‹ Le comte de Saint-Germain et ses réformes, 1775-1777; d'après les archives du Dépot de la guerreChapitre 18 sur 36 · livres · texte numérisé non relu

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259 livres.

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(Bi*al

généra

l de Tactique, v. I. p.

peut juger de visu au Musée d'artillerie de l'importance de cette transformation.

162 I,E COMTE DE SAINT-fiERMAIN

dans les flasques de l'affût, et lui donnent plus de fixité ' . Pour rendre son canon plus maniable encore sur l'affût, il pratique sur ces flasques un double encastrement, le premier pour la position de tir, le second pour la position de route. Dans cette dernière position, le poids de la pièce est mieux réparti entre les roues de l'avant et de l'arrière-train, ce qui donne à la voiture une plus grande stabilité. Quand l'attelage s'arrête, on peut en une minute passer de la position de tir à la position de route et vice versa.

Sur les canons de Vallière, il n'y a point de ligne de mire. Il n'existe aucun moyen d'assurer le pointage à des distances plus grandes que la portée de but en blanc qui est de deux cents toises pour les petits calibres. Passé cette distance, on tire au hasard 2 ; aussi, d'après les partisans de l'artillerie ancienne, ne devrait-on plus tirer. Gribeauval fait reposer la culasse de ses canons sur une vis de pointage qui permet de faire varier leur inclinaison ; il place sur cette culasse une hausse mobile à l'aide de laquelle on peut viser à toutes les distances et rectifier son tir. « L'introduction de cet instrument si simple a eu pour effet d'augmenter les portées efficaces du canon et de donner plus d'étendue à l'action de l'artillerie sur le champ de bataille '. »

Mais diminuer la longueur de la pièce, n'est-ce point en affaiblir la portée et la justesse? La justesse d'une arme

1 D'Urtubie, Manuel de l'artilleur, p. 147.

- Du Coudray. Discussion nouvelle des changements faits dans l'artillerie depuis 1165. (Réponse à M. de Saint-Auban). Londres 1776, p. 23.

3 Favé. Etudes sur le passé et l'avenir de l'artillerie. Paris, Dumaine, 1863. V. 4, p. 117. — « Quand on songe qu'au moment où Gribeauval est venu apporter ce moyen de pointage, l'ancienne équerre du canonnier était abandonnée, qu'il n'existait plus aucun moyen d'assurer le pointage aux distances plus grandes que le but en blanc et que le canonnier eu était réduit à la plus vague appréciation pour diriger la pièce, on s'étouue que la routine ait pu être assez aveugle pour donner naissance aux appréciations les plus erronées qui lurent longtemps développées et qui furent soutenues avec une sorte d'acharnement «. V.4, p. 148.

ET SK.S R&FORMBS 163

dépend de la précision avec laquelle le projectile se meut dans l'âme. C'est en vue d'atteindre cette précision que le vent des boulets fut réduit à une ligne. Il variait autreibis d'autant plus que la réception des projectiles n'était pas assujettie à des prescriptions suffisantes et que les moyens de contrôle faisaient défaut '. L'invention de l'étoile mobile permet à l'avenir de vérifier pour toutes les bouches à feu la dimension de l'âme, tandis qu'on peut s'assurer, par un système de lunettes imaginé également par Gribeauval, des dimensions exactes du boulet. C'est grâce à cette exactitude dans les diamètres et à la réduction du vent qu'on avait pu voir, aux expériences de Strasbourg, des pièces de 4, nouveau modèle, porter jusqu'à 800 toises, c'est-à-dire aussi loin que les plus gros calibres de Vallière.

Croirait-on que la vieille et grossière pratique de défoncer sur le champ de bataille des tonneaux de poudre et d'en puiser les charges dans des sacs en papier qu'on portait ensuite à la pièce trouvait encore des défenseurs ' ? Quand la poudre avait été introduite dans le canon, on apportait le boulet pour l'enfoncer dans l'âme. L'adoption de la cartouche à boulet accrut sensiblement la rapidité du tir. « Le boulet fut encastré dans la cavité d'un sabot en bois et ce sabot fut relié par des bandelettes en tôle au sachet en serge contenant la poudre. De cette manière le chargement s'opéra en enfonçant d'un seul coup la cartouche au fond de l'âme '. » Bien entendu, la réunion du boulet au sabot était faite à l'avance et n'exigeait aucune manipulation sur le champ de bataille. On renonçait ?insi

1 Favé. Eludessur lepassé et l'avenir de l'artillerie, t. IV, p. 82. — du t'outlray, Etat actuel de la querelle de l'artillerie. Amsterdam, 1774.

- Kiivc. Etude* sur U passé et favenir i/c l'artillerie, l. IV. p. 148,

;1 Favé. <'ours d'art „iilitairc, p. 87.

au vieil et primitif usage d'amener sur le terrain les projectiles et la poudre dans des voitures séparées.

Gribeauval a également imaginé la boîte à balles. On fabriquait bien, depuis 1741, des projectiles en fonte réunis autour d'une tige en bois et appelés, à cause de leur forme, grappes de raisin. Mais ils ne portaient guère au delà de 80 toises. On avait employé également des balles de plomb, mais elles se pelotonnaient et ne ricochaient pas. Le nouveau projectile, formé d'une boîte en tôle remplie de balles de fer régulièrement disposées, a une portée quintuple sans aucun de ces inconvénients.

Mais ce qui fait surtout la supériorité de cette artillerie de campagne ce sont les améliorations apportées à l'attelage. Les pièces de Vallière étaient traînées en limonière, les chevaux marchant à la file et au pas. Gribeauval remplace la limonière par le timon et accouple les chevaux de front. Par là l'effort de la traction se trouve également réparti, la longueur des colonnes est notablement diminuée, l'attelage peut prendre les allures vives, le trot et le galop '. L'augmentation du diamètre des roues de l'avanttrain, le remplacement des essieux en bois par des essieux en fer facilitent le tirage et rendent les manœuvres plus promptes s. Quatre chevaux peuvent traîner par tous chemins les pièces de 4 et de 8, huit chevaux suffisent pour le canon de 16. Sur le champ de bataille, quand les chevaux sont dételés, les hommes, au moyen d'une bricole, peuvent s'atteler à la pièce et la traîner par les plus mauvais passages 3. Si la pièce au contraire doit rester attelée,

i Du Cou.dray, Etat actuel de la i/uerelle df l'artillerie, p, 38.

