LE COMTE DE FARIS
genson, Tracy, Callières, Vaudreuil, Murray, Dorchester, Prevost, Bagot ; des découvreurs Marquette, Joliette, La Vérandrye, Lasalle ; de l’intendant Talon, des hommes de guerre Daulac, Beaujeu et Iberville,
De chaque côté de l'entrée principale de l'édifice se dressent des piédestaux, en forme de pilastres, qui attendent les statues des grands hommes de la génération actuelle et des générations de l'avenir. L'accès en est interdit aux contemporains de leur vivant, et cela est assez prudent; autrement, il y aurait peut-être surabondance d’aspirants, et le triage serait difficile.
Surmontant toutes les décorations du campanile, les armes de Sa Majesté la reine Victoria, sculptées dans la pierre, témoignent des sentiments de loyauté des Canadiens envers la couronne d'Angleterre.
Si nous sommes restés français, nous le devons à notre qualité de sujets britanniques, qui nous sépare des Américains des Etats- Unis. D'autre part, si l'Angleterre voit encore aujourd'hui flotter son drapeau sur la moitié de l'Amérique du Nord, elle le doit
à ses sujets parlant la langue française. Cela peut paraître paradoxal au loin ; mais ici ces affirmations constituent de véritables banalités de la conversation et sont admises sans conteste,
En face de l'entrée d'honneur de l'édifice s'élève une fontaine monumentale, dédiée aux races aborigènes du Canada, Le sommet en est surmonté par un beau groupe en bronze, création de notre artiste canadien M. Philippe Hébert, représentant une famille indienne.
Le centre de la pièce d’eau sera occupé par un pêcheur ou harponneur indien que M.
Hébert fait couler en ce moment à Paris.
Toutes ces décorations etaient indiquées d’avance dans les dessins de M. Taché.
La statue de Frontenac, qui vient d’être installée dans sa niche, est aussi une composition de M. Hébert. Elle est très réussie, Le vieux héros de soixante-dix ans y est représenté en grande tenue militaire et dans l'attitude qu’il ànt prendre lorsque, répondant à l’envoyé de l'amiral Phipps, qui le sotumait de lui livrer Québec, il pronnoncça ces fières et amères paroles : ‘“ Apprenez
qu'on ne parle pas ainsi à un homme comme moi, et allez dire à votre maître que je lui répondrai par la bouche de mes canons !”
Au-dessus du portique de l'entrée principale de l'édifice se dessine en relief l’écusson de la province de Québec, sculpté dans le calcaire de Deschambault, avec la devise, si bien trouvée : JE ME SOUVIENS ! due, elle aussi, à M. Eugène Taché, à qui le gouvernement de Boucherville et les gonvernements qui lui ont succédé ont eu le bon esprit de laisser une parfaite lilerté d'action.
Son Altesse le comte de Paris a été reçu à l'entrée du Palais législatif par le “ gentilhomme huissier ” du Conseil, M.H. Staunton Hatt, et conduit chez le président de la Chambre haute, l'honorable M. Starnes, où se rendirent aussitôt l'honorable M. Mercier, premier-ministre, l'honorable M. Garneau, commissaire des Travaux publics, l'honorable M. Robidoux, procureur-général, et l’honorable M. Langelier, secrétaire de la Province.
Les visiteurs parcoururent les vestibules de l’entrée d'honneur et des étages supérieurs de l'édifice, puis les salles de délibérations du
Conseil législatif et de l’Assemblée législative, dont le prince admira les amples et élégantes proportions.
Les panneaux en noyer noir des lambris d'appui du vestibule du rez-de-chaussée et des vestibules du premier et du denxième étage, sont ornés d’arabesques, d’armoiries et d'inscriptions, ciselées et dorées, d’un goût et d’une science extrêmement remarquables, C’est l’histoire écrite en langue héraldique, On y Lit, a rez-de-chaussée, les armes et les noms de personnages appartenant à la première période de nos annales historiques :
Verazani, Sébastien C bot, De la Roche, De Caën, Roberval, Pontgravé, Poutrinconrt, De Monts, Léry, De Chastes, Pontchartrain, Châteaufort, Guercheville, Lauzon, Courcelles, Hocquart, Denonville, Bégon, Duquesne, la duchesse d’Aiguillon, madame de la Peltrie, Marie Guyart de l’Incarnation.
Dans un cartouche, au pied de l'escalier d'honneur, on voit, tracé en or, un soleil éclairant le monde, avec la devise Nec pluribus èmpar et l'inscription ‘“ Louis XIV,” et, en face, les armes de Colbzrt, A l'étage
supérieur, et comme pendant, sont les armoïries de Pitt et de George IT.
Avec un art vraiment merveilleux, les arabesques gravissent les escaliers et atteignent le premier, puis le denxième étage, multipliant leurs dessins variés et gracieux, et entourant les blasons de personnages d’une époque plus récente: $aint-Vallier, Pontbriand, LaJonquière, Beaaharnoïs, Longueil, LaGalissonnière, Coulon de Villiers, Ramezay, Townsend, Amherst, Quesnel, Vallières, Sewell, Stuart, Panet, Baby, Taschereau, Bédard, DeLéy, Lotbinière, Parent, Nelson, Lanaudière, Boucherville, Viger, Cuvilliers, Saint-Ours, Bourdages, Plessis, Mountain, Blanchet, Laforce, Lartigue, Bourget, Rollette, Dambourgès, Duchesnay, De Gaspé, etc.
Au sommet du premier palier de l'escalier qui conduit au vestibule des galeries, au milieu de palmes d’une suprême élégance, tracées évidemment avec amour par l’éminent artiste, M. Taché, brille le monogramme de la Compagnie de Jésus et les noms de missionnaires jésuites qui ont arrosé de leur
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sang et fécondé par leur martyre la terre désormais chrétienne du Canada: Jogues, Lalemant, Rasle, Buteux, Garnier.
A droite sont les noms des premiers historiens de la Nouvelle-France : Sagard, Lescirbot, Ducreux, Charlevoix ; à gauche, ceux des historiens modernes : Garneau, Christie, Bouchette, Ferland.
Les rampes des escaliers portent aussi, gravées en or et entourées d’arabesques, les armes du marquis de Lorne (Argyle), aveu la devise : Ve obliviscaris : celles du marquis de Lansdowne, avec la devise : Virtute non verbis, et celles de tous nos lieutenantgouverneurs de la province de Québec :
Belleau, — Je veille ; Caron, — Suaviter in modo, fortiter in re; Letellier, — Hæc manus ob patriam ; Robitaille, — À ciel ouvert ; Masson, — Dieu aydant ; Angers, — Par droicts chemins.
D’excellentes toiles, dues au pinceau de M. Eugène Hamel et représentant MM. de Boucherville, John J. Ross, Lemaire, Henry Starnes, Boucher de LaBruère, présidents du
Conseil législatif, et MM. Blanchette, Fortin, Beaubien, Taillon, Würtele, F.-G. Marchand, présidents de l’Assemblée législative, sont distribuées çà et là dans les salles des délibérations et dans les vestibules.
Le comte de Paris passa rapidement dans quelques autres pièces de l'édifice, et s'arrêta en dernier lieu dans l'élégante mais déjà trop petite bibliothèque de la Législature,