‹ Le comte de NetyChapitre 38 sur 42 · Î94 LE COMTE · texte numérisé non relu

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poignard afin d'être prêt pour la défense en cas d'une surprise.

— Le chef des chrétiens, repartit le comte, afin que tu nous conduises vers la sultane Ziza.

— C'est bien; vous êtes ceux que je cherche ; marchez donc à pas légers, et suivezmoi.

Alors le Nubien prit un sentier sinueux qui tournait dans la montagne , et bientôt ils commencèrent à descendre vers Tauromène.

— Quels que soient les cris que vous pourrez entendre, reprit Arck à voix basse, comme ils approchaient de la ville, restez silencieux comme le déseit. Confiez-vous

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à moi sans crainte , et bientôt vous serez introduits auprès de ma belle sultane.

— Marche, marche, esclave, dit l'Amalfitain; tu conduis des hommes de guerre.

Arrivés sous la haute muraille crénelée , les deux guerriers chrétiens ne virent pas sans quelque effroi qu'il leur fallait, à l'aide d'une simple corde à nœuds , escalader cette haute muraille ; leurs cottes de mailles, leurs armes, leurs heaumes , étaient autant d'obstacles à ajouter encore à des difficultés énormes; mais le Nubien, qui devina leurperplexité, s'élança rapidement à la corde, parvint au sommet de la muraille, et leur jetant une nouvelle corde dont ils ceignirent leurs reins, il les aida ainsi à arriver jusqu'à lui.

le comte de Nety sentit aussitôt comme

un clapotement sous ses pieds, comme une liqueur gluante, exhalant une odeur de champ de bataille; il avança dans l'obscurité , et ses pieds heurtèrent un cadavre.

— Jeanne, Joanne, dit-il à voix basse en saisissant fortement le bras de son soldat, ici nous marchons dans le sang! II y a quelque trahison infâme; si l'on nous avait attirés dans un piège horrible ! si Vittumen était dans Tauromène et avait forcé Ziza d'écrire !

— L'émiralem n'a pu s'introduire dans la cité, répliqua Joanne; mais tout ceci est de nature à faire peur, même à des hommes d'Amalfi , qui ne bronchent jamais devant la mort.

Et, malgré son grand courage, le comte

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de Nety sentit ses cheveux se dresser sur sa tête, tandis qu'un frisson douloureux lui courait par toutes les veines.

— Sarrasin, dit tout à coup Joanne au Nubien en l'arrêtant brusquement , nous sommes ici dans le champ de la mort; si tu es un traître, ta trahison ne te profitera guère, car tu vas périr.

— C'est moi qui ai tué l'Africain, reprit Arck froidement , et je l'ai tué pour toi. C'était la sentinelle du rempart... maintenant restez silencieux, voici le palais.

Ils arrivaient alors à l'extrémité d'un massif de sycomores, et devant eux s'élevait gracieusement une belle et riche fontaine jaillissante , premier plan féerique d'un portique aérien soutenu par vingt

ravissantes colonnettes de marbre , qui servait de propylée à la galerie de Ziza.

Les deux guerriers restèrent sous ce propylée, agités cruellement l'un et l'autre. L'Amalfitain avait bien quelques craintes pour sa vie , mais c'était surtout pour celle de son général qu'il tremblait , tandis que le comte de Nety, redoutant encore un piège , songeait qu'il pouvait être lâchement massacré là, près de Ziza, sans la revoir une dernière fois, et sans pouvoir être secouru par sa brave armée, qui accourait en ce moment toute silencieuse vers les murailles de la cité gréco-sarrasine.

La belle sultane arriva dans la galerie , à peine voilée, enveloppée dans de larges vêtements noirs flottants, et précédée par l'affranchi, qui portait en main une torche résineuse.

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— Que la paix soit avec vous , guerriers du Nord ! dit-elle d'une voix pleine d'une harmonie triste.

— Les chevaliers franks sont remplis d'humanité pour les faibles, reprit Joanne en essayant de sourire gracieusement , comme s'il eût voulu donner à la jeune Syrienne et à son maître une haute idée de sa galanterie.

— Quel est celui de vous qui possède toute la confiance du comte de Nety?

reprit-elle.

— Moi , noble dame , dit Jourdan d'une voix faible et brisée par l'émotion de son bonheur.

Et comme il était resté jusqu'alors dans l'obscurité, il s'avança vers elle en laissant

tomber son manteau ; puis , retirant son heaume , il lui dit doucement:

— Puisque votre vie et celle du comte de Nety sont menacées, je suis venu, noble Ziza, pour défendre d'abord la vôtre et vous arracher à vos infâmes persécuteurs.

Le son de cette voix chérie, les nobles traits du chevalier, son maintien, sa haute taille, la firent tressaillir; alors, accourant vers le Nubien, elle s'empara de la torche, examina le comte, et, poussant un cri de joie, elle vint tomber épuisée et mourante dans les bras du guerrier normand.

— iNety , INely, cria-t-elle , pas n'était besoin d'une si haute preuve d'amour. Ici , ici vous êtes en danger de mort, Nety; vous ne l'ignoriez pas pourtant!... Pourquoi venir ?

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Et ses bras s'enlaçaient autour du cou du beau cavalier; et ses mains blanches et frêles se brisaient sur les mailles de fer de l'armure du comte; et cette timide et douce colombe , cette vierge cachée toute sa vie dans les retraites mystérieuses des harems, trouvait alors dans son cœur des paroles ineffables, des hymnes ardents, que seules les grandes et profondes passions inspirent!

