‹ Le comte de Saint-Germain et ses réformes, 1775-1777; d'après les archives du Dépot de la guerreChapitre 26 sur 36 · I.e comte de Saint-Germain au maréchal de Helle-Isle · texte numérisé non relu

I.e comte de Saint-Germain au maréchal de Helle-Isle

Canstein, 10 juillet, 9 heures du soir. Monseigneur,

Je reçois dans le moment un ordre de M. le maréchal de Broglie de retourner en France. Dès que M. le chevalier de Muv qui vient prendre le commandement de cette réserve sera arrivé, je partirai pour me rendre à Dusseldorff où j'ai laissé ma femme et où j'attendrai les ordres qu'il vous plaira de m'envoyer.

C'est un bien pour le service du Koi que je quitte cette armée.

C'en serait un grand pour moi si vous me procuriez la permission de quitter le service et de me retirer où je voudrais. Il n'est pas donné à l'humanité d% supporter tous les désagréments que j'essuie depuis quatre aus sans qu'on ait rien ;\ me reprocher.

Le mène au même.

De Ihiit;. prit Cologne, 25 juillet.

Je suis arrivé ici aujourd'hui à 10 heures du matin d'où j'irai établir mon équipage à Neuss et je me rendrai ensuite à Aix-la-Chapelle pour y attendre vos ordres et y prendre les eaux. J'ai l'honneur de vous envoyer copie de la lettre que j'ai reçue de M. le maréchal de Broglie avant mon départ de l'armée d'après laquelle il ne devrait pas dire publiquement, comme il l'a fait, oueo'eel malgré lui que je suis parti, qu'il a l'ait tout ca qu'il lui a été possible pour empêcher ma retraite et qu'il n'y a aucune part.

Il se plaint que les lettres qu'il a reçues de moi depuis l'arrivée de votre courrier sont pleines du même esprit qui aurait dicte les premières, .le le prie de montrer nies lettres, mais en original, et je ne crains pas qu'elles voient ia lumière.

(1) La du'iite de Warbourj est venu'j cjuUrmer quelques jours plus tard ces pi hnentSi

Je ne lui ai jamais manqué de respect, je n'ai pas manqué à la subordination. Je n'ai rien oublié pour exécuter ponctuellement ses ordres et quelles peines n'ai-je pas eu pour les concilier ! J'ai servi le Roi le mieux -qu'il m'a été possible, et, s'il ne m'a pas rendu là-dessus la justice que je mérite, l'armée Bl là public me la rendront.

Quels sont donc mes torts? Je n'ai pu soutenir l'amertume continuelle de ses lettres et j'ai été convaincu qu'il ne cherchait qu'à me perdre. Et sur cela, prévoyant que le service du Roi en souffrirait, j'ai demandé mon rappel, et, par honnêteté et. par esprit de subordination, je lui ai fait part de ma demande.

Vous avez condamné, Monseigneur, cette dernière démarche et je me serais soumis volontiers pour le bien du service du Roi à toutes celles que M. le maréchal de Broglie avait demandées de moi, et même aux humiliations qu'il aurait exigées, si je n'eusse été certain que tout cela eut été inutile auprès de lui et que son esprit prévenu ne revient jamais. Il m'en voulait, il eii voulait à la Réserve; il était bien déterminé à la dissoudre et je n'aurais retiré de ce que j'aurais fait que la honte de m'être chargé de tous les torts que je n'avais pas.

Je vous prie, Monseigneur, de vouloir bien suspendre votre jugement sur cette affaire pendant trois semaines, et je ne doute pas que, sans dire un mot, je ne sois pleinement justifié. Si M. le maréchal de Broglie avait eu pour moi l'estime qu'il affecte dans deux ou trois de ses lettres, aurait-il cherché à me noircir et à m'accabler dans un bulletin qu'il rend public? Heureusement, il n'y a pas un mot de vrai dans ce bulletin, cela est connu, ainsi il ne peut me porter préjudice.

