‹ Le comte de NetyChapitre 31 sur 42 · LK COMTE · texte numérisé non relu

LK COMTE

peut-être secourus, dit le Rhodien d'un ton profondément découragé.

— Je ne compte guère sur Vittumen, répliquaDjezzar. C'est un misérableambitieux que nous avons servi avec trop de loyauté.

Fallacia poussa un cri de surprise qui fit tressaillir son compagnon.

— Avez-vous vu, seigneur, avez-vous vu ce rayon éblouissant? Quelque chose a passé dans l'air; venez, venez !

Et il l'entraîna vers l'extrémité de la plate-forme dans la direction de la mer.

Sur la grève, plusieurs soldats normands se disputaient un plat d'or qui venait de tomber à leurs pieds; les glaives étaient tirés, chacun le voulait; le sang allait

DE NETT. 259

couler, quand un chef survint, fit cesser la querelle, et s'empara du piat malencontreux.

j;.i — C'est quelque signal , dit Fallacia , quelque ruse de trahison; il a dû être lancé de la pointe avancée du théâtre. Et d'ici on ne peut rien voir! les maisons la masquent. Ah ! courons, courons, Djezzar; il s'agit sûrement d'une trahison. Voyez, les Normands se dirigent vers le quartier du comte de Nety !

Et tous deux quittèrent rapidement la plate-forme de la forteresse pour se rendre aux ruines du théâtre.

Revenons à Ziza. A l'heure de l'émeute.

quand le JNnbien et Fallacia l'eurent laissée seule, elle forma cent projets, combina mille idées pour échapper au sort terrible qui l'attendait, pour sauver le comte de Nety d'une mort certaine. La fuite était impossible : la porte de Mola ne s'ouvrait plusj quatre Africains farouches gardaient constamment la poterne de son palais , et un autre soldat ne quittait pas la terrasse qui conduisait aux pics, tant le méfiant Fallacia craignait de voir sa proie lui échapper. La pauvre et belle fille pleurait de son impuissance; elle sentait qu'il lui fallait attendre la mort en victime résignée, et cette pensée de mourir si jeune, si belle et tant aimée, rendait son agonie morale plus épouvantable encore!...

Mais le malheur a souvent des éclairs de génie. L'âme humaine, que cent revers

ont abattue, a parfois lutté longtemps pour se relever, et dans cette lutte , brisée qu'elle était par une main pesante, elle a trouvé mille ruses ingénieuses à opposer à la force. Aussi Ziza, soudainement inspirée, se leva, courut à la terrasse de la galerie, et, mesurant de l'œil la longue distance qui la séparait du rivage, elle s'écria :

— Du moins, si son bras est impuissant à me secourir, si le terme de ma vie est venu , que ma dernière pensée lui prouve combien je l'aimais, combien j'ai mis tout en œuvre pour le sauver !

\ i/o^n'» ,\\^^ \ -A sN^ •••VA'.' -X --nvs'.v/.UîAN \\\ w )> Un éclair de joie sillonna son front pâle

et soucieux, et dans sa lanpyUeur elle parut belle, ainsi qu'un ange à qui est confiée une mission de douleur et d'angoisse. Elle se ranima, courut à son trésor, et.

Page 1