- « Les limes de devant relevées ont mis les voitures de l'artillerie dans le cas de s'embourber rarement dans les plus mauvais chemins et le tirage se faisant dans une direction moins oblique est devenu beaucoup moins fatigant.» Artillerie nouvelle, p. 34.

:; Au moyen de leviers et de bretelles, huit hommes suffisent pour nianœu-

un fort cordage {prolonge) unit la crosse de l'affût à L'avant* train qui reste néanmoins assez éloigné du canon pour n'être, en aucun cas, brisé par son recul. A l'aide de cette prolonge, « une des innovations les plus importantes que l'artillerie ait vues ', » les pièces franchissent sans encombre les routes les plus difficiles, et, surprises en marche ou en retraite, font feu sans qu'il soit besoin de dételer.

Enfin le caisson devient plus mobile. L'intérieur) bien protégé contre l'humidité, est divisé en cases où les munitions sont abritées et immobilisées par un bourrage d'étoupes *.

Pour le matériel de siège, Gribeauval a conservé les calibres de 24, de 10, de 12 et de 8 établis par Vallière. Dans les pièces de 16 et de 24, il supprime la chambre à l'eu qui avait l'inconvénient de présenter des parties concaves que l'écouvillon ne pouvait atteindre. Ces cavités ' conservaient parfois quelques parcelles enflammées qui faisaient éclater la nouvelle charge au moment même où on l'introduisait dans la pièce. Désormais on perce la> lumière dans un grain en cuivre vissé à froid. Ce grain donne à la lumière une plus grande résistance et supprime toute chance d'explosions et d'accidents.

Au lourd et immobile affût du passé, Gribeauval substitue un affût de place qu'il avait déjà expérimenté à Schweidnitz et dont les avantages sont de plusieurs sortes : il peut être manœuvré par un petit nombre d'hommes, et il permet d'élever la pièce au-dessus du parapet et de conserver au

vivr les pièces de 4 et de 8j onze ou quinze hommes par les chemina dil'r manœuvrent les pièces de \i. — Favé, Etudes sur te pa*ii et l'avenir de l'artillerie, Vol. IV, p. 112.

1 Favé. Passé et avenir de l'Artillerie Vol. IV. p. 137.

' Les vieux caissons au défaut de mal former joignaient encore celui de peser vides 1800 livres. Artillerie nouvelle, p. 31.

» Elles empêchaient en outre, s. 'Ion du Coudray, de régler le service du ricochri el d uuaient l'impulsion da boulet. Artillerie nouvelle, p, 88.

tir, pendant la nuit, les positions reconnues bonnes pendant le jour.

Les mortiers de 12 établis par l'Ordonnance de 1732 ne peuvent tirer plus de soixante coups sans casser leurs bombes ou se trouver hors de service. On les remplace par des mortiers de 10 qui, avec des bombes moins lourdes d'un tiers et à la charge de 9 livres de poudre, portent au-delà de 1200 toises et résistent mieux '. L'obusier de 8, introduit dans l'artillerie depuis Vallière, est remplacé par l'obusier de 6 qu'on peut manœuvrer à bras 2.

Quant aux pièces de côtes, elles ne diffèrent pas des pièces de siège par leur calibre mais par leurs affûts. Comme elles doivent tirer sur des buts mobiles, il faut leur fournir les moyens de se mouvoir avec rapidité dans un sens ou dans l'autre. Leurs affûts sont en conséquence montés sur un châssis mobile qui permet le pointage latéral .

Toutes ces réformes auraient été stériles si Gribeauval ne s'était attaqué au plus grand abus qu'ait produit l'esprit de routine. On possède bien, depuis 1732, l'uniformité des calibres ; en revanche, la forme et les dimensions des affûts, roues, essieux, timons, avant-trains, etc., varient d'une province à l'autre. La voie même des charrois d'un département d'artillerie diffère de la voie en usage dans un autre département, de sorte que, lorsqu'un équipage construit à Douai vient à se réunir à un équipage construit à Metz, Strasbourg ou Auxonne, les voitures des uns et des autres mêlées ensemble roulent successivement dans des ornières différentes *. De là, mille complications pour les rechanges et

' Favé.vol. IV, p. 126.

- Artillerie nouvelle, p. 35.

1 Favé, vol. IV, p. 118. — DuCoudray, Artillerie nouvelle, p. 110.

BT IBS REFORMES 167

les radoubs. Chaque voiture devait traîner à sa suite son matériel de réparations. Quand ces réparations étaient urgentes, il fallait souvent, faute de moyens, abandonner l'équipage à l'ennemi.

Gribeauval établit un minutieux état de toutes les pièces nécessaires à l'artillerie. Il en fait graver les dessins et les tables ', et fixe pour étalon unique de toutes mesures le pied de roi. Les plus intelligentes précautions sont prises pour assurer, lors de la réception des travaux, la précision et l'uniformité de toutes les parties du matériel. Désormais, grâce à cette rigueur mathématique, une vis fabriquée à Douai peut trouver son écrou correspondant à Valence ou à Metz. C'est ainsi qu'avant la Révolution Gribeauval assurait à l'artillerie les bienfaits du système métrique.

Eu ce qui touche le personnel et l'organisation du Corps- Royal, l'Ordonnance du 3 novembre 1776 restaure et complète l'œuvre entreprise sous Choiseul, œuvre compromise et presque anéantie par MNî. de Vallière et vSaint-Auban, lorsqu'ils redevinrent tout puissants sous le ministère de Monteynard.

