‹ Le comte de Saint-Germain et ses réformes, 1775-1777; d'après les archives du Dépot de la guerreChapitre 25 sur 36 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

M. le comte de Saint-Germain a rendu publics à l'armée, à la Cour, à la ville sa lettre et son procédé avec le maréchal de Broglie. Une armée ne peut subsister sans secret, sans célérité et sans subordination. Le maréchal de Broglie n'est pas suffisant de vaincre par lui-même de pareils ennemis ayant un contradicteur de l'espèce de M. de Saint-Germain. Il peut remporter la victoire sur le prince Ferdinand, le Roi seul peut le délivrer de l'ennemi du secret, de la célérité, de la subordination. En pareil cas, chaque minute est précieuse. Un procès de cette espèce ne doit pas être indécis un seul moment. Sa Majesté a témoigné la confiance qu'elle a en son général en lui donnant la carte blanche ; mais cette carte blanche serait furieusement obscurcie par la tache dont le procédé inouï de M. le comte de Saint-Germain l'a noircie.

(1)D. G. 3557. N» il.

(3) Remis au Dauphin, à M"0 do Pompadour, à MM. de Choiseul et do Soubise.

l'USCKS JUSTIFICATIVES 291

Le salut de l'armée et de l'Ktat dépend de la seule décision de Sa Majesté. Le remède est aisé et facile. M. de Saint-Oermain a demandé son rappel, il nj a qu'à le rappeler. M. le maréchal de Broglie se passera fort aisément d'un homme aussi dangereux. Mais il no peut ni no doit remédier par luimême aux funestes inconvénients qui arriveront sûrement, si l'on balance un moment à renvoyer le courrier du maréchal de Broglie avec l'ordre positif de quitter sur le champ l'arméo et le commandement de sa Réserve. Tout palliatif ne vaut rien, et l'on revient trop tard au remède quand la maladie est devenue incurable ' .

Le maréchal de Bellc-Isle à l'abbé de Broglie.

12 juillet 1760.

J'ai reçu, M. l'abbé, la lettre dont vous m'avez honoré do ce matin au moment que j'étais obligé d'aller chercher le Roi pour la députation du Parlement. Après quoi, Conseil jusqu'à trois heures, et, après dîner, j'ai été travailler avec le Roi, d'où je ne fais que d'arriver, au moyen de quoi il m'a été impossible de pouvoir vous renvoyer plus promptemeut votre domestique.

J'ai lu avec attention le Mémoire qui y était joint. J'en ai parlé au Roi, j'ai eu aussi l'honneur de voir Monseigneur le Dauphin et ensuite les trois autres personnes à qui vous avez adressé le même Mémoire. Je ne puis mieux répondre à la confiance que vous me marquez qu'en vous envoyant copie des intentions de S. M. à qui, pour plus d'exactitude, je viens de lire à mon travail la minute de ma lettre à Monsieur votre neveu, et, comme S. M. l'a entièrement approuvée parce qu'elle est conforme aux ordres qu'elle m'avait donnés, je crois devoir vous dire avec la même franchise que vous feriez mal à tous égards d'écrire sur un ton différent à M. le maréchal de Broglie. Vous avez trop d'expérience pour ne pas approuver le parti pris et vous devez sentir que tout l'avantage en reviendra à M. le maréchal de Broglie, ainsi que pour le service du Roi. Je vous en dirais davantage si j'étais à portée de vous entretenir.

Je vous écris cette lettre à l'avance par votre domestique. Ja ne ferai partir le courrier de Monsieur votre neveu que sur les 11 heures, c'est-à-dire dans deux heures d'ici. Il passera chez vous. Vous aurez eu tout le temps d'écrire à M. le maréchal de Broglie et aussi que ce sera dans le même esprit que le Roi l'a jugé convenable. Je vous réitère encore une fois que M. votre neveu ne peut qu'y gagner de toutes les manières a.

Le maréchal de Belle-Isle au maréchal de Broglie.

11 juillet 1760.

J'ai été tout aussi surpris que vous pouvez l'avoir été d'une démarche

aussi extraordinaire et aussi déplacée. Je me suis contenté d'en informer S. M. en attendant que je reçusse de vos nouvelles à ce sujet. Je ne saurais assez louer la réponse que vous lui avez faite et le peu que vous m'en dites.

