‹ Le comte de Paris à Québec, récit;Chapitre 18 sur 26 · ÀILJ F»AI.AIS LEGISLATIF · texte numérisé non relu

ÀILJ F»AI.AIS LEGISLATIF

Il était onze heures précises lorsque le royal cortège (que l'on n'attendait pins, à cause du contre-ordre publié dans les journaux) déboucha par la porte Saint-Louis, et s'engagea dans la Grande- Allée et l'avenue Diifferin pour venir faire halte à l'entrée du Palais législatif.

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Avant de pénétrer dans l'intérieur de l'édifice, Son Altesse en examina Tornementation extérieure avec un vif intérêt.

Nos monuments historiques ou architectonirpies sont bien pauvres et bien petits, comparés h ceux des villes européennes. Au point de vue de l'art, ils n'ont le plus souvent qu'une valeur relative. Il n'en est pas ainsi toutefois pour notre Palais législatif, — le Panthéon du Canada français, — qui serait un ornement même dans les plus belles villes de France et d'Italie.

Il y a je ne sais quoi de fort et de gracieux dans cet édifice, qui charme et captive le regard. Ce toît, qui faisait l'admiration de la princesse Louise et rappelle celui des Tuileries, ce campanile à la fois élégant et majestueux, ces pavillons où les lis sont " semés à pleines mains," ne ressemblent en rien à ce qui se voit ailleurs sur notre sol d'Amérique. Toute cette architecture est vraiment française, avec, en outre, un cachet particulier où s'accuse la personnalité savant^^ originale, distinguée et très canadienne de l'architecte, M. Eugène Taché.

La façade principale de ce vaste carré est remarquable par les belles proportions de sa tour centrale, dédiée à Jaciues Cartier; par la pureté de lignes des avant-corps, dédiés, Tun à Chara})lain, l'autre à Maisonneuve ; par l'élégance des pavillons des angles et par tout l'ensemble de l'ornementation.

Les niches disposées sur le fronton du campanile et des avant-corps devront contenir les statues de Jacques Cartier, le découvreur du Canada ; de Champlain, le fondateur de Québec ; de Maisonneuve. le fondateur de Montréal ; de Laviolette, le fondateur des Trois-Eivières ; de Boucher de Boucherville, le type idéal de l'ancien seigneur canadien ; puis celles du Père de Brébeuf, le grand jésuite martyr ; du Père récollet Nicolas Viel, noyé par les Sauvages dans le rapide de la rivière des Prairies, appelé aujourd'hui Sault-au-Eécoliet ; de Mgr de Montmorency-Laval, le premier évêque de Québec, de M. Olier, le fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice ; enfin celles de Frontenac, de Wolfe, de Moutcalm, de Lévis,

i'i de deux c'icbrités du dix-neuvième siècle : lord El gin et Salaberry.

Lord Elgin fut l'ami des Canadiens- français, et celui qui nous a donné l'entier déveloj^pement du gouvernement responsable, contenu implicitement dans la constitution de 1840. Issu d'une famille normande dont le chef se nommait Jacques Bruice, si je ne fais pas erreur, James Bruce, comte i'Elgin, de Kinkaidine et de Torry, écrivait à un de nos hommes d'Etat canadiens qu'il avait un cœur français dans une [oitrine écossaise. Il comptait un roi d'Ecosse parmi ses ancêtres ; de là sa devise : Fuiraus.

Salaberry conduisit à la victoire les trois cents Canadiens qui, dans le combat de Château cri! av, mirent en déroute huit mille Américains commandés par Hampton. Ce brillant fait d'armes a été comparé au combat des Thermopyles, et Salaberry lui-même à Léonidas.

Entre les trumeaux de chaque étage, des trophées et des cartouches portent, sculptés en relief, les armoiries et les noms des gouverneurs Montmagny, d'Ailleboust, d'Ar-

gens^n, Tracy, Callières, Vaudreuil, Murray, Dorchester, Prévost, Bagot ; des découvreurs Mar iiietle, Joliette, La Vérandrye, Lasalle ; de l'intendant Talon, des hommes de guerre Daulac, Beaujeu et Iber ville.

De chaque côté de l'entrée principale de l'édifice se dressent des piédestaux, en forme de pilastres, qui attendent les statues des grands hommes de la génération actuelle et des générations de l'avenir. L'accès en est interdit aux contemporains de leur vivant, et cela est assez prudent; autrement, il y aurait peut-être surabondance d'aspirants, et le triaoe serait difficile.