Le Corps-Royal est composé de sept régiments, qui prennent rang dans l'infanterie et de neuf compagnies d'ouvriers. Le corps des mineurs, formé de six compagnies, bien que placé clans une situation intermédiaire entre l'artillerie et le génie, est assujetti, pour la discipline, la

1 Voir ce magnifique travail à la Bibl. uat. Tables des constructions des principaux attirails de Cartillerie, proposées et approuvées depuis 1*64 jusqu'en \'S9 par M. de Gribeauval, exécutées' et recueillies par M. </<• Mauson, maréchal de camp, et par plusieurs autres officiers du Corps-Royal (Paris, llfy, 3 vol. io-f. avec 125 planches, tiré à 120 exempt.). Ce travail, dit le général Favé, nécessaire pour déterminer les constructions de toutes les punies d'un matériel immense, suffirait Beul à la gloire de l'homme qui a, le premier, donné à l'artillerie la fixité et l'uniformité de tous les éléments dont compose.

168 l.E COMTE DE SAINT-GERMAIN

police et l'avancement, à tous les règlements du Corps- Royal.

Chaque régimeut d'artillerie comprend deux bataillons et quatre compagnies de bombardiers. Le bataillon est à deux brigades, l'une composée de quatre compagnies de canonniers, l'autre de trois compagnies de canouniers et d'une compagnie de sapeurs. Chacune de ces compagnies doit avoir au complet un effectif de 71 hommes.

Tous les grades supérieurs de l'artillerie, depuis celui .de premier inspecteur général jusqu'à celui de chef de brigade, sont donnés au mérite et aux talents sans aucune considération d'ancienneté. Sur cinq emplois de chois de brigade, trois sont attribués au choix et deux à l'ancienneté. « Pour mieux faire connaître les Officiers propres à remplir les différents emplois, dit l'art. 22 de l'Ordonnauce, le commandant de l'Ecole assemble chaque année les colonel, lieutenant-colonel, chefs de brigade et major du régiment pour désigner, sans aucun égard à l'ancienneté, à la pluralité des voix, parmi les capitaines en premier, les trois sujets les plus dignes d'être élevés au grade de chefs de brigade ou major, et parmi les lieutenants en premier et en second ainsi que parmi les surnuméraires, tant qu'il en restera suffisamment, les trois sujets les plus dignes d'être avancés '. »

Les lieutenants eu troisième sont choisis parmi les sergents-majors. Encore une brèche par où les roturiers pourront s'élever aux grades d'officiers. « Le corps, disait à ce pro- >- / pos un des partisans de l'artillerie ancienne, se remplira d'officiers sans naissance, sans éducation, sans talents, sans aucune connaissance de mathématiques et le plus souvent I sans principes de conduite et de mœurs » Et Tronson du Cou-

' Oril. du 3 novembre 1770, T. I, ail. 2Z.

In m ii Ki (iK.MK.s 168

dray défend en ces termes ces nouveaux officiers de fortune : « Ils seront les enfants de leurs services. Tels étaient les Fabert, les Rosen et tant d'autres, en qui nos Montmorency et nos Bouillon n'ont pas rougi de voir leurs frères d'armes, leurs compagnons et leurs rivaux de gloire. M. de Saint- Auban serait-il plus difficile que les Montmorency et les Bouillon ' \ »

Les bas-officiers sont choisis par le colonel sur une liste de présentation dressée par les lieutenants de la brigade pour les sergents-majors, par les sergents-majors pour le grade de sergent, par les sergents pour le grade de caporal. Cette forme élective des promotions n'est pas nouvelle dans l'armée. Kilo figurait déjà dans les Ordonnances précédentes.

Les régiments d'artillerie n'ont pas de compagnies de recrues. Le recrutement se fait aux environs des garnisons qui leur sont affectées. Un dépôt général est établi en Franche-Comté. La taille minimum exigée est de 5 pieds, 3 pouces, (3 lignes. Le prix de l'engagement est fixé à 120 livres.

Les soldats et officiers du Corps-Royal ont droit, comme tous les militaires, aux pensions de retraite et aux places vacantes dans les huit compagnies d'invalides, créées pour la garde des forteresses et des côtes. Ils sont uniformément soumis, pour l'administration, la discipline, les récompenses et les congés, aux Ordonnances générales qui régissent les troupes.

Gribeauval a également assimilé à la troupe les ouvriers employés dans les arsenaux, à Grenoble, Douai, La Fère, Metz, Strasbourg, Auxonne \ Ils doivent être désormais

' Du Coudray. / nouvelle <les changements faits dans l'artillerie

île/, >iis mô. Londres, lT76,p. 144.

- 11 y a également trota manufactures d'arme» à feu : Mauh Etienne,

ville, ''t. nue manufacture d'armes blanches à Klinirenthall.

exclusivement recrutés dans les compagnies d'ouvriers du Corps-Royal, parmi ceux qui ont rempli au moins deux engagements de huit ans.

« Les places de chefs des ouvriers d'Etat exigeant la probité la plus éprouvée jointe à beaucoup d'intelligence et de talents, S. M. veut qu'elles ne soient données à l'avenir qu'à des lieutenants en troisième des compagnies d'ouvriers du Corps-Royal, ou à des sujets choisis parmi les sergents-majors desdites compagnies ou parmi les ouvriers d'Etat. »

Ces ouvriers, qui doivent travailler exclusivement pour le compte du roi ', sont astreints à porter l'uniforme \ Ils sont placés comme le soldat sous les ordres de sergents, caporaux et appointés. Ils ont leurs heures d'appel et leurs suppléments de solde. En un mot, ils prennent place dans la grande famille militaire *.

Outre les officiers attachés aux troupes, le roi entretient pour l'état-major, le service des Ëco'es, places, forges, fonderies et manufactures :

10 inspecteurs généraux.

6 commandants en chef des Ecoles.

22 colonels directeurs.

27 lieutenants-colonels (dont 4 dans les manufactures d'armes).

23 sous-directeurs.

62 capitaines en premier, résidant dans les places.