Je serais au désespoir d'avoir déplu au Roi et à vous, Monseigneur. Je n'ai pas de désir plus vif dans le cœur que celui de bien servir S. M. et de vous plaire, et ce n'est pas de ma faute si je n'ai pas rempli ces deux objets.

J'espère que vous ne trouverez pas mauvais que je demande du fourrage dans les magasins du Roi pour la nourriture de mes chevaux. J'attends vos ordres pour vendre ou conserver mon équipage.

Je suis, etc.

Le maréchal de Broglie au maréchal de Belle-Isle.

28 Juillet 1760.

J'ai lu avec attention la lettre du 22 dont vous m'honorez concernant M. de Saint-Germain. Je dois vous avouer qu'elle m'a un peu étonné. J'ignore de qui vous tenez les obstacles qu'il a trouvés pour exécuter les ordres que je lui donnais de me joindre. Je ne me suis pas plaint de la lenteur qu'il y a mise et des deux jours de séjour qu'il a fait à Meschede après m'avojr mandé qu'il serait à Corbach et avoir par là nécessité mon départ de Neustadt, mon mouvement devant être combiné pour y arriver en même temps que lui. Je vous ai envoyé ces lettres et les miennes par lesquelles vous aurez pu voir si les raisons qu'il donnait de son séjour pouvaient militer contre l'importance de faire notre jonction. Je ne crois pas qu'il j ait personne qui le puisse penser.

Quant à l'envie bien décidée que vous me marquez qu'il avait de seconder mes projets et d'exécuter mes ordres, il a prouvé par ses lettres et sa conduite combien elle était sincère.

Après l'approbation que vous avez donnée à ma conduite et à mes lettres par la vôtre du 11 de ce mois, je n'avais pas lieu de m'attendre à être exhorté àavoir de petites attentions journalières et je devais vous croire convaincu que je les avais épuisées toutes. Comme c'était pour le bien du service du Roi, elles ne me coûtaient rien et j'en aurais redoublé s'il ne m'avait pas nécessité

par la même raison du bien du service de S. M. à me conformer à la conduit* que vous m'avez prescrite de sa part, si M. de Saint-Germain ne réparait pas> comme il lo devait, celle qu'il avait eue vis à vis de moi.

Dans l'assomblée que j'ai faite do MM. les lieutenants-généraux pour entendre la lecture de toutes les lettres de M. de Saint-Germain et da mes réponses, j'ai la satisfaction de voir que, quoique jo ne puisse me flatter qu'ils soient tous de mes amis, il n'y en a pas eu un seul qui n'ait été également étonné de l'irrégularité de la conduite et du style de M. de Saint-Germain et de la sagesse et de l'honnêteté du mien, et j'ose toujours croire que S. M. veut bien penser do même.

Je suis, etc.

Le maréchal de Belle-Isle au maréchal de Broglie.

Versailles, 31 juillet 1760.

(.-lu sujet de la lettre au Roi.)

Ce n'est qu'hier au soir M. le Maréchal, que le Roi m'a donné ses ordres pour vous répondre à la lettre que vous lui avez écrite du 20, principalement sur la nécessite où vous exposez que vous vous êtes trouvé de donner un passeport à M. de Saint-Germain pour quitter l'armée et revenir en France.

Il est vrai que la lettre que M. le comte de Saint-Germain vous a écrite le 1" juillet a été généralement désapprouvée et que S. M. a donné des éloges à la sagesse de votre réponse. Il est encore vrai que, par celle que j'ai eu l'honneur de vous écrire du 11, je vous ai mandé que, si M. le comte de Saiut- Germain ne réparait pas ce premier manquement, le Roi vous laissait le maître de lui donner un passeport et que M. de Saint-Germain ne s'étant pas conformé à ce que je lui avais mandé par le courrier que je lui ai dépêché le 11, vous avez été certainement bien autorisé à en user comme vous avez lait. Le Roi ne désapprouve dono pas le parti que vous avez pris. Mais je ne dois pas vous dissimuler que vous vous seriez fait un honneur inflm en oubliant ce qui s'était passé surtout après la journée du 10 de co mois où vous avez dit publiquement vous-même à M. de Saint-Germain que ce que vous trouviez le plui agréable pour vous était do lui en devoir le succès en grande partie.

