DISCOURS DE MGR LE COMTE DE PARIS
" Messieurs,
" En me levant pour vous remercier de la sanlé que vous venez de porter, je tiens à vous dire combien mon fils et moi nous sommes reconnaissants de votre accueil.
Vous nous avez reçus comme si nous étions des vôtres et ce dernier souvenir nous sera particulièrement précieux. L(»rsque dans quatre jours nous partirons pour l'Europe, il nous semblera que nous nous éloignons de la France ; car, au milieu de vous, nous oublions pour un jour les tristesses de l'exil.
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" N'est-ce pas ici, en effet, im coin de la vieille France ? A chaque pas 'que nous faisons sur votre sol, nous rencontrons un aspect familier ou un souvenir historique. La touchante etfière devise de votre province n'est-elle pas d'ailleurs : Je me souviens ? Votre cité, antique pour le nouveau-monde, ressemble à une de ces vieilles villes normandes dont les fils venaient autrefois peupler les rives du Saint- Laurent ; les noms des villages de votre province, Montmorency, Lé vis, Richelieu, Chambly, rappellent ceux de nos plus nobles familles françaises.
" Vous m'avez conduit ce matin au pèlerinage de sainte Anne de Beaupré, qui veille sur vos marins comme sainte Anne d'Auray veille sur les marins bretons. N'était-ce pas aussi un pèlerinage que notre visite au monument élevé à la mémoire de Jacques Cartier, cette gloire commune de nos deux patries, et à la colonne qui perpétue le souvenir de l'héroïque Montcalm ?
" C'est une généreuse pensée qu'a eue l'Angleterre, lorsqu'elle a inscrit sur cette colonne les noais des deux adversaires réunis
par la mort et associés dans la gloire. C'est ainsi, Messieurs, qne vous savez associer aux souvenirs d'un passé qui vous est cher, votre fidélité loyale au gouvernement nouveau que la Providence vous a donné.
" Je termine donc en vous proposant de boire au Canada, à la France et à l'Angleterre."
Ces paroles, où la délicatesse, la prudence €t la sympathie se tenaient si étroitement et si heureusement liées, furent écoutées avidement et applaudies à plusieurs reprises par le très vibrant auditoire auquel elles s'adressaient. Les sténographes les transmirent urbi et orbi, par téléphone et par télégraphe.
L'orchestre joua, non pas la Marseillaise, mais un cantique ; — oui, en plein banquet, le cantique de Paray-le-Monial et des Koches Massabielle, si souvent répété dans nos églises canadiennes :
Dieu de clémence,
0 Dieu vainqueur,
Sauvez Rome et la France,
Au nom du .Sacré-Cœur !
Le juge Eouthier répondit en ces termes à la santé portée à la France :