Ces officiers roulent avec les officiers de troupe d'après leur grade et leur ancienneté, et passent, selon les besoins

1 Uue lettre de Montbarey à Gribeauval (15 juin 1777) défend aux contrôleurs et réviseurs d'armes à feu d'employer les ouvriers du roi à (les affaires particulières, sous peine de révocation. D. G. Supp. à la Corr. (Artillerie .

2 Uniforme : habit gris de fer, veste, culotte, parements et collet bleus, boutons jaunes, chapeau bordé d'un galon d'or. Les chefs ont des boutonnières d'or jusqu'à la poche i t les premiers ouvriers un bordé d'or de dit lignes de large sur le parement.

1 Ordonnance du 3 novembre 1776 sur le service des ouvriers du Corps- Royal employés dans les arsenaux,

KT BBS RKFORMBS 171

'lu service, des places dans les régiments et des régiments dans les places.

Depuis qu'a disparu la charge de grand-maître de l'artillerie, ces attributions sont dévolues au secrétaire d'Etat de la guerre. Le premier inspecteur-général sert d'intermédiaire entre le Corps-Royal et le ministre. Il est chargé de maintenir l'ordre et l'ensemble dans le service. Il a pour auxiliaires les neuf inspecteurs qui visitent tous les ans les établissements, les constructions et les troupes.

Les Ecoles d'artillerie, établies en 1720 par de Vallière pour l'instruction des régiments, sont maintenues dans les villes de Strasbourg, Auxonne, Metz, Douai, La Fère et Valence, toutes à proximité des frontières, afin de devenir, en cas de guerre, autant de centres d'approvisionnements.

On y donne à la fois l'instruction pratique et théorique. Le roi entretient dans chacune d'elles un professeur de mathématiques, un adjoint et un maître de dessin. L'Ecole pratique est munie d'un parc d'artillerie pour ses exercices qui ont lieu tous les deux jours : sapeurs, canonniers et bombardiers y sont dressés, selon leur spécialité, aux différentes manœuvres des canons, mortiers, pierriers et obusiers, au maniement des pièces d'arliflceet à la construction des batteries. « Le commandant de l'Ecole ' aura soin, dit l'Ordonnance, de faire faire à l'Ecole de pratique le service du soldat par les officiers qui entreront dans les régiments pendant le temps nécessaire pour leur apprendre ,à servir les différentes bouches à feu et à pouvoir exécuter eux-mêmes toutes les manoeuvres qu'ils seront dans le cas de commander par la suite. »

On consacre à l'Ecole théorique les jours de la semaine qui ne sont pas employés aux exercices. Cette Ecole est

1 Titre VI de l'Ordonnance du 3 novembre 1776.

destinée surtout aux officiers, partagés pour cela en deux classes suivant leur mérite. La première comprend les moins instruits, qui doivent y être « entretenus et raffermis dans les premiers principes. » On donne dans la seconde classe des leçons de mécanique, d'hydraulique, de physique et de chimie; on y fait des cours de fortification, où sont développés les avantages et les inconvénients des différents systèmes. Même division en deux classes pour le dessin : les officiers y apprennent à dresser des plans, à tracer des profils de fortification, attirails d'artillerie, cartes, etc. L'éducation de l'œil, à l'aide d'opérations pratiques sur le terrain, est l'objet de recommandations particulières '.

On avait établi également dans ces Ecoles des répétiez tions de mathématiques destinées aux sergents ainsi « qu'aux soldats qui auraient l'ambition de parvenir à ce grade. »

Une fois par semaine, les capitaines s'assemblaient sous la présidence du directeur de l'Ecole et faisaient des conférences sur les parties principales de l'artillerie : constructions, manœuvres, fonderies, poudres, équipages, mines, tactique de l'arme. Les Mémoires les plus remarqués étaient transmis à l'inspecteur général et au secrétaire d'Etat de la guerre.

Les mineurs à l'Ecole de Verdun * reçoivent également l'instruction pratique et théorique. On leur enseigne les mathématiques et la physique. On les exerce à la sape, à la construction des bastions et demi-lunes. On leur apprend

1 Titre VI de l'Ord. Art. 17 et suiv.

-' C'est un des plus beaux et des plus utiles établissements qui aient été faits depuis la paix et -il était impossible de le mettre en meilleures mains. Il ni' tardera pas à être à sa perfection et alors les principes de la fortification souterraine, qui étaient jusqu'ici il peu près inconnus, sero t vraisemblablement po«éH avec toute la précliion diiireble, (I.e comte de Broglle a Saint-Germain, 21 décembre 1775), D, Q, Su»/', à la Corresp, (Artilleri.

i:t •: RMBS 17.'!

à gazonner, fasciner, conduire les talus, employer pailles et broussailles pour soutenir les terres, afin « que les ingénieurs, en cas de besoin, puissent trouver un secours dans la compagnie des mineur

Le service des places et la surveillance des travaux, dans chacune des vingt-deux directions, sont placés sous les ordres d'un colonel-directeur. C'est à lui que sont remis les projets d'ouvrages et de réparations. Il les fait parvenir au sociétaire d'Etat de la guerre par l'inspecteur général. A part les cas d'extrême urgence, aucun travail ne peut être entrepris sans un ordre du ministre. Les prescriptions les plus minutieuses sont adressées aux commissaires des guerres du Corps-Royal pour l'inventaire des magasins, la vérification des pièces de dépense, les procès-verbaux des épreuves des pièces ou des poudres, la surveillance de la pesée et de l'embarillage, l'examen des fontes et autres détails.

L'Ordonnance réglait également les opérations des troupes et la tactique de l'arme. En campagne, le Corps- Royal se trouvait placé sous l'autorité d'un commandant en chef et se partageait en deux catégories : l'artillerie de ligne et les réserves.

Pendant la guerre de Sept-aus, on avait adjoint aux bataillons d'infanterie de petites pièces de 4, dites à la suédoise, d'un effet médiocre, souvent embarrassantes pour des troupes chargées, sans études préalables, de les traîner et de les servir. A l'avenir, les deux pièces, nouveau modèle, affectées à chaque bataillon d'infanterie, doivent être servies par les sergents et soldats du Corps-Royal, sous la surveillance de leurs officiers '.