Cet acte de générosité de votre part eut mis tout le monde contre M. d» Saint-Germain, s'il n'y avait pas répondu comme il le devait, et je crois bien •avoir qu'il était dans la ferme résolution d'achever toute la oampagne et mettre en œuvre, pendant sou cours, tout ce qu'il a de talents pour faire réussir ce dont vous l'eussiez chargé. Ce qui est d'autant plus vraisemblable qu'indépendamment de son devoir, son honneur et sa réputation y étaient indivisiblement intéressés. La manière dont vous vous exprimez sur la plus grande partie des olficiers-généraux de votre armée était une raison bien décisive pour conserver celui-là qui, comme vous ne pouvez pas l'ignorer, a l'estime générale des troupes et s'était attiré la confiance de toute la Réserve.

Je conviens, comme vous le dites, qu'il faut que le général puisse compter sur le secret de ceux auxquels il est obligé de confier ses opérations, de même sur l'intérêt et le zèle avec lequel ils se porteront à faire réussir les parties dont ils sont chargés.

M. le comte de Saint-Germain, à ce que j'entends dire à tous ceux qui le connaissent le plus particulièrement, est, par son caractère, l'homme le plus secret et le plus silencieux, et personne n'a jamais su dans sa Réserve ce qu'il devait faire qu'au moment de l'exécution*

Quant à la seconde partie qui est celle de la rapidité de» opérations dont il »'«•! chargé, son intérêt, son honneur et sa réputation, comme je l'ai dit ci-dessus, sont si étroitement liés ensemble que l'on ne peut raisonnablement soupçonner

quelqu'un qui, jusqu'à préseut, n'a pas passé pour un étourdi, de tomber dans un égarement aussi criminel, et, à en juger par ce qui s'est passé depuis le commencement de la campagne, vous trouverez que, dans la contrariété forcée des ordres qua vous avez été ooligé de lui donner, il a apporte tout le zèle et tous les moyens praticables pour les exécuter et tout autre n'y serait vraisemblablement pas parvenu. 11 résulte de tout cela qu'il est extrêmement fâcheux d'avoir un aussi bon instrument de moins dans votre armée.

Après cette dissertation que votre leître au Roi a exigé de faire, la conclusion est. que S. M. vous ayant confié le commandement général des troupes en Allemagne, elle a pensé qu'il ne fallait pas vous gêner et m'a chargé de nouveau de vous dire qu'elle vous laisse le maître

1 .'.' duc de Choiscul au Président Ogior, ambassadeur de France

en Danemark '.

Va sailles, ÏH jaAvier rï61.

M. le comte de Saint-Germain, lieuteuaut-géuéral des armées du Roi, vient de quitter le service de S. M. sans qu'elle lui en ait accordé la permission et a renvoyé les brevets et le cordon rouge dont elle avait bien voulu l'honorer. S'il faut eu croire les nouvelles publiques, cet officier doit entrer au service du Danemark. Mais le Roi ne peut ajouter aucune foi a un bruit dont la vérité ne s'accorderait ni avec les procédés et les égards que se doivent les souverains réciproquement, ni avec l'amitié qui subsiste entre les deux Cours.

D'ailleurs, M. de Saint-Germain s'eet mis dans le cas d'ètfe réclamé par le Roi comme sujet et déserteur de ses troupes. Je ne crois pas que S. M. Danoise voulut s'attacher un officier capable ds manquer aussi essentiellement que M. de Saint-Germain l'a fait au respect, à la soumission, à la reconnaissance et à l'attachement qu'il doit à S. M. C'est dans cet esprit, Monsieur, que voua devez vous expliquer avec M. de Bernstorff sur le sujet dont il s'agit en le priant de vous dire s'il y a quelque fondement à ce que l'on affecte de répandre a cet égard

Le Président Osçier au duc de Choiseul 2.

