‹ Le comte de Saint-Germain et ses réformes, 1775-1777; d'après les archives du Dépot de la guerreChapitre 3 sur 36 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Services du comte de Saint-Germain à l'étranger et en France. Rosbach. — Crefeld. — Le Dratisfeld.

Le comte de Saint-Germain naquit le 15 avril 1707, au château do Vertamboz, près de Lons-le-Saulnier, d'une dos plus nobles et des plus pauvres familles de la Bresse1. Il étudia chez les jésuites de cette ville et porta quelque temps, dit-on, l'habit de novice. Esprit inquiet, turbulent, dévoré d'ambition2, passionné pour la gloire des armes, il sert d'abord en qualité de lieutenant dans le bataillon de milices que commandait son père. Mais sa famille n'est pas assez riche pour lui acheter une compagnie ou un régiment, et il va chercher à l'étranger la fortune que lui refuse son pars.

D'abord au service de l'électeur palatin du Rhin, il est présenté par l'ambassadeur de France au prince Eugène qui en fait un capitaine et le gouverneur de son neveu, Jean-François de Savoie. Mais ce jeune prince, unique héritier de sa maison, meurt prématurément à Manheim, cette même année 1734.

En 1737, l'Empire reprend sa lutte séculaire contre les Turcs.

1 Voir Guichenon, Mit. de la Bresse, Lyon, 1650, p. 343.

- * Je suis né homme île qualité : ma famille entrait il y a500 an- aux comtes

il.' Saint-Jean de Lyon et dans tous les Chapitres, .l'ai l'àme encore plus

grande que la naissance, et, coûte que coûte, je veut jouer dansée inonde le

rôle le |.lus brillant que je pourrai. » (Correspondance du comte île Saint-

lain et iir Pâris-Duwrney, 25 septembre 1158),

Saint-Germain qui venait d'épouser une Allemande de la noble maison d'Osten, comme lui sans fortune, sollicite et obtient du service en Hongrie. Sous les ordres de Seckendorff, de Kœnigseck et de Wallis, il prend part aux combats livrés par les Impériaux, bientôt ramenés, après des succès éphémères, sur Belgrade, et contraints, après la perte de cette ville, de signer la paix négociée par la France.

A la mort de l'Empereur, éclate la guerre de la succession d'Autriche. Pour ne pas servir contre son pays, Saint-Germain quitte l'armée impériale et obtient de l'électeur de Bavière le commandement d'un régiment de dragons. Sa conduite en Bohême et sur le Danube le fait remarquer de ce prince1. Signalé par le maréchal de Seckendorff2 après un brillant combat de cavalerie à Prameck, il est bientôt promu major-général et assiste comme feid-maréchal-lieutenant au couronnement de Charles VII. La mort de cet Empereur éphémère l'arrête sur lechemin de la fortune ; mais déjà il est sorti du commun, sa réputation grandit, il est recherché par la France, par le Roi de Prusse, et par la République de Venise qui lui offre le commandement de ses armées.

Quelque répugnance qu'il eût à redescendre au grade de maréchal de camp 3, il se décide, sur les instances de Chavigny et de Vergennes, à accepter les offres que lui faisait, au nom du Roi, le ministre d'Argenson. Il rentre au service de la France le Ie' avril 17-1G. La guerre commencée contre l'Autriche ouvrait un champ nouveau à son ambition, et il ne pouvait lui déplaire de servir sous Maurice de Saxe qu'il venait de voir à l'œuvre en Bohême.

Le 11 septembre 1746, à Raucoux, placé à l'aile droite de l'armée avec les brigades de Ségur et de Bourbon, il contribue à la prise du village d'Ance, qui, en découvrant la gauche des ennemis, les force à se retirer sous le canon de Maastricht. L'année suivante, pendant la bataille de Lawfeld, il est envoyé avec son corps d'armée sur la ligne du Tongreberg en vue de protéger la retraite. Il se dirige ensuite, avec 32 escadrons et une brigade d'infanterie, vers Gertruydenberg et Bois-le-Duc, pour débarrasser Lowendahl des ennemis qui menacent ses communications et lui permettre de prendre d'assaut Berg-op-Zoom.