1 Quand, pour la garde des pièces et des parcs ou pour les e*cort9s, lemombre des soldat» d'artillerie est jugé insuffisant, ils sont renforcée de troupes d'infanterie ou de milices placées, en co cas, pour l'ordre des marches et o> kous le commandement des officiers du Corps-Royal.

L'artillerie de réserve est placée en seconde ligne à gauche, à droite et au centre. Elle est partagée en divisions de huit pièces qui marchent escortées de leurs munitions. Pièces et munitions sont tirées du grand parc où commande un directeur qui veille aux distributions, maii;tient l'ordre dans les équipages et pourvoit aux réparations les plus urgentes '. Les mineurs marchent en tête de ce grand parc avec un chariot d'outils pour réparer les chemins.

On attribue généralement au premier consul et à la loi du 13 nivôse an VIII, l'organisation militaire du train d'artillerie. Jusque-là, l'Etat traite à l'entreprise pour la fourniture des charrois et le recrutement des charretiers plaisamment nommés, du nom de l'entrepreneur, les hussards de Lanchère 2. « Que font, dit l'historien humoriste Monteil, tous ces milliers d'oisifs, de charretiers, voituriers, haut le pied, gens du bagage, gens du train. Du haut de leurs voitures et le plus souvent derrière, ils regardent les soldats, leurs camarades d'âge, se battre, toujours fort attentifs, lorsque la victoire ne se déclare pas pour nous, à former le premier corps de fuyards, au lieu de soutenir l'effort de l'ennemi ou du moins de défendre les équipages. A tous ces gens, je donnerais un uniforme, des armes, des officiers '. » Mais si les charretiers ne sont pas encore enrégimentés, ils sont déjà en 1770 sous les ordres de chefs militaires qui portent l'uniforme et qui ont le titre de conducteurs de charrois, A chaque compagnie d'artillerie servant du canon de réserve est attaché un conducteur, placé lui-même sous les ordres d'un conducteurgénéral, affecté au grand parc. Ils veillent, sous l'autorité

1 Titre IXdel'Ord. du 3 novembre. Service du Corps-Hoyal eu campagne.

2 Susane. Hist. de l'artillerie, Hetzel 1874, p. 205. a Monteil. Vol. V. p. 333.

KT BIS KKFOKMKS 17."

des officiers du Corps-Royal, à la subsistance, à la tenue et au bon ordre de tous les attelages mis au service de l'artillerie '.

Quant à l'artillerie de siège, elle a ses officiers, ses conducteurs Je charrois et ses troupes. Elle ne doit jamais se confondre avec l'artillerie de l'armée, quand même cette armée viendrait à se réunir aux troupes chargées du siège. Le commandant de l'artillerie agit de concert avec le commandant du génie, sous l'autorité supérieure du général qui dirige le siège.

Le commandant de l'artillerie détermine le front d'attaque et la disposition des batteries. Elles sont construites et servies par les canonniers ; les mortiers, obusiers et pierriers par les bombardiers. Quand la main-d'œuvre fait défaut, le Corps-Royal peut, moyennant salaire, recruter des travailleurs dans l'infanterie.

Le commandant des mineurs concerte ses opérations avec les chefs de l'artillerie et du génie. Les mineurs, outre leur solde, reçoivent pour leurs travaux une rémunération proportionnelle aux obstacles qu'ils rencontrent.

Un usage traditionnel, remontant aux origines mêmes de l'artillerie, attribue à ce corps la propriété des cloches de toute ville assiégée et prise. Ce privilège s'est, avec le temps, transformé en un impôt sur les habitants, connu sous le nom de « rachat des cloches. » L'Ordonnance du .'} novembre 177G maintient ce vieil usage et décide que le prix du rachat sera réparti entre les officiers et employés à l'artillerie et aux convois 2.

Telle est, dans ses principaux traits, l'œuvre de réorganisation militaire entreprise par Gribeauval. Il a donné à toutes les parties du matériel la précision, l'uniformité, la

1 Titre IX de l'Ordonnance.

Titre X, art. 42 delà mente Ordonnance.

fi

légèreté et la durée ' ; il a créé une artillerie de campagne qui s'est prêtée à toutes les nécessités de la tactique nouvelle; il a assuré aux troupes la constitution la plus militaire qu'elles aient eue jamais 2 ; il a formé enfin un corps d'officiers dont les talents ont fait l'admiration de l'Europe. « Si, pendant les guerres de la Révolution, l'artillerie française exerça sur le sort des batailles une influence ; nouvelle et décisive, elle le doit surtout au grand homme qu'elle ne saurait trop honorer. Il lui revient une part dans les victoires de la République et dans les conquêtes de l'Empire qui n'auraient pas été possibles sans la mobilité de son matériel, sans la solidité de ses constructions et la facilité de ses rechanges ' ». L'acte réparateur qui arracha Gribeauval à une injuste disgrâce est de ceux qui signalent le plus à la reconnaissance du pays le ministère du comte de Saint-Germain.

Quant au corps du génie, c'est au comte d'Argenson qu'il doit sa première constitution militaire. C'est par ses soins qu'a été établie l'Ecole de Mézières, pépinière future d'excellents officiers. Jusque là, les ingénieurs n'ont d'autre rang dans l'armée que celui qu'ils peuvent occuper

1 Ses adversaires prétendaient que les pièces légères ne dureraient pas. Ses défenseurs n'osaient les garantir que pour deux ou trois batailles. Les olmgiers de campagne exceptés, ces pièces ont trompé, les craintes des uns et dépassé les espérances des autres, car elles ont fait les guerres de la Révolution et de l'Empire et n'ont été réformées qu'en 1827.