Copenhague, 27 janvier 17(51 .

M. de Bernstorff m'a paru surpris de ce que je lui ai donné à connaître

des circonstance! de la retraite de M. de Saint-Germain du service du Roi. Il m'a assuré qu'il était absolument faux qu'il dut entrer au service de S. M. Danoise, que rien n'était fait ni arrange; que le roi de Danemark, très jaloux de remplir les devoirs réciproques des souverains et de ne rien faire de contraire à l'amitié qui subsiste entre les deux Cours ne prendrait pas à son service un officier attaché au service du Roi qui n'en aurait pas la permission expresse, qu'à la vérité si, par des raisons que l'on ignore, M. le comte de, Saint-Germain avait quitté le service du Roi avec sa premission expresse dans la disette où l'on est ici de généraux, on croirait faire une bonne acquisition et que l'on croirait même être plus agréable au Roi qu'il entrât au service de cette Cour alliée et amie du Roi que de lui voir prendre des engagements avec les ennemis de S. M.

(1) Aff. Etr. Danemark, v. 146.

J'IKCES JUSTIFICATIVE '.iO'.i

Le Président Ogier au duc de Clioiseul '.

Copenhague, 10 mars 1761,

M. île Bernstorff nia l'ait part par ordre du roi de Danemark du compte qu'il a rendu à ce prince de ce que je lui ai cunuii uiii<ju é îles internions du Roi relativement à M. le comte de Saint-Un main et de la permission quo vous présume/, que S. M. voudrait bien accorder à cet officier de passer au servie. • de eette Cour-ci pourvu qu'il se rendit pieliminairemeut en France et qu'ensuite il demandât au Roi la permission île se retirer de sou service. 11. le baron de Bernstorff m'a témoigné toute la reconnaissance et la satisfaction de S. M. danoise de ces dispositions favorables du Roi. Il m'a seulement observé que U rigueur de la saison, la difficulté des chemins et leur peu de sûreté pour un officier qui est encore au service du Roi, n'ayant pas encore obtenu son congé, portent le roi de Danemark à demander la permission au Roi de vouloir bien dispenser le comte de Sainl-Oermain de ce voyage embarrassant et pénible, reconnaissant d'ailleurs combien le Roi est fondé de l'exiger, et il m'a ajouté au surplus que, pour le peu que le Roi et son ministère y insistassent et ne iugeâssent pas a propos d'en dispenser M. de Saint-Germain, S. M. dauoise n'insisterait pas dans une demande qui paraîtrait être importune et hors de place.

Telle est, Monsieur, la nature de la représentation et de la demande que l'on m'a faite de la part du roi de Danemark et en son nom d'>nt je n'ai pu me dispenser de vous rendre compte.

Le duc de Choiseul au Président Ogier.

Versailles, 28 mars 1761.

.... Le Roi veut bien, Monsieur, par considération et par amitié pour S. M. danoise dispenser M. de Saint-Germain de venir en France pour solliciter luimême la permission d'entrer au service de «e prince. Mais S. M. compte que le roi de Danemark lui écrira pour lui demander son agrément qu'elle accorde très volontiers, au moyen de quoi cette affaire sera terminée à la satisfaction réciproque des deux Cours

Le roi de Danemark au roi de France.

Jagersbourg, 10 avril 1761.

MoNSIliUll MON FUKKB,

Je suis si habitué à tout espérer de l'amitié de Votre Majesté pour moi que je n'hésite pas de lui demander M. de Saint-Germain, lieutenant-général de ses armées, pour le mettre à la tète des miennes. J'aimerais à le tenir d'elle et je regarderais ce présent comme une nouvelle obligation que j'aurai à Votre Majesté et que j'ajouterai à toutes celles que je lui ai déjà et que je n'oublierai jamais.