Surmontant toutes les décorations du campanile, les armes de Sa Majesté la reine Victoria, sculptées dans la pierre, témoignent des sentiments de loyauté des Canadiens envers la couronne d'Angleterre.

Si nous sommes restés français, nous le devons à notre qualité de sujets britanniques, qui nous sépare des Américains des Etats- Unis. D'autre part, si l'Angleterre voit encore aujourd'hui flotter son drapeau sur la moitié de l'Amérique du Nord, elle le doit

îi SOS sujets parlant la langue française. Cela peut paraître paradoxal au loin ; mais ici ces affirmations constituent de véritables banalités de la conversation et sont admises sans conteste.

En face de l'entrée d'honneur de l'édifice s'élève une fontaine monumentale, dédiée aux races aborigènes du Canada. Le sommet en est surmonté par un beau groupe en bronze, création de notre artiste canadien M. Philippe Hébert, représentant une famille indienne. Le centre de la pièce d'eau sera occupé par un Tiêcheur ou harponneur indien que M. Hébert fnit couler en ce moment à Paris. Toutes ces décorations étaient indiquées d'avance dans les dessins de M. Taché.

La statue de Frontenac, qui vient d'être installée dans sa niche, est aussi une composition de M. Hébert. Elle est très réussie. Le vieux héros de soixante-dix ans y est représenté en grande tenue militaire et dans l'attitude qu'il dut prendre lorsque, répondant à l'envoyé de l'amiral Phijjps, qui le sonjmait de lui livrer Québec, il pronnonça ces fières et amères paroles : " Apprenez

qu'on ne parle pas ain-^i à un homme comme moi, et allez dire à votre maître que je lui répondrai par la bouche de mes canons ! ''

Au-dessus du portique de l'entrée principale de l'édifice se dessine en relief Técusson de la province de Québec, sculpté dans le calcaire de Deschambault, avec la devise, si bien trouvée : JE me souviens ! due, elle aussi, à M. Eugène Taché, à qui le gouvernement de Boucherville et les gouvernements qui lui ont succédé ont eu le bon esprit de laisser une parfaite liberté d'action.

Son Altesse le comte de Paris a été reçu à l'entrée du Palais législatif par le " gentilhomme huissier " du Conseil, M. H. Staunton Hatt, et conduit chez le président de la Chambre haute, l'honorable M. Starnes, où se rendirent aussitôt l'honorable M. Mercier, premier-ministre, l'honorable M. Garneau, commissaire des Travaux publics, l'honorable M. Eobidoux, procureur-général, et l'honorable M. Langelier, secrétaire de la Province.

Les visiteurs parcoururent les vestibules de l'entrée d'honneur et des étages supérieurs de l'édifice, Duis les salles de délibérations du

Conseil législatif et de l'Assemblée législative, dont le prince admira les amples et éléguites proportions.

Les panneaux en noyer noir des lambris d'appui dn vestibule du rez-de-chaussée et des vestibules du premier et du deuxième étage, sont ornés d'arabesques, d'armoiries et d'inscriptions, ciselées et dorées, d'un goût et d'une science extrêmement remarquables.

C'est l'histoire écrite en langue héraldique. On y lit, au rez-de-chaussée, les armes et les noms de personnages appartenant à la première période de nos annales historiques : Verazani, Sébastien Cabot, De la Roche, De Caën, Koberval, Pontgravé, Pontrinconrt, De Monts, Léry, De Chastes, Pontchartrain, Châteanfort, Guercheville, Lauzon, Courcelles, Hocquart, Denouviile, Bégon, Duquesne, la duchesse d'Aiguillon, madame de la Peltrie, Marie Guyatt de l' Incarnation.

Dans un cartouche, au pied de l'escalier d'honneur, on voit, tracé en or, un soleil éclairant le monde, avec la devise iHec pliio'ibus impar et l'inscription " Lo lis XIV," et, en face, les armes de Colbjrt. A l'étagâ

supérieur, et oomme pendant, sont les armoiries de Pitt et de George ITI.

