‹ Le comte de NetyChapitre 4 sur 42 · ET LES CHRONIQUEURS ARABES · texte numérisé non relu

ET LES CHRONIQUEURS ARABES

gue pause silencieuse, et le savant Jéroboam put de nouveau s'abandonner aux délices que procurent à la pensée les désirs d'une vengeance prochaine.

— Ah! reprit soudainennent Jourdan en jetant sur l'amphithéâtre du Camique un regard d'envie, quand docc le gonfanon normand flottera-t-il sur toutes ces forteresses !

L'Amalfitain , appuyé sur son gouvernail , considérait depuis longtemps un point gris qui se dessinait vaguement vers l'extrémité du Capo BUinco ^ sur le revers duquel fut jadis Héraclée ; il examinait curieusement, cet homme, comme s'il eût été un patron maître ès-arts en la science maritime ; tout à coup il fit carguer une voile, et sans mot dire il dirigea la proue

(le sa galère dans la direction de l'Afrique, vers la belle île de Pantellaria.

— On je ne suis pas un Amalfitain , s'écria-t-il avec rage, ou cette galère nous attendait au passage; elle manœuvrait sans cesse sous le vent afin de nous cacher ses basses voiles; et , par san Uuggiero I il faut bon nombre d'iionunes habiles pour opérer ces manœuvres. Grand Dieu! si c'était Djezzar le Numide !

X ce nom tant redouté, les rameurs restèrent quelques instants immobiles, saisis d'effroi, incapables de faire mouvoir leurs longs avirons.

— Maître Jéroboam, dit Jourdan avec un calme simulé, vous n'auriez pas par mëgarde pailé de ce voyage en présence de

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quelque soldat suspect de mes cohortes, vendu à l'émiralem de Cataue?

— Le médecin est comme le prêtre , repartit le Juif sans perdre contenance; il parle peu et jamais inutilement. L'ignorance de l'Amaltitain lui fait prendre une misérable barque de pêcheur pour une galère armée,., pour la galère du farouche pirate qui écumait ces mers il y a deux ou trois années.

— Les pêcheurs ne se couvrent pas de voiles, répliqua brusquement Joanne; je vous dis que ce sont des ennemis qui nous devinent ou qui nous cherchent. Allons, redoublez de vigueur, mes braves mariniers; ce soir nous serons à Xacca, où vous trouverez un long repos.

Alors, retrouvant leur énergie primi-

tive et tout le courage de leur renommée , les mariniers normands mirent leurs voiles de trois quarts sous le vent, prenant du large comme s'ils eussent eu de puissantes ailes d'alcyons.

Et, louvoyant avec une extrême habileté, ils ne tardèrent pas à échapper au navire qui aurait bien pu leur être fatal.

Le crépuscule s'abaissait rapidement quand ils aperçurent les hauts minarets de Xacca et la montagne grise de Cranéus (San-Calogéro).

Les grèves de Xacca sont sillonnées de criques nombreuses et peu profondes , mais sûres; l'accès en est difficile, rude et escarpé. Il n'y a point de mouillage pour les gros navires. Dans l'antiquité, on n'y

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voyait que de petites galères; aujourd'hui les paiencelles et les spéronares seules y abordent.

Les Normands s'arrêtèrent dans une anse étroite située à l'orient de la ville. Au lever du soleil , après un entretien secret qu'il eut avec le comte de Nety, Joanne mit pied à terre, et bientôt on le vit reparaître portant à la main un reste d'amphore rempli d'eau qu'il vint déposer aux pieds du médecin avec l'apparence d'une joie maligne.

— Goûtez cette eau , maître Jéroboam , et dites-nous quelle est sa vertu.

Le médecin mouilla ses doigts et les porta ensuite à ses lèvres :

— C'est l'eau qui guérira ton général ,

repartit le Juif sans hésiter ; elle est chaude et chargée de soufre. Mais as-tu donc eu le temps d'aller jusqu'aux bains? ajouta-t-il d'un air d'incrédulité.

— Cette eau est celle qui convient aux blessures, n'est-ce pas? reprit l'Amalfitain.

— C'est celle de ïheimes, ou plutôt de Xacca, pour que tu comprennes, soldat illustre.

— Il suffit, docteur plus docte que le pape Grégoire.

— Je vais aller à la ville afin d'obtenir du motsallam un décret qui nous autorise à prendre place aux bains.

— ^ Pas n'est besoin , mon maître , dit

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Joanne avec hauteur; restez ici et attendez les ordres du comte.

Puis, après une nouvelle conférence avec Jourdan , le brave Amalfitain s'élança de nouveau à terre avec deux soldats normands munis d'instruments propres à faire des fouilles.

— Que veut donc faire cet homme impénétrable? pensa le Juif avec inquiétude, en voyant s'éloigner rapidement son habile antagoniste...

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