Je suis, Monsieur mon frère, de Votre Majesté,

Bon frère,

Frkukric.

(1) Aff. Etr. Danemark, v. H6.

Le roi de France au roi de Danemark * . Monsieur mon Frère,

Je profiterai toujours avec plaisir des occasions de donner à V. M. dei preuves de ma sincère amitié et de l'intérêt que je prends à tout ce qui peut lui être agréable. C'est par ce motif que je consens que M. le comte de Saint- Germain quitte mon service militaire pour passer à celui de V. M. Je donne même d'autant plus volontiers mon agrément à cette destination que je suis dans la ferme confiance que cet officier-général, en commandant les armées de V. M., ne se trouvera jamais dans le cas <le manquer aux devoirs essentiels de sa naissance et à sa qualité de mon sujet.

Je suis, avec les sentiments les plus distingués, de Votre Majestéj

Bon frère,

Louis.

Le duc de Choiseul à M. le comte de Saint-Germain 2, feld-maréchal des armées danoises,

Versailles, 1" noiït 1766.

J'ai lu au Roi, Monsieur, les deux lettres dont vous m'avez honoré. S. M. m'a chargé de vous mander qu'elle acceptait avec sa bonté ordinaire vos excuses, qu'elle était fâchée que vous vous fussiez mis dans le cas de lui en faire sur des soupçons qui n'ont jamais existé que dans l'imagination de gens qui vous conseillaient mal ou d'après leurs préventions.

Le Roi s'est rappelé, Mon»ieur, vos talents et vos services, mais S. M. a pensé qu'il serait contraire au bon ordre et au bon exemple de vous faire espérer qu'elle vous emploiera jamais à son service.

Eile compte cependant qu'elle n'aura pas à vous faire des reproches qui répugnent à tout bon français. Quant à moi, Monsieur, qui ai peu l'honneur d'être connu de vous et qui n'ai eu aucune part à ce qui vous est arrivé, je pense que vous devez être satisfait de la bonté avec laquelle le Roi vous pardonne, et plus affligé qu'étonné que S. M. ne veuille plus vous employer à son service.

M. de Blosset au duc de Choiseul 3.

Copenhague, 24 novembre 1767.

L'hiver me paraît être le temps marqué en Danemark pour les orages. Le naufrage de M. de Danneskyold a ouvert la scène. Un honnête Suisse, M. île Reverdil, qui avait l'amitié et la confiance du jeune roi, et qui, sous le titre de secrétaire du cabinet, jouissait d'un assez grand crédit, est renvoyé dans

(!) Aff. Etc. Danemark.

(2) Aff. Etr. Danemark, v. 15Î.

(3) Aff. Etr. Danemark, v. 153: — M. de Blosset avait remplacé on Danemark le président Ogier. '

ih , ,i M. I n nnte de Saint-Germain vientd'ètre déplacé pourlnsecondofois. La chute des deux derniers est l'ouvrage de la cour de Saint-Pétersbourg, le» ministn s russes ne les trouTant pas favorablement disposés pour eux et redoutant leurs conseils et leur faveur auprès du souverain, avaient résolu depuis longtemps de tel perdre. Ils les ont d'abord attaqué! saurdement, mais, voyant (pie leurs dé) étalant inutiles, qu'il* n'an retiraient d'autre

fruit que de le» aigrir ou de le» porter à agir contre eux el leuri protégés, MM. de Bernstorff, de Reventlaw et de Rosenkrao», ils ont em]>loyé leur grand moyen, o'e»t-à-dire l'échange du Holstein. Le courrier qu'ils attendaient de Moscou, et dont j'ai eu l'honneur de vous annoncer l'arrivée par ma dernière lettre, leur a apporté les plu» amples pouvoir» à cet égard,

V.a conséquence, M. de Philosophoff a demandé une audience au roi de Danemark dans laquelle il lui a déclaré qu'il avait reçu l'ordre de l'Impératrice de conclure le traité d'échange, mais qu'avant de le signer sa souveraine exigeait le renvoi du sieur Reverdi! et le déplacement du feld-maréchal, deux homme» qu'elle regardait comme conti-aires à l'union établie entre los deux Cour».

