une double cause; songez à l'affranchissement de votre patrie; réveillez votre peuple ou profitez de ses dernières idées valeureuses, car le peuple s'habitue à l'esclavage comme à la liberté !
— Eh bien! Arck, ditFallacia : tu peux parler, nous sommes tous frères.
— J'ai été poursuivi par des Normands, répondit le jeune Nubien, mais je les ai rapidement devancés. Seigneur Fallacia,
DE NÈTY. ail
et vous, vaillant motsallam, écoutez-moi : rémiralem prépare ses galères, et tandis qu'Assad de Léontium viendra se faire tuer dans la plaine avec quelques escadrons, le puissant Vittumen profitera du combat pour débarquer aux grèves et s'introduire dans la cité.
— La fortune nous sert en toutes choses, dit Fallacia.
— Et quel jour lemiralem vient-il ?
— Au commencement de la nuit du quatrième jour,
— C'en est donc fait de la puissance normande en Sicile et en Calabre ! s'écria Riso rayonnant de joie; nous anéantirons leur armée, leur flotte; les garnisons des
âl2 LE COMTE
villes sont faibles, jetez- vous sans coup férir sur Messine, sur Patti , Cefalù et Palerme , et tandis que le comte Roger viendra avec le reste de ses guerriers pour relever un pouvoir à jamais tombé, moi , à la tête de mes braves, je proclame l'indépendance de la Calabre !
— La lune va bientôt apparaître dans tout son éclat, dit le prudent Montelargo; séparons-nous. Adieu , Riso , adieu.
— A la nuit du quatrième jour.
— A la nuit du quatrième jour, répéta le Calabrois; et périssent alors tous les étrangers !
— Oui , dit le farouche pirate , et surtout que le trophée de cette nuit mémorable soit la tête du comte de Nety.
DE NETY. 223
Un cri perçant se fit entendre alors audessus de leurs têtes et vint glacer d'épouvante ces cruels conjurés.
AMK DE ROr, CORPS D'ESCLAVE
LiMlL'Voueineiil est souvent plus r.iro chez Inn ami que chez Ion servileur.
Uii ami dévoué est comme une perle iiieslimablc.
Comle L. de Cuarsy.