'•' « Si les régiments à pied de l'artillerie ne subirent pas, à la Révolution, toutes les alternatives d'institution qui tourmentèrent les cadres des autres armes, c'est qu'il y avait un fonds d'hommes et de doctrines de guerre dont l'ancien régime pouvait s'enorgueillir et que la nouvelle armée adopta confiance et presque' ostentation. La bizarrerie et le désordre s'étaient depuis longtemps éloignés des troupes sur lesquelles l'Europe entière avait réglé ses propres organisations. » Mémoires de Gouvion Suint-Cyr, V. 3, p. 184,

3 Favé, Pané et avenir de l'artillerie. Voir également l'opinion (lu inr, Cours d'art militaire, p. 93, et YHUtairt du Vartilltrie du Sauna, p, 192.

dans les troupes de ligne. Ils sont, selon l'expression de >' Vauban, « les martyrs de l'infartcrie '. »

!'ar rOrdonnance du 7 février 1711, S. M., « désirant honorer le corps des ingénieurs de tous les grades militaires qui peuvent les mettre en état de prendre rang avec les officiers des troupes, » leur accorde des commissions de lieutenants, de capitaines, de lieutenants-colonels et di" colonels.

A la démission du comte d'Eu, grand-maître de l'artillerie, le Roi réunit un moment l'artillerie et le génie en un seul corps ; mais cette fusion dura peu. Maladroitement exécutée par de Vallière 2 qui confondit à dessein les fonctions pour prouver « qu'un artilleur valait un ingénieur » , elle souleva des plaintes unanimes. « Le hochepot que l'un a fait de l'artillerie et du génie a tout gâté et si ce mélange tel qu'il est subsistait encore longtemps, le Roi n'aurait bientôt plus d'ingénieurs, et notre artillerie si distinguée dans les dernières guerres s'affaiblirait aussi considérablement \ »

Le maréchal de Belle-lsle rendit à ces deux corps leur existence distincte et revint, par l'Ordonnance du 5 mai 1758, aux principes de 1744. Cette organisation permet aux ingénieurs d'obtenir par commission spéciale des grades équivalents à ceux des officiers d'infanterie, elle les soumet en temps de guerre à l'autorité des généraux, mais le corps entier ne fait pas encore partie intégrante de l'armée. Il ne relève en temps de paix que du secrétaire d'Etat de la guerre ou plutôt de ses bureaux. Il échappe à l'autorité des lieutenants-généraux et des gou-

1 Allfiit. Hist. du Corp* du gé*te, p. 8(8. L'ouvrage malhaur«uwm*nl

incomplet s'nn-ète à l'année ]7l">.

1 De RoMaye, Esquissa hist. wr les Ecoles d'Artillerie, p, 55,

i iU Helle-l»!e cité par M, Roussel ilan* J> enmte tir p. 418,

verneurs des provinces. Il a une organisation plutôt civile que militaire. Les frontières sont divisées en vingt directions partagées en chefferies qui sont placées sous les ordres d'ingénieurs en chef: au dessous d'eux, se trouvent dans les places des ingénieurs ordinaires, chargés de la surveillance et des réparations des forteresses, du service des eaux, des canaux et des routes '.

L'Ordonnance du 31 décembre 1776 a pour but de proportionner le nombre des ingénieurs aux besoins des frontières et des armées, et de donner en même temps au corps du génie toute la consistance militaire qu'il doit avoir.

Le corps des ingénieurs s'appelle désormais Corps- Royal du génie. Les officiers sont désignés par leurs grades respectifs.

Ils sont au nombre de 370, savoir :

13 Directeurs avant rang de Brigadiers d'infanterie.

21 Brigadiers — — Colonels.

21 Sous-Brigadiers — — Lieutenants-Colonels.

21 Majors — — Majors.

84 Capitaines en premier — — Capit. en 1er d'infant.

105 — en deuxième — — — en 2"u' —

63 Lieutenants en premier ) .

.„ r , . . , — — Lieutenants en 1".

42 Ingénieurs-géographes )

Ils reçoivent, suivant leurs grades, les honneurs dus aux officiers des autres troupes. C'est aussi le grade qui décide entre eux du commandement, soit dans les places, soit dans les armées.

On n'arrive officier du génie qu'en passant par l'Ecole de Mézières, et, pour y entrer il faut être français, âgé de quinze ans au moins, né noble ou fils d'un officier supérieur ou d'un capitaine décoré de Saint-Louis. La

1 Dép. G. C. 3Ù97, n° 153.

HT sus RÉFORMES 178

famille doit s'engager à fournir au candidat une pension annuelle de 200 livres jusqu'à ce qu'il soit lieutenant en premier. L'examen, qui est subi à Paris, devant un examinateur nommé par le roi, porte sur le cours d; mathématiques de Bossut, l'algèbre, la mécanique, l'hydrodynamique, le dessin de paysage et d'ornement '.

Après deux ans de séjour à l'Ecole, les élèves sont soumis à un examen de sortie, à la suite duquel les incapables sont renvoyés chez eux. Ceux qui ont subi les épreuves avec succès sont nommés aspirants au Corps-Royal du génie avec grade de lieutenant en second d'infanterie. Ils servent deux ans dans l'artillerie, attachés aux mineurs et aux sapeurs. Ils rentrent alors pour deux nouvelles années dans les b:igades du génie avec rang de lieutenant en premier, puis passent deux années au moins à la suite des régiments d'infanterie « jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement au courant des manœuvres des troupes *. » Ce n'est qu'après un noviciat dans ces différentes armes que l'aspirant au Corps-Royal rentre définitivement dans le génie avec le grade de lieutenant en premier, non sans avoir subi un dernier examen devant le directeur et les officiers supérieurs de sa brigade.

On a vu, dans l'artillerie, au moins pour les grades inférieurs, l'ancienneté entrer encore en ligne de compte avec le mérite dans les avancements. Pour le génie, on n'a plus aucun égard à l'ancienneté. Tous les emplois sans exception sont donnés au mérite et aux talents.

1 Règlement pour L'admission & l'Ecole de Mésiéres, septembre 1TT7.

- Ou voulait par là fondre peu à peu dans los troupes le corps du génii . jusqu'alors assez rebelle à l'assimilation. Ouibcrt, dans son Estai de Tactii/i"-. reprochait aux ingénieurs de ne savoir « ni comment les troupes se manœuvrent ni comment on doit les conduire. Ils De veulent même pas le savoir. Il» regardent leur art connue le premier des arts, ils dédaignent toutes les antres branches de la science militaire. » Il réclamait pour eux une constitution qui les rapprochai davantage d^s troupes et de la connaissance de toutes les autres parties de la guerre. V. II, p. 155 et 234.