1 Voir une lettre du comte de Lautrec, ambassadeur à Francfort, à la date du 4 février 1744 (Aff. étr. Bavière, vol. 109).

2 Lettre de Seckendorff, du camp de Braunau, 10 octobre 1742 (Aff. étr. Bavière).

:l II expose, dans une lettre du 20 avril 1746, combien il est affligé de se voir le dernier des maréchaux de camp et de se trouver désormais sous les ordres de bien de généraux qui oui été sous les siens. Il déclare qu'il ne pourrait subsister avec 6,000 francs de pension s'il n'était employé en paix et en guerre, et demande à lever un régiment étranger, ce qui lui fut du reiHo accordé,

Enfin quand, en 1748, Maurice de Saxe se décide à aller chercher la paix dans Maastricht, Saint-Germain est chargé do i avec, sa division la rive droite de la Meuse. Il facilite de ce i l'investissement île la place, et, détaché le long de la Geule, proi les assiégeants contre un retour offensif des alliés. La croix de chevalier de Saint-Louis1, le brevet de lieutcnantl 'îal à la promotion du 10 mai 1748 récompensaient le zèle et l'intelligence que le comte de Saint-Germain avait déployés dans cette guerre. Nommé pendant la paix commandant de la Basse- Alsace, à Landau, puis en 1751 a Givet, il obtient en 1754 le commandement du Hainaut.

Au mois do janvier 1756, quand le gouvernement, en butte à l'hostilité de l'Angleterre, se décide enfin à mettre l'embargo sur ses navires, c'est à Saint-Germain qu'échoit la tâche de protéger Dunker.jue démantelée, et exposée depuis le traité d'Utrecht à un coup demain. Il reçoit l'ordre déformer entre cette ville et Calais2 un camp de manœuvres en vue de faire échouer tout projet de débarquement3.

La guerre devient continentale En vertu du traité conclu avec L'impératrice-reine, on forme, pour la secourir en cas de nécessité pressante, un corps de 24.000 hommes momentanément attaché à l'armée du maréchal d'Estrées, sous le nom de Réserve de M. de Soubite ', bien que ce corps figurât en réalité à l'avant-garde. 11 avait pour commandants en second les lieutenants-généraux Saint-Germain, Lorges et Maillebois. Pendant que Cumberland rassemble avec peine les contingents de l'armée hanovrienne, Saint-Germain fait une pointe hardie sur Harum et s'en empare. Il oblige un corps prussien, commandé par le prince de Hesse, à évacuer Lippstadt et y fait élever à la hâte des ouvrages qui le rendent maître du cours do la Lippe. Il contraignait ainsi l'armée ennemie à aller chercher sur la gauche du Weser une seconde ligne de défense.

Sur ces entrefaites, Frédéric écrase l'armée autrichienne à Prague (G mai 1757) et Marie-Thérèse réclame à grands cris l'envoi du corps auxiliaire promis par le traité de Versailles. Le 8 juin Saint-Germain reçoit une lettre du ministre qui l'informe que le

1 II fut fait commandeur le 26 août 17M.

- Dép. de la guerre. Cart. 8410. Lettre de Saint-Germain du 13juUUm 1 38 I.

rque et de Calait : 38 bataillons.

3 On lit dans un. lettre de Saint-Germain do G août 1756 : « Mon principal objet gei d'apprendre les troupes à bien marcher al en entre, do les

i, 1 1 de mi vivacité1 et cette inspe-

cte la Dation qui dégénèrent presque toujours en désordre ; je sais que très utile, mais elle doit êti : n'avoir lion que lors-

qu'on n,o>,Cavt,3-ilO, n° 196.