Je n'ai pas manqué de porter le tout au Roi ce matin après son lever et de

lui en faire la lecture, S. M. a également bl&mé et désapprouvé M. de Saint- Germain et donné des éloges à la sagesse de votre conduite. Elle vous laisse absolument le maître.

Si M. de Saint-Germain ne reconnaît pas son tort, comme il le doit, en vous priant d'oublier la démarche qu'un mouvement involontaire lui a fait faire, S. M. dis-je, vous laisse le maître, s'il persistait contre toute raison, sans réparer, comme il le doit, la démarche qu'il a faite, de lui donner un passeport pour revenir en France et de donner le commandement de cette Réserve à celui des lieutenants que vous jugeriez le plus convenable.

Le mérite militaire et les talents que la voix publique donne à M. de Saint- Germain me l'ont désirer qu'il puisse rentrer en lui-même et mériter par la conduite qu'il tiendra le retour de votre confiance. Je lui écris en conformité de ce que je vous mande et lui envoie ma lettre par un exprès pour réparer le retard que j'ai mis à lui faire réponse et qu'il reçoive en même temps que vous, M. le maréchal, ce que je lui mande des mécontentements de S. M., du seul parti qu'il a à prendre pour réparer sa faute auprès de vous et obtenir que vous vouliez bien le conserver ; sinon, qu'il prenne de vous un passeport pour s'en revenir.

A qui que ce soit que vous donniez le commandement de ce corps de Réserve dans le cas que M. de Saint-Germain revienne, je dois vous prévenir que vous feriez chose agréable au Roi de laisser subsister les officiers-généraux de l'état major tel qu'il avait été composé, autant que le bien du service et les circonstances actuelles n'exigeront pas le contraire. Car je ne puis assez vous répéter que le Roi, en vous confiant le commandement général de ses troupes en Allemagne, vous a laissé le maître d'en disposer comme vous le jugeriez le plus utile à la gloire de ses armes et au bien du service.

Je viens à présent à la marche de M. de Saint-Germain qui, suivant tous les détails contenus dans sa lettre et votre réponse, doit être présentement exécutée '. Vous jugez bien M. le maréchal, que nous allons attendre avec une grande impatience le succès de cette jonction si importante qui doit actuellement décider du reste de la campagne.

J'ai l'honneur, etc.

— Depuis ma lettre écrite je reçois une lettre de M. de Saint-Germain de Meschede, du 6, par laquelle je vois qu'il y était arrivé ledit jour, et qu'il comptait en partir le lendemain 7 pour Brilon. Ainsi je vois que jusque-là tout avait été exécuté comme vous l'aviez prescrit a,

Le comte de Saint -Germain au maréchal de Broglie.

VJasbeck, 14 juillet 1760.

Le hasard a fait tomber entre me» mains deux relations de l'affaire du

10, sorties de vos bureaux. La première qui est fort courte ne dit pas un mot de moi et je n'en suis nullement peiné; je souhaiterais seulement qu'elle rendit justice aux troupes qui ont combattu sous mes ordres.

La seconde est fort longue et fait mention de moi dans deux ou trois endroits dans un sens défavorable et présente un sens équivoque qui m'attribue des fautes. Comme ces relations doivent devenir publiques, il serait fâcheux pour moi que le public prit de mauvaises impressions sur mon compte. Vous êtes trop équitable, Monseigneur, pour laisser paraître un écrit qui me ferait soup-

(1) La bataille de Corbach était même gagnée depuis la veille. (S) D. G. C. 3556. N» lî».

PIH0B3 JUSTIFICATIVE 4 Wd

r (lavoir fait des faute» dont je ne ma sam pas coupable et jo crois pouvoir justilier ma conduite à tous égards I,

Le maréchal de BfOglie au comte de Saint- Germain.

Gorbach, 15 juillet 1700.

J'ai à répondre: 1<* <iu'i I est faux que ces bulletins soient sortis de mes

bureaux et que ceux qui l'ont avance seraient bien fàcbés qu'on les nommât publiquement parce qu'ils seraient couverts de l'ignominie d'avoir fabriqué une semblable fausseté. M. de Cornillou est l'auteur du premier de ces bulletins à ce qu'il m'a dit depuis qu'il a appris qu'il se faisait beaucoup de bruit votre Réserve. Sa probité est assez connue pour qu'on ne puisse lui imputer d'avoir eu, eu l'écrivant, d'antre intention que de faire un récit succinct à ses amis de ce qui s'est passé le 10, en attendant que je donnasse un détail plus étendu, et si quelqu'un avait sujet de s'en plaindre, ce serait moi de ce qu'il a été envoyé et sans avoir été montré et sans ma participation.