Avec un art vraiment merveilleux, les arabesques gravissent les escaliers et atteignent le premier, puis le deuxième étage, multipliant leurs dessins variés et gracieux, et entourant les blasons de personnages d'une époque pins récente : Saint-Val lier, Pontbriand, LaJonquière, Beauharnois, Longueil, LaGalissonnière, Coulon de Villiers, Eamezay, Townsend, Amherst, Qnesnel, Vallières, Sewell, Stuart, Panet, Baby, Taschereau, Bédard, DeLéiy, Lotbinière, Parent, Nelson, Lanaiidière, Boucherville, Viger, Cuvilliers, Saint-Ours, Bourdages, Plessis, Mountain, Blanchet, Laforce, Lartigue, Bourget, Rollette, Dambourgès, Duchesnay, De Gaspé, etc.

Au sommet du premier palier de l'escalier qui conduit au vestibule des galeries, au milieu de } -aimes d'une suprême élégance, tracées évidemment avec amour par l'éminent artiste, M. Taché, brille le monogramme de la Compagnie de Jésus et les noms de missionnaires jésuites qui ont arrosé de leur

sang et fécondé par leur martyre la terre désormais chrétienne du Canada : Jogues, Lalemant, Rasle, Buteux, Garnier.

A droite sont les noms des premiers historiens de la Nouvelle-France : Sagard, Lescarbot, Ducreux, Charlevoix ; à gauche, ceux des historiens modernes : Garneau, Christie, Bouchette, Ferland.

Les rampes des escaliers portent aussi, gravées en or et entourées d'arabesques, les armes du marquis de Lorne (Argyle), avec la devise : Ne ohliviscaris ; celles du marquis de Lansdowne, avec la devise : Virtute non verhis, et celles de tous nos lieutenantgouverneurs de la province de Québec :

Belleau, -- Je veille ; Caron, — Suaviterin Tïiodo, fortiter in re ; Letellier, — Hœc manus oh patriam ; Eobitaille, - A ciel ouvert ; Masson, — Dieu aydant ; Angers, — Par droicts chemins.

D'excellentes toiles, dues au pinceau de M. Eugène Hamel et représentant MM. de Boucherville, John J. Eoss, Lemaire, Henry Starnes, Boucher de LaBrnère, présidents du

Conseil législatif, et MM. Blanchette, Fortin, Beaubien, Taillon, Wlirtele, F.-G. Marchand, présidents de l'Asseniblée législative, sont distribuées çàet là dans les salles des délibérations et dans les vestibules.

Le comte de Paris passa rapidement dans quelques autres pièces de l'édifice, et s'arrêta en dernier lieu dans l'élégante mais déjà trop petite bibliothèque de la Législature.

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AUX t^LAIXKS D' ABRAHÀNI

Après quel ju es instants de repos à l'hôtel Saint- Louis, — le temps de prendre un léger déjeûner — on décida de faire rapidement le tour des Plaines d'Abraham avant de partir pour Sainte- Anne.

Le terrain appelé Plaines d'Abraham doit son nom à l'un des colons les plus considé-

rables des premiers temps de la colonie, le pilote Abiiihani Martin, dit rFcossais, — nn yifitriarche, lui aussi, dont le neuvième enfant, Charles- Amador, fut le deuxième prêtre canadien ordonné dans la Nouvelle-France.

On donnait autrefois ce nom de Plaines d'Abraham à tout le plateau sitné entre le •coteau voisin du chemin Saiute-Foye et le sommet de la falaise qui borde le Saint- Lauîent, près le chemin Saint-Louis. Aujourd'hui, on ne désigne sous ce nom que le terrain inhabité et incnltequi s'étend au sud du chemin Saint- Louis, immédiatement au-delà de la barrière de ce nom, et dont on se s^rt pour ks grandes manoîuvres militaires. Ce terrain appartient aux Ursulines de Québec, et n'est laissé à l'usage du gouvernement fédéral qu'en vertu d'un bail emphytéotique, qui expirera le 1er mai 1902.

Ce fut sur ce point qu'eut lieu l'effort de la célèbre bataille du 13 septembre 1759. A l'entrée même du terrain des Plaines, près la prison, se dresse une jolie colonne en pierre,

surmontée d'une époe et d'nn casque p.ntiques, et dont le socle porte l'inscription :

Hère died

Wolfe Victorious.

Avant d'arriver à ce monument, le comte de Paris remarqua les tours dites Martello, — du nom de leur inventeur, en An,iL,'leterre, le lieutenant-colonel Martello, — dont ^^. J.-M. LeMoine lui fit l'histori lue.