Le jeune prince, après une longue résistance, a consenti à éloigner le premier, mais n'a jamais voulu promettre le sacrifice du second. Il a tenu ferme pendant quatre jours contre les persécutions des Russes et les intrigues de leurs partisans. Mais M. de Saldern, naturellement violent, irrité par l'opposition qu'il rencontrait, a écrit au monarque danois une lettre qui a été décisive. J'en ignore le contenu, mais elle doit être extraordinairement insolente, car ce ministre a dit en propres termes h quelqu'un qui me l'a rendu le jour même que jamais on n'en avait écrit une pareille à un roi. Elle a effectivement opéré. Le roi de Danemark, effrayé, a écrit au comte de Saint-Germain que les circonstances exigeaient qu'il le dispensât des embarras du Directoire de la guerre, qu'il ne devait pas regarder ce changement comme une disgrâce . et que, si jamais il assemblait une armée, il lui en donnerait le commandement. Le. feld-maréchal conserve tous ses appointements et rentre dans la même situation où il était il y a un an. Sa place de chef du Directoire de la guerre n'est pas remplie. On croit même qu'elle ne le sera pas, les Russe» et les ministres danois préférant de laisser les affaires de la guerre entre les mains d-> commis subalternes qu'ils dirigeront à leur gré

Le roi de Danemark au comte de Saint-Germain '.

Copenhague, 22 novembre 1767.

Mon cher Maréchal,

Diverses raisons n'obligent à vous dispenser des soins et des peines que tous causent 'les affaire» du Directoire. Vous auriez tort de regarder ceci comme une disgrâce. Je désire que vous soyez persuadé de la confiance avec laquelle je vous confierais mon armée s'il s'agissait de la faire conduire contre l'ennemi.

Sur ce, etc.

(1) Aft\ Etr. Danemark, v. 153.

306 PIKOES JUSTIFICATIVES

Le comte de Saint-Germain au comte de Broglie ' ,

lieutenant- général commandant en second à Metz,

Fontainebleau, 87 octobre 1175,

Le Roi m'ayant fait la grâce do me nommer à la charge de secrétaire d'Etat au Département de la Guerre, vacante par la mort de M. le maréchal de Muy, .j'ai l'honneur de vous en informer et de vous prier de vous adresser à moi pour toutes les affaires qui y auront rapport dans l'étendue de votre commandement.

J'espère que la correspondance que j'aurai à entretenir avec vous eu conséquence me procurera des occasions de vous marquer le très parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être votre très humide et très obéissant serviteur.

Le comte de Broglie au comte de Saint-Germain 2.

ï novembre 1775 .

Dans tous les temps, daus toutes les occasions, j'ai rendu hommage à vos talents. Ils ont mérité que le Roi les reconnût et en fit usage. Que la marque de confiance que S. M. vous donne vous soit un sur garant de mon ardeur à les seconder. Je vous prie, Monsieur le comte, d'en recevoir aujourd'hui ma promesse avec confiance, persuadé que je ne cesserai jamais de la remplir sans ambiguité, sans réserve et de la manière que me prescrira toujours l'amour du bien et de mes devoirs. J'ai l'honneur d'être avec un inviolable attachement, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le comte de Saint-Germain au comte de Broglie 3.

6 novembre 177.").

Le compliment, Monsieur le comte, que vous avez la bonté de nie faire me flatte infiniment. Je le suis cependant beaucoup plus de l'assurance des sentiments que vous voulez bien me donner. Ils sont dignes d'un général qui, comme moi, ne veut que le bien du service. Nous y travaillerons de concert. Monsieur le comte, et je me ferai gloire de m'éclairer par vos lumières et de vous donner toutes les preuves qui dépendront de moi de l'inviolable attachement avec lequel je suis, etc.