Pour ce qui est de la seconde relation, je ne l'ai pas vue et ainsi n'en puis parler!

11 en est une troisième quo je vous ai envoyée hier qui est celle que j'ai adressée à la Cour. Elle est dictée par la vérité et je crois que vous devez en être content ainsi que toutes les troupes.

Quoique le nombre des mauvais esprits soit beaucoup trop grand malheureusement, je crois pouvoir me répondre qu'on persuadera difficilement aux troupes que je n'ai pas euvie de faire valoir leurs actions et que je cherche à ôter à personne l'honneur qui lui appartient. Je désire que vous me connaissiez / pour en être aussi convaincu qu'elles. J'ai toujours pour témoin le ministre auquel j'envoie exactement notro correspondance qui suffira dans tous les temps pour prouver à tous ceux qui en auront connaissance mon estime pour vous et le désir que j'ai toujours eu et ai encore de vous la prouver et d'obtenir votre amitié.

Le comte de Saint-Germain au maréchal de Broglie .

15 juillet 1760.

Le bulletin que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser est celui que j'avais lu et sur lequel j'ai pris la liberté de vous faire hier des représentations.

Permettez-moi, Monseigneur, de vous les renouveler. Ce bulletin paraissant avoir été lait eu partie contre moi, je ne puis me taire surco qu'il contient de fâcheux et de désagréable à mon sujet sans manquer à ce que je dois à mon honneur, et, s'il devient public, je ne pourrai vous dispenser de vous demander et a la Cour la permission de me justifier publiquement.

Le maréchal de Broglie au comte de Saint -Germain.

Ce n'est pas sans quelque etonnemeut que je vois que c'est du bulletin

que je vous ai envoyé hier quo vous croyez avoir lieu de vous plaindre. Je viens

de le relire avec l'attention la plus scrupuleuse, et je n'ai pas -vu un mot qui blessât la vérité la plus exacte ni vous, Monsieur, qui put vous attaquer en aucune sorte de manière, qui ne vous rendît toute la justice que vous méritez. Si vous en pensez différemment, je ne m'oppose en aucune façon à tout ce que vous croirez devoir faire et écrire ' .

Le comte de Saint-Germain au maréchal de Broglie.

19 juillet 1760.

La façon obligeante avec laquelle vous avez bien voulu répondre à mes plaintes sur le bulletin qui donne la relation du combat du 10 de ce mois, et la permission que vous me donnez de chercher à détruire les impressions désavantageuses que ce bulletin a pu faire naître sur ma conduite me déterminent à vous prendre vous-même pour juge.

Je vous proteste, Monseigneur, que je n'ai pas le moindre doute sur la pureté de vos intentions. Le sens défavorable dans lequel peuvent être interprétés des endroits du bulletin ne s'est pas sans doute présenté à vous. C'est dans la plus parlaite confiance à cet égard que je réclame votre justice. Ce que j'espère, c'est que vous voudrez bien concourir à détruire dans l'esprit du public l'effet de ce sens fâcheux. Je ne veux ni faire mon panégyrique ni publier une justification, mais il m'est bien intéressant qu'on soit persuadé que j'ai lait tout ce que j'ai pu et que personne ne puisse avoir la moindre incertitude sur mon exactitude dans l'exécution de vos ordres. Le témoignage de toute la Réserve ne me suffirait pas, elle n'est pas le public.

Il parait par le bulletin, Monseigneur, que vous n'avez entrepris votre mouvement général que sur l'assurance que je vous avais donnée de l'arrivée de ma Réserve sur Corbach, le 9 juillet ; je n'y suis arrivé que le 10, et, le bulletin ne me justifiant point, il résulte que j'aurais été responsable de tous les malheurs que ce retard pouvait occasionner.

Je ne suis arrivé que le 10 et je ne suis arrivé qu'avec les seules brigades de La Tour du Pin et de la Couronne 1 Ce bulletin ne dit pas un mot de tous les obstacles que je n'ai pu vaincre et qui sont cause que je n'ai pu vous amener que ces deux brigades. On a vu combien auraient été nécessaires des forces considérables. Le public peut donc se croire bien fondé â penser que je vous ai trompé en n'arrivant que le 10 et en arrivant avec si peu de troupes.