* Voir les pouvoirs donnés au miiviehal d'Estrées, D.O-.Cart. 3480, n» H7.

Roi l'a destiné « à commander une partie des troupes qui marchent actuellement en Alsace, laquelle devra former un corps sur le Danube1.» C'est cette armée commandée par Soubise qui devait rallier à Wurtzbourg l'armée des Cercles et se porter au secours de l'Autriche. Avant que la jonction ne s'opérât, on chargea le comte de Saint-Germain d'aller régler avec le prince de Saxe-Hildburghausen le plan des opérations et les questions relatives aux subsistances, à la discipline, au rang et à l'ordre du service des officiersgénéraux de l'armée combinée 2.

En ce qui touchait les opérations prochaines, le comte de Saint- Germain avait mission d'empêcher, par des raisons militaires, notre armée d'aller se fondre en Bohême, et de maintenir, autant que possible, l'armée de Soubise à portée de l'armée de Westphalie, pour faciliter, lors de la campagne prochaine, le siège de Magdebourg 3. Il lui fut d'autant plus facile d'obtenir ce changement de direction que Frédéric venait d'être battu à Chotzemitz (18 juin) et avait dû se retirer en Saxe. Tout danger immédiat était dès lors écarté pour l'Autriche.

Mais, sur les questions de commandement et de préséance, s'élevèrent des difficultés de toute nature : la Cour de Versailles avait reconnu d'avance que l'armée commandée par le prince de Soubise serait entièrement à la disposition de S. M. I. et toujours prête à exécuter tout ce qui serait utile à ses intérêts. Dans les pouvoirs qu'elle conférait à Soubise, elle le subordonnait en toutes circonstances ' au commandant en chef, le prince de Saxe-Hildburghausen. Or, peu satisfait de ces avantages, ce prince réclamait pour son armée, à titre d'armée d'Empire, les privilèges concédés aux officiers de l'armée autrichienne par une convention conclue à Vienne le 25 février 1757 entre le maréchal d'Estrées et le maréchal de Neipperg. Cette convention, faite en vue d'une jonction éventuelle des deux armées, avait, par une fâcheuse assimilation, avili les grades des officiers français et les exposait à servir sous leurs inférieurs ". Appliquée à l'armée des Cercles, elle constituait une injustice d'autant plus criante que les généraux du plus obscur principicule du Saint- Empire, officiers de parade pour la plupart, sans instruction et sans expérience, prendraient rang pour le service et le commandement, avant les généraux français. « Il paraî-

1 Dép. Vr. Car, 3432 n° 137. Elle porte en posl-scriptum : c Je vous fais mou compliment toujours avec plaisir, monsieur, sur la haute opinion que le Roi a

de vous et sur les preuves qu'il vous en donne et vous en donnera. »

- Instructions données à Saint-Germai*. Elles sont imprimées dans là Corren-

pondance de Saint-Germain et de PAris-Duverney.ii. la date du 19 juilli-t 1757 :i Idée chère à Pàris-Duverney. Voir D.G.C.3435, mémoire 71. 1 U.IJ. Supplément à la Correspondance.

•"• Voir cette convention D.O.C.3428, 25 février 1757.

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trait bien dur, écrivait àce sujet M. do Suint-Gormain, i|uc le général d' artillerie de M. l'évêque de Wurtzbourg ait le pas sur un

lieutenant-général des troupes du Roi '. »

Qu'était après tout cette armée dont l'ôtat-niajor inspirait à Saint-Germain de si légitimes défiances ? Un corps sans cohésion, sans discipline, sans approvisionnements, travaillé par les racoleurs du roi do Prusse, composé en majorité de protestants tout dévoués à la cause contre laquelle il leur fallait combat tre. Le prince de Saxe lui-même craignait qu'elle ne refusât de marcher et en rougissait au point qu'il empêchait Saint-Germain de la voir 2.

