‹ Le comte de NetyChapitre 5 sur 42 · DE L'AFFREUX DANGER · texte numérisé non relu

DE L'AFFREUX DANGER

— Misérable coquin ! murmura le sire de Beaufou en le voyant s'éloigner, je l'ai donné la vie ; mais si tu tombes de nouveau entre les mains de Robert, l'appât de ton or ne me tentera plus.

— Après tout, une poignée de besants d'or vaut-elle la vie d'un homme ?

— Oui , certes; pourvu toutefois qu'ils n'aient point passé par les mains d'Israël.

ROBERT-tE-MAGNIFIQCE.

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A une courte distance , sur le versant de la montagne , les trois guerriers trouvèrent un ruisseau sur lequel se condensait une vapeur légère ; ils allèrent en amont durant quelques minutes, laissant au couchant Xacca, qui se dessinait merveilleusement avec ses minarets et ses coupoles moresques sur un poétique aniphi-

il. :•

théâtre. Bientôt ils entrèrent dans un bois épais de pistachiers et de caroubiers magnifiques ; et , parvenus à une hauteur assez considérable , ils découvrirent une petite grotte ombragée par de grands genêts d'Espagne et d'innombrables câpriers en fleur. C'était la source des eaux sulfureuses '.

— Vite à l'œuvre , mes maîtres , dit Joanne à ses compagnons ; creusons au sortir de la source un bain qui puisse recevoir notre chef; ici du moins nous n'aurons aucune embûche à craindre, et, dans un pays pareil, entourés d'ennemis acharnés, sous le coup de la trahison peut-être, nous ne pouvons prendre trop de précautions minutieuses , ni nous entourer de trop de mystère.

» Voy. mon Voyage en Sicile , Un an sur les chemins , t. I, page 3G8. Paris, 1837.

DE NETY. SS

Quelques instants de travail suffirent à ces hommes courageux pour élargir et creuser davantage le pied de la grotte dans ce calcaire friable; ensuite l'Amalfitain fit à la hâte avec des branches de caroubier et de laurier rose un brancard grossier, mais délicieux, tandis que les deux soldats fichaient en terre des pieux pour fixer une tente.

— Maintenant , amis , allons quérir notre général , car la prudence exige l'éloignement de la galère avant que les pêcheurs mores soient sortis de leur port.

Et tous regagnèrent rapidement leur galère.

— Prenez tout ce qui vous est utile , dît l'Amalfitain à Jéroboam, car dans un quart

d'heure il faut que nous soyons hors du navire.

— Mais il n'est pas prudent d'aller aux bains en si nouibreuse compagnie, repartit l'Israélite, dont les mouvements se trouvaient sévèrement surveillés. 11 suffit d'un seul homme , Joanne.

— Ne vous inquiétez de rien, mon ni^itie; je ne crois qu'à une résurrection unique, et j'ai encore envie de vivre : ainsi nous ne nous exposerons pas témérairement.

Pendant que Ton préparait le brancard qui devait servir à transporter Jouidan, les deux soldats prirent les devants chargés d'un lourd fardeau ; Joanne mit en réquisition une partie des mariniers, et ils emportèrent le blessé.

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— Allons , Nazaréeîi , chargez - vous de la cotte de mailles et de Tépée de mon chef; elles sont lourdes, mais vous êtes presque u!i homme de guerre, tant vous avez vécu dans les camps. Prenez aussi le heaume, et tardez -vous de mettre la main sur sa pointe d'acier.

— A quoi bon des armes? reprit le Juif; la robe et le turban suffisent.

— Un chevalier ne va jamais sans son épée, dit Jourdan avec fierté.

Ils arrivaient alors à l'entrée du bois.

— Mais où nous conduisez-vous, reprit le Juif, de plus en plus in(|uiet? Ce n'est pas là le chemin des bains. Les uns se trouvent dans la partie basse de la cité , les au-

très sont en dehors de la porte Orientale , au-dessus des fabriques d'amphores.

— Laissez faire l'Amalfitain, maître Jéroboam , dit le comte en souriant ; c'est aussi un médecin habile, et vous verrez qu'il est bon de se fier à lui.

La tente était dressée près de la grotte sous un caroubier immense dont les rameaux inclinés l'entouraient d'un ombrage délicieux. C'était une mystérieuse retraite, une oasis impénélrable à tous les regards , où le comte de Nety n'avait rien à redouter. L'Amalfitain sourit à son général en arrêtant sur lui un regard où brillait cette satisfaction de l'homme cornent de son intelligence et qui semble solliciter une parole de joie.

— Tu es un brave, mon Joanne, dit le

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blessé en lui serrant la main avec effusion; un jour viendra, j'espère, où je reconnaîtrai dignement tes nombreux et honorables services. Eh bien ! maître Jéroboam , ne trouvez-vous pas cet établissement digne de toute votre admiration ?

— Sans doute, sans doute, seigneur; mais l'eau serait plus chaude à Xacca, plus salutaire...

— Et le danger plus grand.

— Nous aurions aussi d'autres ressources, noble comte.

— Allons , trêve , dit l'Amalfitain d'une voix rude ; avant de connaître ce lieu , tu as trouvé l'eau excellente ; nous sommes bien i( i , nous y resterons. — Tant pis pour

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