Le maire de Québec et M. LeMoine occupaient la même voiture que Son Altesse et le comte d'Haussonville dans la visite des Plaines ; le juge Routhier et le juge Chauveau servaient de cicérones au duc d'Orléans et au duc d'Uzès ; MM. Chapais, Chouiuard, Amédée Robitaille, Caouette, Beauchamp, Drouyn et Lemieux accompagnaient les autres visiteurs.

On se rendit à la colonne de Sainte-Foye en passant par la route du Belvédère.

Le lecteur sait que la deuxième bataille des Plaines d'Abraham, ou bataille de Sainte- Foye, a été une victoire pour les armes fran-

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çaises. Elle a grandement contiibué à nous assurer les clauses honorables et avantageuses de l'acte de capitulation de Montréal, qui reconnaît aux catholiques du Canada des droits que ne possèdent pas légalement les catholiques d'Angleterre.

Lé vis pou i^ait peut-être entrer dans Québec après le combat du 28 avril 1760, et les Anglais durent s'étonner de ce qu'il ne songeât pas à les poursuivre jusque dans la ville. Mais le brave chevalier voulait sans doute épargner à ses troupes er à lui-même l'humiliation, qu'il appréhendait avec raison, d'être obligé de céder la place à l'ennemi. Tout allait dépendre des premières voiles qui arriveraient d'outre-mer. De part et d'autre on était épuisé, et il était tacitement convenu que si les premiers vaisseaux qui doubleraient la Pointe-Lévy portaient les couleurs de la France, les Anglais quitteraient la ville, et ((ue si, au contraire, ils portaient les couleurs de l'Angleterre, les Français lèveraient le siège. Ce furent les voiles anglaises qui arrivèrent les premières, ou plutôt il n'eu vint pas d'antres. Les douze vaisseaux expé-

riiés '^ar le ministère de Versailles ne remontorr-nt r^Rs le Snint-Laiirent.

L(^ re oT.'t(é M. Chaiivean, ^ dans son bel ouvrage intitulé: François-XavierGameaxi, sa vie et ses œuvres, fait à ce sujet les réflexions suivantes :

" La fatalité était partout, et le

chevalier de Lévis le disait lui-même dans sa dernière lettre au ministre. " C'est une *' suite des malheurs et de la fatalité aux- '* quels, depuis quelque temps, ce pays était " en butte, que les secours envoyés de France " ne soient pas arrivés dans le moment cri- " tique. Quelque médiocres qu'ils fussent, " joints au dernier succès (28 avril), ils au- " raient déterminé la reprise de Québec."

" Mais était-ce bien la fatalité ? Les anciens avaient fait du destin une divinité, et les fautes mêmes des hommes sont attribuées à bon droit à l'aveuglement qu'une force supérieure produit chez eux. Cette doctrine se

1. Pierre- Joseph-Olivier Chanveaii, historien, orateur, prosateur et poète, premier-ministre de la province de Québec au début de la Confédération canadienne, est mort à Québec, le i avril 1890.

trouve également dans les auteurs paieries et dans les Saintes Ecritures. Les premiers l'ont résumée dans ce proverbe, reproduit sons plusieurs formes : Quos perdere deuft vulf prius demcntat. Racine rend admirablement l'idée des livres sacrés en parlant de

cet esprit (^imprudence et d'erreur,

De la chute (les rois funeste avant-coureur.

" Longtemps avant Ini, Philippe de Commines avait dit : " Quand Dieu veut com- " me^cer de chastier les princes, première- " ment il lenr diminue le sens et leur fait " fuir les conseils et la compagnie des sages."

"Toutes ces victoires suivies d'accidents ou de fautes incroyables, cette longue lutte dans la'juelle nos ancêtres avaient repoussé avec succès les tentatives les mieux combinées, le développement tpi'avait pris la Nouvelle-France à travers tant de misères et tant d'obstacles, tout cela ne pouvait pas être rendu inutile par la Providence sans qu'elle eût des vues miséricordieuses à notre égard. Ses desseins ont été bien vite éclairés à la sombre lueur de la révolution française, qui suivit si prom[jtemeut celle des Etats-Unis ;

et cette dernière a été pour nous du plus grand secours, car elle a rendu la politique de l'Angleteire à notre égard plus juste et plus libérale qu'elle iie l'eût été sans cela. Heureux furent nos pères, dans leur sagesse, d'avoir préféré, en 1775 et en 1812, les conseils de la religion à ceux de la vengeance, et d'avoir profité des événements qui ont assuré la conservation de notre nationalité 1 "

Ces dernières paroles sont à méditer.