Voilà, Monseigneur, les points sur lesquels on peut avoir au moins des doutes. Le bulletin, en exprimant les faits et en donnant les époques sans me disculper en aucune façon pour n'être arrivé que le 10 et n'avoir amené que deux brigades, me laisse chargé d'un tort bien grave puisque rien ne me justifie de n'être pas arrivé le 9 avec toute la Réserve .

Vous ne devez pas ignorer les efforts incroyables qu'il m'a fallu faire pour vous amener le 10, à la pointe du 'jour, les deux seules brigades de la Tour du Pin et de la Couronne, et pour faire marcher la cavalerie le même jour, depuis 9 heures du matin jusqu'à midi. Vous pouvez savoir que de Meschede à Corbach j'ai toujours marché jour et nuit, que je n'ai donné aux troupes que le temps qu'il leur fallait pour arriver et pour manger, que je n'ai fait rétrograder à Meschede les campements qui, partis le 7, étaient déjà à deux lieues du camp et les troupes en étant déjà éloignées d'une demi-lieue et que je n'y ai séjourné ce jour-là que parce que, sur les nouvelles qui m'en ont été données par différentes personnes et entre autres parle commandant que j'avais laissé à Arensborg, je pouvais avoir les plus vives inquiétudes pour ce poste et pour

(1) D. G. C. 3557. N» 170 et 171.

PUSOBS II4B1 Il ICATIVKS

noa convois qui j arrivaient ce mime jour 7: que 1 il

la brigade <!<• Touraine pour le protéger et de rester à M

tenir parce, que ai M. de Sporken 3 fut marché comme le bruit en ooura tl

les apparencea y étaient, c l aurait été de

mettre bae lea armes, faute de mitions de guerre.

Loraqne j'ai eu l'honneur '1 1er que je pou»aia arriver le 9 . Cor

bach, je n'ai pu calculer qued'apréa monsèle el la distance. Mai- la difficulté des chemina et lea obstacles de la pari da l'ennemi pouvaient, aana qu'il j sut de ma faute, déranger mon projet de marche, comme ils l'ont d eu me faisant perdre un jour k Meschede,

urrais voua rappeler, M lana la lettre que

ait l'honneur de m'écrire le 7 juillet, à 9 henrea du soir, voua m'ordonnez de me porter à Corhach le 9, si je le peux, el le 10 au plus tard; I i du

S juillet, à "> heures du soir, vous m'ordonnei 10 à

Corbacsh avec le plus de troupes qu'il me aéra possible, en me fa la 9 par un régiment de1 troupes légères. Celui dos i

arrivé i Corbach ainsi que vous l'aviez désiré. Pétai a à la porte de c«ltë ville le 10 avant 5 heures du matin a1 brigades d'iniànterie. Toute la i

lerie de la Réserve est arrivée entre 9 heures el midi,

Je vous avais envoyé dans la nuil du 9 au 10 M. le chevalier de Sarsfleld pour recevoir vos ordres. Je ne voua ai pas amené plua d'i j'ai été obligé de laiaser lea briga les de Bourboonaia et de K ■■ u1 la

protection do l'artillerie, lea oha • accablés de fat uvant

pas en trouver dans le paya pour y suppléer.

L'ennemi me côtoyait, je ne pouvais pas abandonner l'artillerie sans une très grosse escorte, i.a bri rouraioe, retournée i Arc,

de l'escorte d'un convoi précieux, était hors de portée.

J'ai donc rempli autant qu'il a été en moi tout ce que mon devoir el vos ordres exigeaient, et j'ose dire que vous m'en levez l'aveu, Il ne se trouve pas dans le bulletin. Quelque favprabta que puisse être pour mol votre sentiment, intérieur, il ne serait pas suffisant pour ma justification, tant que le public en pourra douter.

Réponse du maréchal de Broglie.

10 i »i iln 1700.

Je viens de recevoir, Monsieur, la lettre que vous m'avez, fait l'honueur do m'écrire aujourd'hui qui contient les choses qui vous ont blessé dans le bul» letin qui rend compte de l'affaire ich..

