‹ Le comte de Paris à Québec [microforme]Chapitre 66 sur 94 · RÉ REA · texte numérisé non relu

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et cette dernière a été pour nous du plus grand secours, car elle a rendu la politique de l'Angleterre à notre égard plus juste et plus libérale qu’elle ne l’eût été saus cela. Heureux furent nos pères, dans leur sagesse, d'avoir préféré, en 1775 et en 1812, les conseils de la religion à ceux de la vengeance, et d’avoir profité des événements qui

ont assuré la conservation de notre nationalité ! ”

Ces dernières paroles sont à méditer.

Le ‘“ monument des braves,” comme dit le populaire à Québec, a été construit d’après un plan de M. Charles Baillairgé. Il consiste en une colonne de bronze cannelée, placée sur un piédestal de belles proportions dont les coins soutiennent quatre mortiers aussi en bronze. La face du piédestal qui donne sur le chemin Sainte-Foye porte cette 1nscription : “ Aux braves de 1760— Erigé par la société Suint-Jean-Baptiste de Québec, 1860.” Du côté de ia ville, le nom de

Murray se dessine en relief au-dessus des

armoiries de l’Angleterre ; du côtéde Sainte- Foye, celui de Lévis se lit an-dessus des

emblèmes de la vieille France. En arrière, un bas-relief représente le célèbre moulin de Dumont, qui fut tour-à-tour occupé par les Anglais et les Français, et définitivement enlevé par les grenadiers de la reine, sous le commandement de M. d’Aignehelles, après un combat furieux contre les montagnards écossais du colonel Fraser.

Une statue de Bellone de dix pieds de hauteur, cadeau du prince Napoléon, couronne le monument, déjà haut de soixantecinq pieds. Le bas de la statue est tourné vers la ville, tandis que la tête, au contraire, est tournée vers cette partie du champ de bataille qu’occuyait l’armée française. Entre les épaules et les hanches, il y a un mouvement d’une grande hardiesse, et le buste paraît littéralement tordu. La Victoire hési.tante, comme on a appelé ce beau bronze, semble prendre à regret une direction nouvelle, et ses regards persistent à se tourner vers les troupes si longtemps et encore une fois victorieuses dont les clairons ne devront plus résonner sur les remparts de la capitale de la Nouvelle-France.

Les ossements humains trouvés sur l’emplacement du moulin de Dumont, en 1854, avaient été transportés en grande pompe à la cathédrale de Québec ; et, avant leur inhumation à l'endroit où s'élève aujourd’hui la colonne commémorative, l'archevêque Turgeon, dans une cérémonie extrêmement solennelle, avait prononcé sur ces restes des combattants rivaux les paroles d'espérance et de foi en la résurrection de la liturgie catholique.

L'année suivante, le 18 juillet 1855, sir Edmund Head, gouverneur généraldu Canada, posait la pierre angulaire du “ monument des braves,” en présence de M. de Belvèze, commandant de la corveitte La Capricieuse, le premier vaisseau de guerre français qui ait remontéle fleuve Saint-Laurent depuis 1759 ; en présence aussi du 16e régiment, avec drapeaux, d’un corps d'artillerie, d’un détachement de la corvette francaise, l’arme au bras, des Hurons de Lorette, en grand costume de guerre, et d’une foule immense de spectateurs.

Ce fut à cette occasion que M. Chauveau, père, prononce le célèbre discours dont voici la péroraison et qui jeta un si vif éclat sur la renommée alors naissante de l'illustre orateur,

-.... “ Guerriers que nous vénérons, vous avez payé votre dette à la patrie, c'est à nous de payer la nôtre. Votre journée est remplie, votre tâche laborieuse et sanglante est terminée, la nôtre à peine commence. Vous stIR vous êtes couchés dans la gloire, ne vous oo levez pas! Pour nous, quels que soient nos a: aspirations, notre dévouement, notre courage,

\ Dieu seul saitoù et comment nous nous cou- Mi | cherons. Mais vous, dormez en paix sous les bases de ce monument, entou1és de notre 1 vénération, de notre amour, de notre per- | pétuel enthousiasme .....dormez.....jusqu’à ce qu’éclatent dans les airs les sons d’une trompette plus retentissante que celle qui 1 vous sonnait la charge, accompagnée des rou- di lements d’un tonnerre mille fois plus formidable que celui qui célébrait vos glorieuses funérailles ; et alors tous, anglais et français, grenadiers, montagnards, miliciens et sau- 40 vages, vous vous lèverez, non pas pour une gloire comme celle que nous, faibles mortels, bal nous entreprenons de vous donner, non pas FE pour une gloire d’un siècle ou de plusieurs 1 siècles, mais pour une gloire sans terme et 14

sans limites, et qui commencera avec la

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