Aussi, après avoir réglé avec ce prince les questions relatives à la discipline et au service journalier des armées, le comte do Saint-Germain n'avait pu s'entendre sur le reste. Il réclamait pour nos troupes la droite, prétendait que Soubise fût toujours la deuxième personne de l'armée combinée et commandât en chef au défaut du prince; il voulait enfin que nos officiers ne roulassent pour le service avec les officiers étrangers qu'à réelle égalité do grades. L'examen de ces contestations avait été rcnvoj'é à l'arbitrage des deux cours. «"Il est pitoyable, écrit-il à l'abbé de Bernua de traiter avec un général qui n'a ni ordre ni instruction à cet égard Je suis ici très inutile, » et il ajoute au sujet du prince de Saxe : « Il parait que la Cour do Vienne a peu de confiance dans cet homme. Il serait plus court do faire traiter à Vienne par M. de Courten les articles dont je suis chargé. »

Mais la Cour de Vienne, toute fiore alors de sa victoire de Cbotzemitz, n'était pas d'humeur à rien rabattre do ses prétentions. Lorsque M. de Courten appuie les propositions de Saint-Germain, M. de Kaunitz y répond par un refus hautain. On s'en réfôro à la convention de Vienne. « Les derniers succès, écrit M. de Courten, ont prodigieusement enflé ces gens là. Dieu veuille que les revers ne les rendent pas aussi humbles qu'ils étaient il y a deux mois, et le ciel nous préserve d'avoir jamais besoin d'eux, car ils nous feraient payer bien cher leur secours. Dans le temps que le Roi fait tout pour eux, ils veulent donner la loi. Ce sont des gens bien hauts et avec lesquels il ne faut pas être humble, sans quoi ils vous marcheraient sur le vendre '. »

Embarrassée par ses engagements antérieurs, la Cour do Versail-

i D. G. 3437, qo 173.

« - M. le prince d'Hildburgnausen te défie beaucoup de son année, et il en a

en même temps mauvaise opinion; il craint qu'une partie ne ret'use de marcher. Il ne souhaite, pas que je la voie parce qu'il veut la l'aire passer pour beaucoup plus forte qu'elle ne l'est effectivement. » Saint-Germain, Furtli 7 août. 3437.

:) D. G. Saint-Germain à Bernis, Furth 5 août. 17Ô7. '' D. G. 3437, u° 197, Courten à Paultny, 13 août.

les n'ose relever la tête. Aux lettres pressantes de Saint-Germain, de Bernis répond qu'on est lié par la convention de Vienne, et il ajoute, dans son ignorance de3 choses de la guerre, que c'est là une question de pur cérémonial '. Le Roi enfin, sans distinguer entre les troupes autrichiennes et les troupes de l'Empire, souscrit pour ces dernières aux clauses de la convention de Vienne -'. C'était se résigner à faire la guerre à la remorque non seulement de l'Autriche 3, mais des moindres princes allemands. L'armée française, n'était plus désormais une alliée égale en droits à l'armée des Cercles. Elle se fondait dans ses rangs comme un simple contingent d'Empire que le prince de Saxe allait conduire à Rosbach.

L'émotion fut vive à l'armée à la nouvelle de ces déplorables concessions. Soubise lui même, malgré son optimisme naturel et ses craintes de déplaire à la Cour, se fait l'écho de la douleur et de l'humiliation des officiers de tout grade '. Il ose même, d'accord avec Saint-Germain, cacher au prince de Saxo la décision du Roi. Quant au comte de Saint-Germain, il se contient à peine : « Je vous « supplie, écrit-il au ministre Paulmy, d'ordonner que la convention « soit signée par M. de Soubise. Cela sera plus convenable vis à vis « de M. le prince d'Hildburghauseu et m'épargnera le malheur de « déplaire au Roi. S'il y avait des articles qui parussent déshono- « rants pour la nation et pour le militaire, j'aimerais mieux mou- « rir que de la signer . M. de Soubise le fera quand vous lui en don- « ncrez les ordres. 11 est plus en état de soutenir les reproches de « la nation que moi '".» Cette allusion à la puissante amitié qui protégeait Soubise contre les reproches de la nation est un de ces traits que la marquise de Pompadour ne devait jamais pardonner à Saint-Germain.