Je ne puis que vous répéter que j'ai eu la plus grande attention de n'y mettre que la vérité exacte et que mon intention n'a été en aui a d'y

rien dire qui vous lui désagréable. Je puis même aj r que, bien loin qu'il

ait donné sur votre conduite quelque nuage au public, tous ceux qui ont su que vous vous eu plaignes, c'est-à-dire à peu près toute l'armée, oal eu peine à s'imaginer de quels articles vous vouliez parler.

si cependant ce bulletin était à re aire, je me prêterais voloot délicatesse, mais, étant public depuis plusieurs jours, il n'est pas possible que j'y change rien. Cela sérail même très inutile, puisqu'il est imprimé dans plusieurs gazettes: Si j'avais pu prévoir que vous 3111 qu'il lût conçu autrement, je voua l'aurais montra ai er a

Paris.

Le maréchal de Broglie au comte de Saint-Germain.

19 juillet, 8 h. du soir.

M. le maréchal de Belle-Isle m'a mandé, Monsieur, par sa lettre du 11, qu'il tous dépêchait un courrier qui arriverait avec le mien pour vous faire connaître les intentions du Roi, conséquemment à la conduite que vous avez tenue vis-à-vis de moi et à celle que S. M. vous prescrivait pour la réparer. J'ai attendu quatre jours pour vous donner le temps de faire vos réflexions à-dessus et je désirais avec l'empressement le plus grand et le plus sincère que, revenu de l'humeur qui vous avait dicté la première démarche, vous voulussiez me mettre dans le cas d'espérer qu'il n'en serait plus question, et recommencer avec vous le commerce de confiance que j'ai toujours eu pour objet d'établir avec vous.

Mais, ayant pris le parti de renvoyer le courrier à M. le maréchal de Belle- Isle sans m'avoir parlé et les lettres que j'ai reçues de vous depuis étant pleines du même esprit qui avait dicté les premières, je me vois obligé, bien malgré moi, d'user de la permission que le Roi me donne en vous envoyant un passeport pour retourner en France. Je confie à M. le chevalier de Muy le commandement de la Réserve qui était à vos ordres et il sera rendu demain à la pointe du jour pour le prendre.

Rien ne pouvait me peiner davantage que d'être réduit à une pareille démarche, et je ne m'y serais jamais résolu sans la nécessité absolue dont elle est pour le service de S. M. J'ai la consolation d'avoir fait tout ce qui a été en moi pour la prévenir et vous donner le temps de l'éviter. C'est une justice que vous ne pouvez vous-même vous dispenser de me rendre.

Réponse du comte de Saint-Germain.

Canstein, 19 juillet.

Monseigneur,

Je recois les ordres que vous m'envoyez de retourner en France «t le pasleport que vous y joignez à cet effet. Je partirai demain dès que M. le chevalier de Muy sera arrivé. Je suis, etc.

Le maréchal de Broglie au Roi.

Sire,

Corbach, 20 juillet.

La nécessité où je me suis trouvé de donner un passeport à M. de Saint Germain pour retourner en France est un événement d'une espèce si nouvelle que j'espère que V. M, ne désapprouvera pas que je m'adresse à elle-même pour en rendre compte.

Elle a été informée par M. le maréchal de Belle-Isle de la correspondance que j'ai eue avec M. de Saint-Germain depuis qu'il a plu à V. M. de lui

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confier le commandemoui de la Réserve de gauche. Elle a vu ma lettre du

28 juin, Mlle qu'il m l« juillet, ainsi que la réponse que j'y ai

el M. le maréohal de Bell lande dans sa lettre du 11 que ma conduite

avait - neriter l'approbation de mon maître.

Toutes les entrevues que j'ai eues depuis avec lf.de Saint-Germain ont été publiques. Je n'ai rien négligé pour lui témoigner les e nant-

irai estimé et propres a lui faire perdre les idée* qu'il p avoir

nés de rua façon de penser sur son compte, et, le soir de l'action de Cori, j'allai le voir à son poste, et, m'ayaht fait son compliment sur le succès de la journée, je lui répondis tout haut.et entendu d'un grand nom-

bre d'officiers-généraux el autres qui m'accompagnaient, que ce que je trouvais de plus agréable p iut moi, après le service ite V. M. dans une action i importante et aussi heureuse, était de la lui devoir en grand Tous

les autres propos que je lui ai tenus depuis ont été dans le même goût, et, s'il était besoin de témoins, je n'en manquerai pas qui ne pourraient être récusés. Mon courrier me rapporte le 16 à 9 heures du matin la lettre de M. le maréchal de lielle-Islo du 11. Elle est digne d'un ministre qui sein la néce de la subordination et combien il est indispensable que les chefs des corps tvec leur général dans l'union et l'harmonie la plus parfaite. Je lis passer sur le champ a M. de Saint-Germain le courrier de M. le maréchal île lielle Isle qui avait acci le mien. 11 a du le recevoir le même jour,

