‹ Le comte de Paris à Québec [microforme]Chapitre 67 sur 94 · A LA CROIX · texte numérisé non relu

A LA CROIX

DE JACQOUES CARTIER

Comme il restait un peu de temps avant le départ du train pour Sainte-Anne, le comte de Paris voulut se rendre au berceau historique du Canada, à la “ Croix de Jacques Cartier,” sur la pointe de terre formée par le confluent des rivières Saint-Charles et Lairet, et où une centaine de Bretons, braves jus ju’à la témérité, passèrent l'hiver de 1535-36, près de trois quarts de sièele avant la fondation de Québer

Le cortèo” era le faubourgSaint-Jean, —l'emp nt de l’antique bourgade de Stadacone et du “ palais d’écorce ” du ‘“ roi Donnacona, ”’— descendit la côte d'Abraham et suivit les rues de la Couronne, Saint- Joseph et du Pont jusqu’à la rivière Saint- Charles, la Cabir-Coubat des aborigènes. La

marée était basse et le temps décidément maussade, On franchit le pont Dorchester, et, quelques minutes après, les voyageurs descendaient de voiture au pied d’une croix métallique de la même dimension que la croix de bois plantée en cet endroit, par le découvreur du Canada, le 3 mai 1536, et portant comme elle, au-dessous du croisillon, un écusson fleurdelisé et une inscription.

Un peu en arrière, un joli petit monument en granit, ou, plus exactement, en gneiss des Laurentides, porte les inscriptions suivantes :

“ Jacques Cartier et ses hardis compte guons, les marins de la Grande Hermine, de la Petite Hermine et de l'Emérillon, passèrent ici l’hiver en 1835-36.

“ Le 3 mai 1536, Jacques Cartier fit planter, à l'endroit où il venait de passer l'hiver, une croix de 35 pieds de hauteur, portant l'écusson fleurdeiisé et l'inscription Franciscus primus, Dei gratia, Francorum Rex, regnat.

“ Le 23 septembre 1625, les Pères Jean de Brébeuf, Ennemond Masse et Charles

Lalemant prirent solennellement possession du terrain appelé Fort Jacques-Cartier, situé au confluent des rivières Saint-Charles et Lairet, pour y ériger la première résidence des missionnaires jéstces à Québec.”

Sur la partie inférieure de la croix, des centaines de visiteurs ont écrit des noms, des dates, quelques-uns des réflexions curieuses ou touchantes. Il y a là des petits poèmes qui rappellent les inscriptions murales dont parle Louis Veuillot dans son Parfum de Rome. Une main ferme a tracé au crayon :

» “ Adieu Philippe de Rougemont, adieu braves compagnons morts sur cette terre inhospitalière !— mai 1536.”

Au-dessous, une autre main a ajouté :

“ Guillaume Le Breton.” N'est-ce pas charmant ?

En 1887, le comte de Paris envoya, de Lisbonne, à celui qui trace ces lignes, une généreuse souscription pour aider à la construction de la croix et du monument commémoratif de la rivière Lairet.

Ce coin de terre dun Fort Jacques-Cartier rapjelle d’autres sonvenirs que ceux que l'en a gravés sur la pierre, Vaudreuil s’y re trancha, en 1759, à l’intérieur de l'ouvrage à cornes dont il est souvent question dans les chroniques du dernier siècle, et la légende y croissait sur l'histoire, comme le gui sacré sur le chêne des Gaules, lorsque parut le livre de M. Ernest Myrand, Une fête de Noël sous Jacques Cartier, et qu’eut lieu linoubliable fête du 24 juin 1889,—deux événements qui achevèrent de le poctiser.

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