Dans une lettre du 4 septembre, il revient en termes plus vifs encore sur son refus de signer la convention : « L'honneur ne me per- « mettrait pas de subir cette dégradation et il vaut mieux ne rien « être que de déchoir... Le Roi a plusieurs armées ; si mes services « peuvent lui être utiles, il peut les employer ailleurs, tout me « sera égal hors la honte et le déshonneur0. »

Faible et irrésolue, incapable de s'arrêter à un parti bon ou mauvais, la Cour hésite devant le mécontentement de l'armée et

1 1;. G. 3438. Do Demis ;i Samt-Qenjiaiû, 17 août'.

* D. G. 3438. n» 85. Lettre delà Cour à Saint-Germain: « S. M. relâchée sur les principaux objets en consentant que l'on suive la convention de Vienne pour les troupes de l'Empire, comme pour celles de l'Empereur. »

3 « C'était la guerre à la remorque de l'Autriche à une date, pour nu a cause et dans des conditions dont la France n'était ni juge ni maîtresse ». De 1; glie, Le Secret du Roi, T. 1, p. 148.

'> D. G. 3438. Lettres de Soubise des 28 et 29 août.

* D. G. 3438. Lettre de Soubise du 30 août. « D. G. 3429. n» 52.

ET SKS REFOK.MI'.S VII

entame avoo Vienne de nouvelles négociations. Mais les événements .-<(• précipitaient.

Chassa de la Bohême, menacé par les Russes qui viennent de re Lsbvald a Jœgendorff, par les Suédois qui débarquantes Poméranle, sans secours à attendre do Cumberland acculé aux bouches de l'Elbe, talonné en Saxe môme, à Bautzen, par le corps de Marsohall, Frédéric passe l'Elbe et pousse une pointe hardie sur L'armée combinée. Admirablement renseigné par Us déserteurs qui affluent à son camp, si populaire en Saxe que Soubise n'y peut trouver un espion ', il s'apprête à tomber sur ces contingents incomts, sans artillerie, l&ns vivres, sans munitions, livrés à la plus lamentable anarchie. En oinq jours il est à Lcipsick, d'où il s'avance sur Naurabourg au confluent de l'Unstrutt et de la Saalo.

Dans l'impossibilité de tenir à Erfurt, l'armée combinée se replie sur Eisenach dans de bonnes positions qui lui permettent au besoin de rallier la droite de Richelieu. « Il vaut mieux fuir, écrit à ce sujet Saint-Germain, que de se faire couper les oreilles, » et il juge en deux mots l'armée des Cercles et le prince de Saxe : « On ne peut faire aucun fonds sur cette armée et l'on n'en peut pas plus faire sur l'intelligence et la capacité du général •. »

La Cour au moins va-t-elle prendre enfin une décision énergique et romprelo lien dangereux qui enchaîne notre armée à l'armée des Cercles? Elle tergiverse, elle parlemente, elle comprend les dangers de cette union et manque de l'énergie nécessaire pour les prévenir par une brusque rupture. Au lieu de relier solidement l'armée de Soubise à celle de Richelieu, elle enlève à ce dernier dix-huit escadrons et vingt bataillons, qui, sous les ordres du duc de Broglie, viennent grossir l'armée combinée sans que les difficultés pendantes sur le service et les subsistances aient pu encore être tranché

A l'approche de ce renfort, et sous prétexte d'aller soutenir Maurice de Nassau contre Marsohall et un autre corps autrichien commandé par Hadick qui prenait la route de Berlin, Frédéric recule do Gotha sur Erfurt et de là dans la direction de l'El Aussitôt le prince de Saxe3, rendu belliqueux par cette retraite, entraîne Soubise à sa poursuite. Saint-Germain réoccupe Erfurt avec trois mille hommes de troupes" régulières et refoule le général Keith de Buttstedt sur Leipsick.

