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s'emparant d'un large plat d'or poli de la plus grande richesse , elle écrivit à Nety avec la pointe d'un poignard en langue franke.
« Au noble et puissant Jourdan Tan- « crède , comte de Nety, chef suprême des « chevaliers normands. »
Au-dessous de ces lignes, elle ajouta en caractères arabes :
« Cher Jourdan , vous êtes entouré de « traîtres, votre vie est en danger; je « crains tellement vos ennemis et les « miens, que j'ose à peine écrire. Demain, « à la troisième heure de la nuit, envoyez « un soldat de confiance dans la montaa gne au delà du fort ; mon fidèle Nubien (c y sera , et trouvera le moyen de le con- « duire près de moi. Si vous ne méprisez
DE NETY. 263
(( pas la vie , Jourdaii , et si vous m'aimez « encore, envoyez votre écuyer à Ziza, qui « vous aimera jusqu'à sa dernière heure. « Hélas ! elle ne tardera guère à sonner. « Adieu!
« Riso, fils de Riso, est un traître. »
Après l'émeute, quand Arck revint au palais, elle accourut vers lui confiante et presque joyeuse. L'affranchi, surpris de cette transition extrême, sourit avec une haute complaisance, et lui demanda si elle avait trouvé un moyen sûr pour se dérober à ses ennemis.
— Non, dit-elle; mais je peux sauver le chef normand.
— Et lui, vous sauvera-t-il à son tour, sultane?
— Je ne sais... peut-être...
Elle n'y avait pas songé.
— Écoule, Aick : lu n'es pas affaibli par le jeûne, toi j ton bras est fort, ton corps agile. Prends ce vase, cours au théâtre sur la pointe avancée, et lance-le de toute ta vigueur vers le camp des Normands.
-^•iL. Ce vase est d'un grand prix , sultane.
— Et qu'importe? s'écria-l-elle en joignant les mains ; c'est la vie de mon bienaimé , c'est la mienne , c'est ta liberté !
— Entendre , c'est obéir.
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— Surtout prends garde, mon pauvre
noir; et reviens par les ruelles sombres de la cité.
11 partit. Arrivé au delà du proscenium, il lança dans l'espace, avec une force prodigieuse, ce vase qui emportait avec lui peut-être le sort de trois nations ; et quand il se fut assuré qu'une troupe de Normands se le disputaient, il revint vers la sultane, qu'il trouva rayonnante.
A peine s'était-il engouffré dans le dédale des rues sombres, que le motsallam et Fallacia arrivèrent au théâtre; ils interrogèrent les rares habitants de ce quartier pauvre et désert.
Nul d'entre eux n'avait rien vu...
— Il y a là-dessous quelque trahison infâme, s'écria Fallacia tout bouleversé;
cours, Djezzar, cours mettre tous tes espions sur pied , tandis que je vais me rendre au palais émiral, afin de décider le Nubien à nous servir, car sa rude enveloppe noire cache un esprit habile.
Et les deux puissants chefs de Tauromène allèrent, chacun de son côté, en proie tous deux à une inquiétude inouïe.