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AUX PLAINES D'ABRAHAM

Après quelques instants de repos à l'hôtel Saint-Louis, —le temps de prendre un léger déjeûner—on décida de faire rapidement le tour des Plaines d'Abraham avant de partir pour Sainte-Anne,

Le terrain appelé Plaines d'Abraham doit son nom à l’un des colons les plus considé-

rables des premiers temps de la colonie, le pilote Abraham Martin, dit l’Ecossais, —un patriarche, lui aussi, dont le neuvième enfant, Charles-Amador, fut le deuxième prêtre canadien ordonné dans la Nouvelle-France.

On donnait autrefois ce nom de Plaines d'Abraham à tout le plateau situé entre le côteau voisin du chemin Sainte-Foye et le sommet de la falaise qui borde le Saint-Laurent, près le chemin Saint-Louis. Aujourd’hui, on ne désigne sous ce nom que le ter.

rain inhabité et inculte qui s'étend au sud du chemin Saint-Louis, immédiatement au-delà de la barrière de ce nom, et dont on se sert pour les grandes manœuvres militaires. Ce terrain appartient aux Ursulines de Québec, et n’est laissé à l'usage du gouvernement fédéral qu’en vertu d’un bail emphytéotique, qui expirera le ler mai 1902.

Ce fut sur ce point qu’eut lieu l’effort de la célèbre bataille du 13 septembre 1759. A l'entrée même du terrain des Plaines, près la prison, se dresse une jolie colonne en pierre,

surmontée d’une épée et d’un casque antiques, et dont le socle porte l'inscription :

Here died Wolfe

Victorious.

Avant d'arriver à ce monument, le comte de Paris remarqua les tours dites Martello, — du nom de leur inventeur, en Angleterre, le lieutenant-colonel Martello,—dont M. J.-M, LeMoine lui fit l'historique.

Le maire de Québec et M. LeMoine occupaient la même voiture que Son Altesse et le comte d'Haussonville dans la visite des Plaines ; le juge Routhier et le juge Chauveau servaient de cicerones au duc d'Orléans et au duc d’Uzès ; MM. Chapais, Chouinard, Amédée Robitaille, Caouette, Beauchamp, Drouyn et Lemienx accompagnaient les autres visiteurs.

On se rendit à la colonne de Sainte-Foye en passant par la route du Belvédère.

Le lecteur sait que la deuxième bataille des Plaines d'Abraham, ou bataille de Sainte- Foye, a été une victoire pour les armes fran-

çaises. Elle a grandement contribué à nous assurer les clauses honorables et avantageuses de l'acte de capitulation de Montréal, qui reconnaît aux catholiques du Canada des droits que ne possèdent pas légalement les catholiques d'Angleterre.

Lévis pouvait peut-être entrer dans Québec après le combat du 28 avril 1760, et les Auglais durent s'étonner de ce qu’il ne songeât pas à les poursuivre jusque dans la ville. Mais le brave chevalier voulait sans doute épargner à ses troupes et à lui-même lhumiliation, qu’il appréhendait avec raison, d’être obligé de céder la place à l’ennemi.

Tout allait dépendre des premières voiles qui arriveraient d'outre-mer. De part et d'autre on était épuisé, et il était tacitement convenu que si les premiers vaisseaux qui doubleraient la Pointe-Lévy portaient les couleurs de la France, les Anglais quitteraient la ville, et que si, au contraire, ils portaient les couleurs de l’Angleterre, les Francais lèveraient le siège. Ce furent les voiles anglaises qui arrivèrent les premières, ou plutôt il n’en vint pas d’autres. Les douze vaisseaux expé-

diés nar le ministère de Versailles ne remorrtèrent pas le Saint-Laurent.

Le regretté M. Chanvean, ! dans son bel ouvrage intitulé: François-Xavier Garneau, sa vie et ses œuvres, fait à ce sujet les réflexions suivantes :

“ La fatalité était partout, ......... etle chevalier de Lévis le disait lui-même dans sa dernière lettre au ministre, ‘“ C'est une “ suite des malheurs et de la fatalité aux- “ quels, depuis quelque temps, ce pays était “ en butte, que les secours envoyés de France “ ne soient pas arrivés dans le moment cri- “ tique. Quelque médiocres qu'ils fussent, ‘ joints au dernier succès (28 avril), ils au- “ raient déterminé la reprise de Québec.”

“ Mais était-ce bien la fatalité ? Les anciens avaient fait du destin une divinité, et les fautes mêmes des hommes sont attribuées à bon droit à l’aveuglement qu'une force supérieure produit chez eux. Cette doctrine se

1. Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, historien, orateur, prosateur et poète, premier-ministre dela province de Québec au début de la Confédération canadienne, est mort à Québec, le 4 avril 1890.

trouve également dans les auteurs païens et dans les Saintes Ecritures, Les premiers l’ont résumée dans ce proverbe, reproduit sous plusieurs formes : Quos perdere deus vult prius dementat. Racine rend admirablement l’idée des livres sacrés en parlant de

643 08 cet esprit d’imprudence et d’errcur, De la chute des rois funeste avant-coureur.

“ Longtemps avant lui, Philippe de Commines avait dit: ‘“ Quand Dieu veut com- “ mencer de chastier les princes, première- “ ment il lear diminue le sens et leur fait “ fuir les conseils et la compagnie des sages.”

“Toutes ces victoires suivies d'accidents ou de fautes incroyables, cette longue Intte dans laquelle nos ancêtres avaient reponssé avec succès les tentatives les mieux combinées, le développement qu'avait pris la Nouvelle-France à travers tant de misères et tant d'obstacles, tont cela ne pouvait pas être rendu inutile par la Providence sans qu’elle eût des vues miséricordieuses à notre égard, Ses desseins ont été bien vite éclairés à la sombre lueur de la révolution française, qui suivit si promptement celle des Etats-Unis ;

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