— Croyez-vous donc, Ziza , dit le comte en regardant avec ivresse cette jeune et adorable femme , croyez-vous que je pouvais vous laisser ainsi au milieu d'une populace barbare , exposée à périr à toute heure? Quand on aime comme je vous aime, Ziza, rien ne peut entraver la volonté d'un homme; l'impossible alors n'est plus qu'un mot; l'audace l'écrase, ou plutôt c'est l'amour. — Je serais allé , à votre voix , vous

chercher dans la forteresse de Catane , au fond de votre mystérieux harem , ou au milieu d'un camp rempli de vos terribles cavaliers. Si mon cœur ne pensait point ainsi, ma noble Ziza, je ne vous aimerais pas ! L'amour qui naît comme le nôtre au milieu des périls a en lui plus que la tendresse du cœur; il inspire aussi l'héroïsme.

— Ah! reprit -elle avec une joie d'enfant, si l'affection la plus extrême suffit à tant de sacrifices, je suis digne de vous, Jourdan , car je vous aime !

Tout à coup une ombre longue et grêle passa sous le propylée , semblable à l'apparition d'un fantôme, et l'on entendit comme le sifflement léger d'un odieux reptile qui va saisir sa proie. — C'était Fallacia Montelargo, l'odieux Fallacia, qui, caché sous les sycomores pour épier la sultane , avait

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OUÏ un bruit de paroles, et s'était traîné dans l'ombre jusque sous les colonnes.

— Le chef des chrétiens ici ! s'écria-t-il au fond de son âme avec une joie sanglante et ironique ; l'imprudent qui vient au-devant de la mort qui s'apprêtait à l'aller quérir ! Ah ! quelle découverte ! Riso, Riso , ce sera pour moi les six cents bourses d'or que tu attends, que tu désires avec une avidité si grande. . . Et la gloire de cette nuit! Ah! Djezzar! Djezzar! voilà notre puissance assurée à tout jamais! voilà la réalité de nos projets ambitieux !...

Et il s'éloigna furtivement comme une âme maudite, quitta le palais, pour aller avertir le farouche motsallam.

— Arck, dit tout à coup la sultane avec efifroi en s'arrachant des bras du comte.

Fallacia est-il au palais? Cours l'en assurer, et s'il n'y est pas, ferme la porte de fer qui donne sur la voie. Il n'y a rien à craindre du côté de la poterne; j'y ai moimême pourvu.

lierait trop tard, hélas! le misérable Fallacia venait de dépasser la mosquée de Fatime, se dirigeant rapidement vers la forteresse.

Un grand bruit vint alors attirer l'attention de Ziza et du comte; il s'élevait dans la direction du camp des Normands, et, d'intervalle en intervalle , on entendait comme un cliquetis d'épées et de coups de masses d'armes tombant sur des armures.

— Les Sarrasins attaquent mon camp , s'écria Nety avec désespoir, et je n'y suis pas pour les repousser, pour les vaincre,

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pour les anéantir ! Et mon armée est partie à cette heure. Ah! grand Dieu! que faire? Comment sortir d'ici et rallier à temps mes soldats pour arrêter le désastre?

Un bruit de chevaux continu , rapproché, une cavalcade, gravissant le sentier oriental , vint aussitôt captiver ses esprits ; il se pencha sur la balustrade et vit dans la nuit passer des ombres; puis la porte de l'Orient s'ouvrit, et une voix railleuse fit retentir fortement ces paroles :

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— Assad de Léontium se conduit en brave; avec sa poignée de cavaliers il aura fait une peur terrible aux Normands , qui vont le massacrer lui et sa petite bande ; mais n'importe, voilà Tauromène secourue et sauvée I .. -;.,; i, ^^^

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C'était le farouche émiralem qui avait avancé d'un jour sa venue!

Et le camp et le sentier retombèrent tout à coup dans un effrayant silence qui calma les mortelles inquiétudes du comte de Nety; mais Ziza, loin de partager cette sécurité, croyait toujours entendre cette voix apportée par le vent de la nuit, et se jetant au cou du chevalier en fixant sur lui ses yeux hagards, elle s'écria , toute suffoquée par ses sanglots :

- — Nety, mon bien-aimé Nety, maintenant que vous savez le nom des traîtres qui vous entourent, fuyez, fuyez, laissez-moi, abandonnez-moi à ma destinée fatale, fuyez, fuyez ! ici la mort plane sur votre tête. Cette cavalcade qui vient de passer, c'est une horde africaine, et la voix qui vous a fait tressaillir^ cette voix m'a glacée d'épouvante.

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Je ne sais qtiel affreux pressentiment m'a-< gîte; mais croyez-moi, fuyez! fqyez!

— Eh bien ! j'y consens, dit Nety; mais suivez-moi , Ziza.

— Ma fuite à moi est impossible ; je dois attendre mon bourreau et me résigner à mourir.

— Écoutez... écoutez, Ziza, s'écria le comte avec une joie indescriptible : entendez-vous, mabien-aimée, ce sourd piétinement qui fait résonner les cavités de la montagne. Ah! ce n'est pas une illusion , une chimère ; c'est l'accomplissement de mes ordres. Ah! puisses-tu sonner vite, heure de victoire et de délivrance! Écoutez, prêtez l'oreille, voilà mes Normands qui viennent !

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Et tous deux s'avancèrent sur la haute terrasse pour mieux entendre Ja marche de l'armée silencieuse des chrétiens.

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