Si le corps du génie est appelé à jouir désormais des avantages d'une constitution militaire, c'est à la condition d'être soumis au point de vue de la hiérarchie, de la subordination, de la discipline à toutes les lois qui régissent les troupes. Les directeurs du génie ont jusqu'à présent échappé à la fois au contrôle des Intendants et des gouverneurs militaires auxquels ils ne communiquent même pas leurs plans. Ils sont dans leur service leurs propres ordonnateurs. A l'avenir, placés sous les ordres des généraux commandant les Divisions et les provinces, ils seront astreints en toutes circonstances à respecter les règles de la hiérachie militaire. Ils accompagneront dans leurs tournées les officiers-généraux, leur rendront compte des détails du service et leur communiqueront les projets de construction ou de réparation des bâtiments ainsi que les plans et papiers concernant les fortifications ' .

' Le gébie ne se soumettait pas volontiers au militaire. Il lui contestait — non sans raison parfois — la compétence nécessaire pour intervenir dans ses travaux. En visiiaut ta place de Maubeufre, le marquis de ' lieutenant-

rai, avait voulu, emporter les plans et devis relatifs à la fortification et l'ingénieur s'y était formellement opposé. Les plaintes qu'il adresse à ce sujet au ministre sont des plus améres : « messieurs les officiers du génie souffrent impatiemment l'idée delà dépendance et de la surveillance que vous voulez nous donner sur eux... Il faut s'attendre aux interprétations les plus forcées pour vous amener à conclure qu'on ne p ut remplir vos vues si ou ne les laisse immédiatement sous la main du ministre. N'y aurait-il donc que le corps du génie dont les opinions passeraient sans contradictions! Depuis dixhuit mois, M. de Btaquetot, directeur de Maubeuge, traite directement avec la Cour d'un Objet qui concerne essentiellement la défense 4a la frontière sans que jeu aie élu instruit régulièrement. » Le même marquis de Castries écrit le 24 jtriUel 177b' au prince dé Lugeac : « Lorsque le bureau du génie engloutissait tout, les ingénieurs n'avaient point de supérieurs et les marchés qu'ils faisaient passaient devant les Intendants pour la forme seulement. » Il insiste de nouveau (26 septembre 1770 , à propos d'un tracé de limites entre la France, l'Autriche et la province de Liège, but la nécessité de consulter les militaires et. de subordonner aux intérêts de la défense les considérations civiles et commerciales. Un autre lieutenant-général, Commandant la Division de Picardie et Soissonnais, se plaint aussi (même époque) du peu de souci des directeurs du génie pour l'autorité des commandants des Divisions. L'Ordonnance du .'11 décembre 1770 a tixé ainsi les rapports léciproques du génie et du commandement, titre V. art. 20 : « Lorsque les commandants des provinces et les lieutenants-généraux des Divisions feront leurs visites, ils pourront se faire accompagner du chef de brigade ou d'un autre olticier de la brigade qui leur rendra compte de tout ce qui a rapport au service des fortifications. Il leur

ET SES RBFOKMBS 181

Et» matière de travaux, qu'ils concernent l'artillerie ou le génie, tous les marchés s'élevant au dessus de mille livres sont passés dans les formes réglées par une Ordonnance du 27 juin 1776. Les devis, toisés, projets dressés par les officiers d'artillerie ou de génie et approuvés par les lieutenants-généraux commandant les Divisions et le secrétaire d'Etat de la guerre sont renvoyés à l'Intendant qui, de concert avec les commissaires des guerres, fait afficher des placards et procéder aux enchères publiques. L'adjudication se fait au rabais en présence du commandant de place, des officiers commandant l'artillerie et le génie, du maire ou de tout autre officier municipal ayant connaissance du prix des matériaux et delà main-d'œuvre. En cas de connivence secrète entre les adjudicataires pour se procurer uu rabais plus avantageux, ou de manque de fidélité dans les engagements, le marché peut être résilié parle ministre, il est également interdit, aussi bien aux administrateurs des provinces et des villes qu'aux ingénieurs des ponts-et-chaussées, d'entreprendre sans l'avis du ministre aucuns travaux dans les ports marchands, routes et canaux du pays '. Ainsi se trouve introduite dans l'administration militaire cette double garantie des marchés modernes, la libre concurrence et la publicité.

Les mémoires, dessins, toisés de tous les travaux en cours d'exécution sont soumis tous les ans à un conseil d'administration établi 2 dans chaque direction, composé du directeur et des officiers supérieurs des brigades, et présidé

donnera, communication île tous les papiers qui lui seronl confiés, îles plans. projets, us incarnant lés fortifications, s;, us qu'il soit permis &

déplac i' ou de leur en donner copie; cependant les directeurs seront tenus de se rendre chez le commandant de la province seulement, avec les plans, mémoires et projets toutes les fois qu'il l'exigera. » Art. 21 : « Les officiel* néraux pourront aussi vérifier dans les visites qu'ils feront l'exécution ouvrages faits pendant l'année. (D. (.;. 3t>'J7, N° ~;> et suivants}. 1 Ord. du 3 novembre, titre V- Art. 2ti. i Ird. du '■'< novembre, titre 1. Art . 7.

par le commandant de la province. Ces conseils adressent le. résumé de leurs travaux au Conseil supérieur établi par le roi auprès du secrétaire d'Etat de la guerre. « Les procédés nouveaux tendant à la solidité et à l'économie de la construction, les épreuves nouvelles et tous les projets qui pourront être de quelque utilité réelle pour le service seront de même présentés au secrétaire d'Etat de la guerre qui s'en fera rendre compte par le Conseil des fortifications, et , quand ces mémoires seront jugés dignes de quelque importance, des récompenses pécuniaires et même des grades pourront être accordés aux auteurs selon l'utilité de leurs découvertes. »

La surveillance des bâtiments militaires, casernes et magasins, la garde des écluses, la direction des manoeuvres d'eau de la place et des environs, rentrent également dans les attributions des officiers du génie.