16, avant midi. La façon dont M. le maréchal me mandait lui écrire sur la conduite que V. II. lui prescrivait et le temps qui s'était écoulé depuis la demande qu'il avait laite de son rappel me faisahv.t espérer que, revenu de l'humeur qui la lui avait dictée, il se conformerait aux intentions de V. M. et je puis l'assurer avec vérité que je le désirais bien sincèrement.

J'appris le 11 parle courrier de M, le maréchal, qui vint demander chez moi un ordre à M. Uayot poui i chevaux, que M. de Saint-tîennain le

renvoyait a. la Cour. Je reçus dillérenles lettres île lui dont j'ai envoyé copie* à M, le maréchal de lielle-lsle ou que je lui adresse aujourd'hui et dont V. M. i, el j'attendis jusqu'à hier, 19, à 8 heures du soir, espérant que quatre jours de réflexion le feraient rentrer en lui-même, pas

entendu parler de lui, je me déterminai à me conformer à la lettre de If, le maréchal de lielle Isle et à lui écrire celle dont V. M. trouvera copie ci-jointe, l la faisant partir, je prévins M. Oayot que, s'il faisait la moindre démarche pour m'engager à changer l'ordre que je lui donnais, je le ferais sur le champ avec le plaisir le plus grand. Je joins ici la copie do sa réponse et j'ai appris ce matin qu'il était parti à M heures sans attendre M. de Muy.

Jamais démarche ne m'a tant Coûté, st, si le service du Roi n'y avait pas aussi intéressé, je ne m unis déterminé. Mais les ci lient

venues à ce point, je ne pouvais tirer aucun parti de cette nt qu'elle

erait commandée par If, de Saint Germain, et. le moment de s'en servir et d'opérer pouvant être prochain, il était impossible que j'att lus long-

temps.

Pour le succès de quelque opération que ce soit, il faut que le i puisse compter sur le secret dé ceux auxquels il est obligé de les confier et sur l'intérêt et le zèle avec lequel ils se porteront a faire réussir le* parties dont ils sont chargés ; si une de ces deux choses manque, les entreprises les mieux concertées doivent nécessairement échouer et on ne doit s'attendre qu'à des échecs.

Voila, Sire, ce que j'ai cru de mou devoir le plus indispensable de pi et je désire d'être assez connu de V. M. pour qu'elle veuille bien en idée.

(Suivent les arrangements nouveaux pris par le Maréchal pour ie commandement des divers corps de ta Réserre.)

298 DECES JUSTIFICATIVES

M. Doreil, commissaire des guerres, au maréchal de Beile-Tsle .

Canstein, 5 heures du soir, 20 juillet.

MONSEIGNEI R.

La douleur dans le coeur et la larme à l'œil, je prends la plume pour vous rendre compte de l'événement du jour. J'ai été frappé ce matin d'un coup de foudre. Je quittai hier soir à 11 heures M. le comte de Saint-Germain. Il avait reçu une lettre • de M. le maréchal de Broglie qui n'annonçait rien de fâcheux, au contraire. C'était une espèce de satisfaction sur les plaintes que M. de Saint-Germain avaient faites par rapport au bulletin de l'affaire du 10. Troie quarts d'heure après, arrive un aide-de-camp avec un paquet dont M. de Saint-Germain lut le contenu avec sa tranquillité ordinaire. Je crus néanmoins m'apercevoir de quelque altération sur sot visage et j'attendis d'être seul avec lui pour en savoir la cause. Mais, un moment après, il nous dit qu'il allait se coucher. A 5 heures du matin, on est venu m'apprendre la cruelle nouvelle de son départ en me communiquant une lettre dans laquelle il faisait mention de moi.