Le " monument des braves," comme dit le populaire à Québec, a été construit d'après un plan de M. Charles Baillairgé. Il consiste en une colonne de bronze cannelée, placée sur un piédestal de belles proportions dont les coins soutiennent quatre mortiers aussi en bronze. La face du piédestal qui donne sur le chemin Sainte-Foye porte cette inscription : " Aux braves de 1760 — Erigé par la société Sa,int- Jean-Baptiste de Québec, 1860." Du côté de la ville, le nom de Mu7^ray se dessine en relief au-dessus des armoiries de l'Angleterre ; du côtéde Sainte- Foye, celui de Lévis se lit au-dessus des

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oinblcmes de la vieille Franco. En arrière, un has-relif'f représentx^ le célèbre moulin de Diiniont, qui fut tour-à-tonr occupé par les Anglais et les Français, et définitivement enlevé par les grenadiers de la reine, soms le commandement de M. d'Aignebelles, après im combat furieux contre les montagnards écossais du colonel Fraser.

Une statne de Bellone de dix pieds de hauteur, cadeau du prince Napoléon, couronne le monument, déjà haut de soixantecinq pieds. Le bas de la statue est tourné A ers la ville, tandis que la tête, au contraire, est tournée vers cette partie du champ de bataille qu'occujait l'armée française. Entre les éjtaulos et les hanches, il y a un mouvement d'une grande hardiesse, et le buste paraît littéralement tordu. La Victoire hésitante^ comme on a appelé ce beau bronze, semble prendre à regret une direction nouvelle, et ses regards persistent à se tourner vers les troupes si longtemps et encore une fois victorieuses dont les clairons ne devront ]ilus résonner sur les remparts de la capitale de la Nouvelle- France.

Les ossements humains trouvés sur l'emplacement du moulin de Diimont, en 1854, avaient été transportés en grande pompe à la cathédrale de Québec ; et, avant le ui' inhumation à l'endroit où s'élève aujourd'hui la colonne commémorative, l'archevêque Turgeon, dans une cérémonie extrêmement solennelle, avait prononcé sur ces restes des combattants rivaux les paroles d'espéranoe et de foi en la résurrection de la liturgie caiholique.

L'année suivante, le 18 juillet 1855, sir EdmundHead, gouverneur généraldn Canada, posait la pierre angulaire du " monument des braves," en présence de M. de Belvèze, commandant de la corvette La Capricieuse, le l'remier vaisseau de guerre français qui ait remon^éle fleuve Saint-Laurent depuis 1759 ; en présence aussi du 16e régiment, avec drapeaux, d'un corps d'artillerie, d'un détachement de la corvette française, l'arme au bras, des Hurons de Lorette, en grand costume de giierre,et d'une foule immense de spectateurs.

Ce fut à cette occasion que M. Chauveau, père, prononça le célèbre discours dont voici la péroraison et qui jeta un si vif éclat sur la renommée alors naissante de l'illustre orateur,

...... '* Guerriers que nous vénérons, vous

avez pnyé votre dette à la patrie, c'est à nons •de payer la nôtre. Votre journée est remplie, votre tâche laborieuse et sanglante est terminée, l;i nôtre à peine commence. Vous vous êtes couchés dans la gloire, ne vous levez pa-^j 1 Pour nous, quels que soient nos aspirations, notre dévouement, notre courage, Dieu seul sait où et comment nous nous coucherons. Mais vous, dormez en paix sous les bases de ce monument, entouiés de notre vénération, de notre amour, de notre perpétuel enthousiasme dormez jusqu'à ce qu'éclatent dans les airs les sons d'une trompette plus retentissante que celle qui vous sonnait la charge, accompagnée des roulements d'un tonnerre mille fois plus formidable que Celui qui célébrait vos glorieuses funérailles ; et alors tous, angl lis et français, grenadiers, montagi/ards, miliciens et sauvages, vous vous lèverez, non pas pour une gloire comme celle que nousî, faibles uiortels, nous entreprenons de vous donner, non pas pour une gloire d'un siècle ou de plusieurs siècles, mais pour une gloire sans terme et

sans limites, et qui commencera avec la

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grande revue que Dieu lui même passera quand les temps ne seront plus. "

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