En campagne, le corps a son état-major et son commandant en chef. Bien qu'étant à l'ordinaire officiers sans troupes, les officiers du génie peuvent néanmoins obtenir le commandement de détachements ou des postes où ils se trouvent. Le commandant en chef du génie est responsable du service devant le général de l'armée. Il lui communique les projets de travaux en cours d'exécution, dresse le plan général de l'attaque, dirige, toujours sous l'autorité du général en chef, les opérations et le service de la tranchée, donne son avis sur l'emplacement des batteries, se concerte pour les travaux d'approche avec le commandant de l'artillerie et des mineurs. Il peut recruter aussi, en cas de besoin, des travailleurs dans les rangs de l'armée.

Pour assurer d'ailleurs au génie un corps de travailleurs toujours prêt et dressé de longue main, une Ordonnance du 2 juillet 1776 avait établi des compagnies de pionniers '

1 Le costume des pionniers était l'habit de drap bleu doublé de blanc avec

qui étant exercés et soumis à une discipline militaire puissent être employés pendant la paix à des travaux publics et servir en temps de guerre à la suite de l'état-major des armées. » Chaque corps de pionniers devait être à deux bataillons, le bataillon à sept compagnies, la compagnie à 1G3 hommes. Les sommes provenant du prix des travaux de chaque compagnie étaient affectées à la solde, à l'équipement, à l'armement du corps, en un mot, à tous les frais d'établissement et d'entretien. Des gratifications prélevées sur la masse étaient réparties entre les sergents, caporaux et soldats les plus assidus au travail.

C'est aussi aux officiers du génie qu'est réservée la tâche de lever les plans et cartes des différents pays qu'ils parcourent. Tous les ans, ils doivent être employés par moitié à perfectionner la reconnaissance militaire de la frontière de manière à en connaître à fond la topographie au bout de quatre ou cinq ans de séjour, et à enrichir le Dépôt de plans et mémoires qui puissent en temps de guerre servir aux armées '. Vingt officiers seront attachés à ce Dépôt pour mettre en ordre les papiers, cartes et plans, « et étendre leurs connaissances topographiques par la communication de ces archives militaires \ » Afin de propager ces connaissances dans tous les rangs, ces emplois essentiellement amovibles devaient être successivement occupés par tous les officiers du corps.

Une Ordonnance du 26 février 1777 attachait à chaque

fleura de ljs aux boutons, culotte blanche-, chapeau bordé de blanc. Outre le fusil et la baïonnette, ils portent les outils nécessaires au travail. Supprimés en 1719 et réorganisés en 1193, ils ont été fondus en l'an 11 dans les bataillons de sapeurs qui formèrent avec les min. tirs les premières troupes du génie. Napoléon qui rétablit les pionniers en 1806 en lit des compagnies de discipline.

1 Titre V. Art. 55.

2 Titre 111. Art. 3.

direction du génie deux ingénieurs-géographes'. En temps de paix ils concouraient, avec les officiers du génie, à l'exécution des travaux topographiques nécessaires au service du roi. En temps de guerre, détachés aux armées, ils étaient employés à dessiner les itinéraires, les terrains des camps et à relever les plans des diverses opérations 2.

Si les Ordonnances exigeaient du Corps-Royal du génie des connaissances si étendues et si variées, si elles hérissaient d'obstacles l'accès des plus humbles grades, c'est en vue du rôle considérable que lui réservait le ministre. Le comte de Saint-Germain ne parle du génie militaire qu'avec une profonde admiration. On y trouve, dit-il, toutes les lumières et tous les talents réunis au plus haut degré avec la plus scrupuleuse probité. Et il ajoute : « Si j'avais eu plus de crédit et de force, j'aurais prononcé le mot, et j'aurais assigné aux Ofriciers du génie, exclusivement à tous les autres, les fonctions des Etats-Majors des armées. Cet arrangement, si utile au service et le plus raisonnable, n'aurait pas ôté aux Généraux d'armée la liberté de choisir les sujets qui leur convenaient pour ces fonctions importantes, ils auraient seulement été astreints de les prendre dans le corps du génie et par là je parvenais à écarter, en cas de guerre, toutes les prétentions des gens de la Cour, si peu propres à des fonctions où l'instruction est nécessaire et où la valeur n'est pas la première ni la plus essentielle des qualités 3. »

11 parvint du moins à faire lever l'interdit ridicule qui écartait des états-majors ceux qui étaient le plus dignes d'y figurer : il fit insérer dans l'Ordonnance l'article

1 Etablis en 1096 sous le titre d'ingénieurs des camps et armées du roi, ils avaient été attachés en 1744 par le comte d'Argenson au Dépôt de la guerre.

- Art. 7 de l'Ordonnance du 26 février 1777.

s Mèm. de Saint-Germain, p. 48.

ET IBS RÉFORMES 185

suivant : « Pour donner au zèle des officiers du génie un nouvel encouragement et un nouveau ressort à leur émulation, S. M. veut déroger à l'art. 2d de l'Ordonnance du 10 mars 1759 ' et se réserve à l'avenir de pouvoir employer quelques officiers dudit corps dans les états-majors des armées. »

Le corps du génie a justifié ces éloges et ces espérances. Lorsque Carnot réorganisa les bureaux de la guerre, c'est parmi ses compagnons d'armes que l'ancien élève de Mézières, devenu membre du Comité de salut public, alla choisir ses collaborateurs. C'est avec les d'Arçon, les Marescot et quelques autres, rayés à temps de la liste des suspects, qu'il prépara ses plans de campagne et organisa la victoire '.

1 Art. 29, de l'Ord. du 10 mara 1759. « Aucun ingénieur ne pourra servir d'aide d.e camp à un général ni être employé dans l'état-major de l'armée. »

2 Mém. de Carnot, Paris, 1861, p. 42G-427.

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