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front de Ziza , et la pâleur d'un linceul couvrit subitement l'incarnat de ses traits enchanteurs.
— Suis-raoi , dit Fallacia au Nubien , j'ai des ordres à te donner.
— Des ordres ! répondit Arck avec une fierté railleuse et superbe, des ordres! je n'en reçois plus, je suis comme toi et plus que toi, — homme libre!
— Qui t'a atTranchi ?
^•^^Que t'importe ? regarde : mon bracelet d'esclave est brisé.
En ce moment, de nouvelles rumeurs arrivaient jusqu'à la galerie; mais cette fois elles étaient bruyantes, accentuées; on
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distinguait des paroles , on entendait des vociférations , c'était un tumulte horrible. L'émeute se promenait, hurlant avec ses mille voix passionnées , ses cris de rage , ses désirs de vengeance!... — Tauromènc affamée se révoltait.
Arck et Fallacia, tous deux agités par des passions et des craintes bien différentes, sortirent de la galerie et se dirigèrent vers la place publique.
C'était une émeute formidable , immense; la politique ne l'avait pas armée, cette émeute ; c'était la faim. Et ce peuple, las de manger ses morts, tandis que les Africains de la forteresse se gorgeaient de pain, de riz et de maïs, voulait enfin avoir son jour de fête, et il était là debout
en armes, aiguisant ses griffes de lion, hurlant et montrant orgueilleusement sa force qui s'échappait par les trous de son manteau.
L'aspect de cette multitude entassée sur la place publique et dans les rues adjacentes était effrayant, mais curieux; il y avait là des échantillons de peuples venus de l'orient et de l'occident, du midi et du septentrion. C'était le Grec de l'Eubée, remarquable par ses beaux traits, par la majesté de sa démarche et la dignité avec laquelle il portait sa longue tunique trouée; c'était le Romain au regard fier, leGoth aux blonds cheveux, s'affublant dans un lambeau de fourrure; puis, à leur geste expressif, continu, à leur air fin et cauteleux, on reconnaissait les Grecs du Bas-Empire, l'écume des peuples avilis; puis venaient les hordes émigrées des plages d'Aquilée et
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de Zara, les noirs enfants des déserts, les Égyptiens aux vêtements serrés, les farouches descendants des Carthaginois, et les Mores aux pelisses flottantes, au turban rouge, venus de Tingis et de Césarée d'Afrique. Les uns portent le cimeterre , la dague ou la masse d'armes; d'autres sont armés de glaives romains, de longues épées , d'arcs , d'épieux , de lances , de bâtons et de javelots; c'est une macédoine inouïe , étrange, épouvantable. — Et ce son t des murmures , et des bruissements , et des cris qui s'élèvent jusqu'aux cieux comme les mugissements prolongés d'une tempête.
Fallacia se glisse vers la forteresse comme un serpent, redoutant un regard de ces mâles et farouches physionomies , tandis que le Nubien accourt au centre des groupes, ayant à la bouche l'inévitable qu'y a-t-il?
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— H y a que nous avons faim , s'écrie un Dalmate ; la chair humaine est lourde , mon beau noir; encore n'en a-t-on pas à discrétion.
— Malheur aux riches ! ajoute an Romain ; ils ont leurs maisons pleines de blé ; pillons leurs maisons; ou bien ouvrons la porte Mola , — e viva la liherlà !
— Commençons par piller le palais de la sultane, dit une voix dans la foule; l'émiralem, en bon père, l'aura grandement approvisionné.
— Oui, au palais ! au palais de la sultane !
Et la multitude oscilla comme les vagues de l'océan aux heures de l'orage.
— Du painî criaient des mères affamées;
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(lu pahi ! criaient des vieillards presque mourants ; nous avons trop longtennps souffert !
— Courons au palais de la sultane, dit un Illyrien à la taille colossale.
Et des milliers de voix répétèrent ce cri formidable ; et le pauvre Nubien tremblait de tous ses membres, tant sa position était affreuse !
Tout à coup, avant que la foule se soit arrêtée à cette acclamation qui peut devenir fatale à sa maîtresse, il lui vient une pensée, une lueur d'espérance, une inspiration du Ciel ; il recueille toutes ses forces, et d'une voi.v tonnante il s'écrie :
— La sultane Ziza n'a pas de pain , mes vaillants frères; elle souffre comme nous ,
tandis que le motsallam en regorge dans sa forteresse; et quand vous mourez de faim , Tauroméniens, des esclaves, d'indignes esclaves jettent le superflu à leurs chiens.
— A la forteresse! reprit une voix; chassons les Africains de notre cité.
— Oui, à la forteresse! repartit Arck; qu'ils nous donnent leur superflu en attendant l'émiralem.
— A la forteresse ! s'écria la multitude en hurlant, changeant, comme toujours, dix fois d'idée en une minute. Et cette masse innombrable s'agite, se refoule et se pousse vers les hauts quartiers de Tauromène.
L'adroit Fallacia , prévoyant le danger,
était rapidement accouru près du motsallam , et, une fois les portes fermées, ils concertaient par quels moyens il leur serait possible d'apaiser cette sédition menaçante , quand le peuple arriva en criant :
— Abaissez vos ponts, nous voulons du pain.
— Nous n'avons rien , crient les soldats du haut des tours.
— Abaissez vos ponts, dit Arck, ou nous renversons vos murailles.
— Retirez-vous , car nos flèches portent partout la mort.
— Ils nous menacent, ces étrangers; allons , Tauroméniens , une torche. Mort aux étrangers !
— Abaissez vos ponts , s'écria le Nubien pour la troisième fois, d'une voix retentissante. Du pain aux malheureux, si vous ne voulez pas qu'on ouvre aux Normands la porte de Mola.
— Oui , oui , plutôt le joug des Normands que la mort!
Le motsallam vit bien qu'une plus longue résistance exaspérerait davantage encore la multitude déjà si exaspérée ; il se résigne et tremble devant cette émeute , le redoutable pirate Djezzar ! les portes de la forteresse s'ouvrent, le flot s'y précipite , et en quelques heures les magasins sont pillés, à demi démolis, et la populace , redevenue calme , s'écoule par les places, les longues rues sinueuses, et va dévorer les faibles provisions qu'elle doit à son extrême violence. • à'j^fiOi'ii^ ^-.i>
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Dans l'après-dînée de ce jour, deux hommes se promenaient, graves et soucieux, sur une plate-forme de la forteresse. C'étaient le motsallam etFallacia.
— Quelle horrible chose que le peuple ! disait Fallacia. i/
— Une seule cachette a été épargnée, repartit l'Africain : elle renferme pour cinq jours de vivres; après cela, il faudra faire une sortie en désespérés , ou mourir sous les décombres de notre ville quand nous l'aurons incendiée.
^^ — Deux jours encore, et nous serons