(i) D. G. Cart. 3689, n° 107.

(S) D. G. Supp. à la Corr. (OrganW. -e. ).

(3) D. G. C:irt, 3689, n« 110.

PJÈ0B8 .icstii haiivks 807

:ît Le comte de Broglie au comte de Saint- Germain '.

12 novembre 1*715,

I.a première lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire était dictée pir le devoir. Celle-ci le sera par la vive sensibilité que j'éprouve en recevant II réponse il., ni vous voulez l>it'n m'honorer. Je vous prie d'être persuade que personne n'est plu* capable que moi d'en apprécier le mérite et de le reconnaître par tous les moyens qui pourront dépendre de moi.

Pour vous donner, Monsieur le comte, une première preuve de la confiance que je mets dans les sentiments dont TOUI avez la bontede me daller, je ne roue dissimulerai pas que j'ai cru devoir donner oonnaieaanoe du début de notre correspondance à quelques pirsonms éclairées et bien intentionnées. Kl les m'avaient averti qu'au mouvement général d'approbation et de satisfaction qu'avait causé votre avènement au secrétariat de la guerre t'était jointe quelque inquiétude que des esp'its chagrins et tracassiers ne cherchassent à renouveler les divisions «ubliéesetdont j'espèreque lasourcen'est plus inconnue des deux côtés. Comme je n'ai jamais partagé ces inquiétudes, je n'ai pas balance a les dissiper dès le premier moment, Mais rien n'était plus propre à les détruire entièrement que l,i communication que j'ai donnée aux commandants des corps de la lettre pleine d'obligeance et de grâce que vous m'avez l'ail l'honneur de m'écrire. •l'ose VOUS dire qu'elle a l'ait une véritable sensation et que tout le militaire s'est ici empressé de me témoigner qu'il partageait la juste satisfaction qu'elle me causait.

Fixation et liquidation arrêtée par le Roi en son Conseil du prix des charges des officiers des compagnies de Gendarmes, Chevau-légers. Mousquetaires commissaires desdites compagnies et de celles des Grenadiers à cheval, supprimées par Ordonnance du 15 décembre 1TÎ5 -.

[ Marquis d Kntragues, capit. sous-lieui. 150. 000 livres.

OBNDARMBS \ Marquis de Brisay, guidon 100.000

vk i.a HAiiim 1 Vicomte de Ségur, — 100.000

f Baron de Réthune, — 115. 000

I Comte delà Coste, sous-lienten un 170.000

Marquis de Fumel, cornette 100 000

Comte d Andigne, — 130.000

Baron de Montalembert — 100.000

Comte de la Chèze, capitaine-lieutenant. 146.000

Marquis de Vaupallière, sous-lieutenant. 200,000

, Marquie de Nédonrhcl, — 250.000

jjj, I Marquis d Anieres, enseigne 200.000

\ Marquis de Cany, — 220.000

' Marquis de Courtomer, cornette 200.000

Marquis de Gestas, — 200.000

Marquis de Villiers, commissaire 108.5-14

(l) I). U. sup/>. à la Curresp. (Ors;, gea.). i

{'it Hien nue cette pièce suit imprimés dans H Rgcmil desOrdonnssAts, nom» la reproduisons néanmoins ici pour donner quelque idée de la valeur des charges dansla Maison militaire du Hoi .

Comte de Montboissier, capitaine lieut.. 150.000

Marquis de la Grange, sous-lieutenant.. 160.000

Marquis de Janson, sous-lieutenant.... 100.000

2e ) Marquis du Halay, enseigne 150.000

compagnie ) Comte de la Granville, — 224.000

Marquis de Galiffet, cornette 245.000

Marq. de Vignancourt, — 230.000

De Bonneval, commissaire 108.544

grenadiers a cheval i Lo Vavasseur, commissaire 108.544

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