Elle m'a appris que M. le Maréchal lui à envoyé un ordre de rentrer en France après avoir remis le commandement à M. de Muy. Par le seul motil d'éviter l'éclat, M. de Saint-Germain est monté à cheval à 2 heures du matin avec un seul domestique. Un de ses aides-de-camp l'a trouvé sur le chemin de. Corbach où il attendait M. de Muy. Celui-ci n'étant pas encore arrivé à 8 heures, M. de Saint-Germain est parti et a pris la route de Dusseldorll où l'on m'a dit qu'il comptait attendre vos ordres.

Je ne puis vous exprimer, Monseigneur, jusqu'à quel point la consternation est générale. Elle a passé dans l'instant au camp ; le soldat est pénétré, mut mure, et je crois que si, par malheur, l'ennemi nous attaquait à présent, i! aurait bon marché de nous. Il est 4 heures et M. le chevalier de Muy n'est pas encore arrivé et l'on dit que M. le Maréchal doit venir lui-même pour l'installer.

Lorsque j'ai eu l'honneur de vous écrire ma lettre, je ne m'attendais pas a cet événement. Je vous ai mandé les dispositions de M. de Saint-Germain et les promesses qu'il m'avait faites. La réponse que vous avez reçue de lui en est une confirmation à moins qu'il n'ait ajouté quelque chose à sa lettre à mon insu. Je croyais de bonne foi tout le passé oublié et j'étais presque tranquille pour l'avenir. Mais je vois à présent que j'ai été trompé sur un poiut principal.

Je pense, Monseigneur, que vous exigiez une démarche de ce général auprès de M. le maréchal de Broglie qu'il n'a pas voulu faire. M. de Saint-Germain m'a montré la lettre de M. de Crémille, une de son ami M. Duverney, mais il ne m'a pas montré la vôtre quoiqu'il m'eût dit au premier moment qu'il le ferait. Je présume à présent que le Roi a exigé qu'il fit des excuses à M. le Maréchal et qu'il a voulu me laisser ignorer cette condition pour éviter des sollicitations pressantes que je n'aurais pas manqué de lui faire jusquà l'iniportunité.

Quoi qu'il en soit, Monseigneur, je trahirais mon attachement pour vous et ma fidélité pour le service du Roi si je m'abstenais de vous dire naturellement qu'il ne pouvait pas arriver un plus grand malheur dans la circonstance présente et qu'il est fort à craindre que le prince Ferdinand ne sache eu proliter bientôt. Vous ne pouvez jamais vous imaginer, Monseigneur, jusqu'à quel point étaient la confiance et l'amour des officiers et des troupes pour M. de Saint-Germaiu et combien il mérite ces sentiments.

(1) Celle que noue publions plusti.nit, n" lii.

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Avec les plus granits tilleuls d'un général, doux, humain, poli, prévenant, probité, ilroiture, toujours égal, la téta la plua froide que j'ai jamais vue et aussi Iroi.le au combat que dan» son cabinet, il avait tontes Im vertus. Cala augmenta les regrets al donne tout à craindre qu'il ne puisfce être remplacé. Pour moi, j'en suis pénétré jusqu'à l'Ame.

Nous sommas dans la plus mauvaise position ei celle du prince Ferdinand est inexpugnable. Nous ne pouvons, pour sauver l'armée du Roi, que rétrograder, .le n'ai pas l'honneur d'être militaire et j'ose néanmoins vous dire ceci de mon chef : je souhaite, Monseigneur, plus que je ne l'espère que l'éven. ■meut ne justifie pas mon opinion. L'on s* repentira' tôt ou tard d'avoir marché et île nous avoir t'ait marcher à tiro-d aile. Dieu veuille que je me trompe ' '■

M. le chevalier île Muy vient d'arriver avec un aide— de camp du maréchal charge de remettre des ordres à MM.de Voyer, Castrtes et du Lue. lieutenantsgénéraùx. J'en ignore le contenu, mais je crains. J'aurai l'honneur de vous en rendre compte par le courrier de demain. Je suis inquiet du sort de mes lettres jusqu'à vous, Monseigneur. S'il y avait à craindre qu'elles fussent ouvertes au secret à Paris, je vous supplie de vouloir bien me le marquer en réponse, Avec un peu plus de certitude, j'écrirais plus librement et vous seriez mieux informé. Je suis, etc.

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