Ace moment Frédéric se ravise ; il a réussi à attirer sur la Saale l'armée des Cercles et Soubise. Il abandonne Marsohall et Hadick, rallie le prince Ferdinand et le général Keith et s'avance a marches forcées sur les coalisés. Ce retour offensif oblige Saint-Germain à

i D. G. 3440. Lettre de Soubise, 17 septembre. - S ma Pftrii-Durerney, de Qotha, i!

I 1). U. 34-12. N» 35; Lettre du pi-iuce de Saxe ît Smil>i<e.

se rejeter rapidement en arrière. Les détachements de l'armée d'Empire qui devaient le soutenir avaient làehé pied sur toute la ligne. « Avant-hier ', le prince de Saxe voulait escalader Leipsick. « aussitôt qu'il a appris que le roi de Prusse y était entré, il a fait « marcher son armée pour se retirer et se rapprocher de nous. Il « a tenu depuis huit jours les propos les plus révoltants et les plus « choquants sur la nation. Mais le mal est qu'il n'a jamais aucun « projet et par conséquent il donne des ordres différents à chaque « instant. » Et Soubise, subordonné par la politique à un pareil général, ajoute: « Il y a longtemps que je suis séparé de M. de Saint- Germain. Il m'écrivait, il y a trois jours, qu'il désirait revenir et il voulait se plaindre de la façon dont le prince l'avait traité. Il voulait même en écrire à la Cour. »

Le 31 octobre, Sair.t-Germain et le prince de Saxe, ramenés sur la gauche de la Saale, rejoignent le gros de l'armée échelonnée le long de la rivière, de Mersebourg au pont de Kôsen. Frédéric se jette au centre sur Weissenfels, et, au premier coup de fusil, les bataillons de l'Empire se débandent et s'enfuient. Nos grenadiers arrivent à temps pour arrêter l'ennemi et détruire les ponts commencés. L'armée prussienne redescend la rivière jusqu'à Mersebourg et Halle, où Keith établit un pont et porte son corps sur l'autre rive. Menacés par leur gauche, Soubise et le prince de Saxe se concentrent alors en arrière sur Mûcheln, et abandonnent la Saale au roi de Prusse, qui, après une reconnaissance et une canonnade inoffensive, établit son camp entre Braunstorff et Bedra.

Mais \i prince de Saxe brûle d'aller l'y attaquer. Le 5 novembre au matin, il écrit dans ce but une lettre des plus pressantes à Soubise 2. D'ailleurs de nouvelles et plus vives instances sont arrivées de Vienne en vue d'une vigoureuse offensive. Avec l'autorité que lui donne son titre de général en chef, le prince de Saxe exige qu'on marche sur le champ 'J. Sous ses ordres les Impériaux qui occupaient la droite prennent la tête des colonnes qui exécutent, sur la gauche de Frédéric, la manœuvre la plus contraire auxpremières lois de la tactique, une marche de flanc devant un ennemi en position, sans avant-garde et sans éclaireurs!

On avait laissé, pour surveiller le camp ennemi, le comte de Saint-Germain avec deux brigades d'infanterie et quelque cavalerie.

Arrivée à la hauteur de la gauche prussienne, l'armée combinée fait halte un moment. De Broglie et Soubise proposent de remettre l'affaire au lendemain ; le pi ince de Saxe et quelques autres décident

i I). G. 3442. N« 142. Lettre de Soubise à la Cour.

2 D. G. 3443. N° 45. Le prince de Saxe à Soubise, 5 novembre

!D, G. 3443. N°47. Relation officielle.

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