‹ Le comte de Saint-Germain et ses réformes, 1775-1777; d'après les archives du Dépot de la guerreChapitre 5 sur 36 · CHAPITRE Ie · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ie

Nomination du comte de Saint-Germain. — Opinions diverses sur ce choix. — Le Département de la guerre et les bureaux. — Principes et plans du nouveau ministre.— Projet de Conseil de guerre.

Le 10 octobre 1775, le maréchal de Muy, ministre de la guerre, succombait aux suites d'une terrible opération de la taille. Quinze jours s'écoulèrent avant qu'on lui donnât un successeur. « On ne veut pas que celui-là ait la pierre, disait plaisamment le comte d'Artois, car on le sonde longtemps '. » La carrière était ouverte aux intrigues des ambitieux et aux fantaisies des nouvellistes. Le parti militaire mettait en avant les Broglie, le baron de Breteuil, M. de Vaux, Choiseul enfin, revenu de son exil, et qui avait longtemps dirigé avec éclat les affaires de ce Département. Mais Louis XVI devait, à un double titre, écarter de

* Bachaumcmt, octobre 1775.

ses conseils le favori de Mme de Pompadour, celui qui avait dit au Dauphin, son père : « J'aurai peut-être le malheur d'être votre sujet, mais je ne serai jamais votre serviteur.» Choiseul lui-même, qui ne se faisait guère d'illusion sur son compte, essayait, par l'entremise de Besenval, d'intéresser la reine à la nomination du marquis de Castries, un des familiers de Chanteloup '. Ne pouvant emporter la place, il tentait au moins d'y introduire un des siens.

D'autres prétendaient qu'on allait revenir aux anciens usages et choisir le nouveau secrétaire d'Etat de la guerre parmi les gens de robe ou les intendants. On parlait deTrudaine, de Taboureau, de Sénac de Meilhan 2 . Mais ce projet et ces choix rencontraient une vive opposition à la Cour et dans l'armée. Il était également question de diviser entre plusieurs mains les attributions du département de la Guerre.

Ce fut un véritable coup de théâtre quand la Gazette de France du 25 octobre annonça le remplacement du maréchal de Muy par le comte de Saint-Germain '.

Oublié de ses amis, dédaigné de ses anciens adversaires, il languissait dans la gêne au fond d'un pauvre village. Qui donc, selon le langage classique du temps, était allé chercher à la charrue ce nouveau Cincianatus ? En réalité, ni pour le Roi ni pour les ministres, Saint-Germain n'était un inconnu. Turgot avait dû souvent l'entendre vanter chez Mme Blondel, veuve d'un ministre de France, chargé d'affaires à Manheim au temps où Saint-Germain était au service de l'Electeur-palatin. M. du Bois, comman-

i Mém. de Besenval.

3 Bachaumont. — Journal de Hardy. (Manuso. de la Bibl. Nat).

' « Il passe pour constant que le comte de Saint-Germain est mandé pour le Département de la guerre. .. Quoique Sa Majesté n'ait pas encore déclare son choix, on sait qu'un courrier est parti pour l'aller chercher à la charrue comme autrefois les Romains allaient chercher leurs généraux. » Bachaumont, 23 et 25 octobre 1775.

dant du Guet ', ancien major dans son régiment, avait maintes fois, devant Malesherbos, manifesté sou admiration pour ces talents trop ignorés. Al. de Vergeunes, qui venait de quitter l'ambassade de Suède pour la direction des Affaires étrangères, était depuis vingt ans son ami a. M. de Maurepas, cher à Louis XVI par sa résistance à Mme de Pompadour et par" sa disgrâce, sans principes, et par conséquent favorable à toutes les expériences, n'avait pas lieu d'être plus hostile aux plans de Saint-Germain qu'à ceux de Turgot. Les Mémoires que, du fond de sa retraite, c3 général, adressait au ministre passaient quelquefois sous les yeux du Roi. Ils avaient dû frapper l'esprit d'un prince jeune et ardent aux réformes, par leur originalité, leur franchise et leur hardiesse.

Enfin les malheurs même et la disgrâce de cet ancien général n'étaient-ils pas des titres à la faveur du nouveau règne ? Détesté lui aussi de Mme de Pompadour et rebuté par Louis XV, il touche à l'heure des compensations. Il va recueillir le bénéfice des persécutions dont il a été victime. Sa nomination rentre bien dans le cadre des mesures de réparation, de réaction même, qui signalent l'avènement du nouveau monarque. Elle est conforme à l'esprit de celui qui, après Louis le bien-aimé, prétendait faire régner Louis le sévère.

Quel est maintenant l'accueil que la Cour et le public réservent au comte de Saint-Germain ? Plus heureux que Turgot, inconnu de la Reine, il n'a pas à redouter ses préventions. Marie-Antoinette a résisté bravement aux sollicitations de Besenval et n'a pointtémérairement compromis

i Le l it abué du Bois à qui est adr ■•■■ lai llr< de Camay publiée

plus haut, page MA III: <r II (Saint-Germain) était en bonne) teuge et «n redingote dans son jardin lorsque l'abbé «lu Bois esl Tenu loi annoncer sa nomination : « Est-ce qu'on songe encore à moi », s'est-il écrié, et il esl parti. » — i:,i. iiatiHiu.ii, 30 octobre.

- 1 l'onde de M. de Yergenuos, M. de Cli 1 1748

i • renti de Saint Germain au service Se Is I r

son influence en pesant sur l'esprit du Roi '. « Je n'aurai rien à me reprocher pour le choix du nouveau ministre de la guerre, écrit-elle à sa mère. J'ai eu à me louer des intentions de M. de Maurepas qui d'ahord m'a confié ses idées, et ensuite m'a instruit du choix qu'il proposait au Roi. C'est M. de Saint-Germain qui avait quitté le service de la France pour celui du Danemark. On en garde un profond secret jusqu'à ce que l'on ait sa réponse. On ne sait s'il acceptera. Je n'ai rien à dire pour ni contre ne m'étant chargé que du secret et ne le connaissant point. » Et quelques jours plus tard : « M. de Saint-Germain est établi ici avec l'applaudissement de tout le militaire, si j'en excepte quelques grands seigneurs qui craignent de ne pas trouver leur compte avec lui 2. »

Maurepas, peu enthousiaste de sa nature, écrit à la comtesse de Praslin : « Il est inutile de vous exprimer la sensation agréable occasionnée par le retour de M. le comte de Saint-Germain. Il n'y a qu'un cri dans tous les ordres et l'on répète : il est toujours le même ! Il a dit qu'il voulait que l'officier fût assuré de son sort, et qu'il eût des récompenses méritées pour lui donner l'amour pour le service du Roi, dont il faut, ajoute-t-il, bannir l'arbitraire en se fondant sur la plus exacte justice dans la distribution des grâees '. »

La bienveillance des philosophes lui est acquise puisqu'il a l'appui de Turgot et du roi de Prusse : « J'ai participé, écrit Frédéric II à Voltaire, à la faveur que le Roi de France a faite à M. de Saint-Germain. Ce brave officier m'est connu depuis longtemps. Il ne se rendra pas indigne de la place qu'il a obtenue. Il a tout le mérite qu'il faut pour la remplir et un zèle très louable pour le bien public, ce qui

i Mém. de Besenval. T. 2, p. 228.

2 Marie-Antoinette, Gelïroy et d'Arneth, v. 2, p. 3S4.

' Maurepas à la comtesse de Praglin, 28 octobre 1"Î75.

doit le rendre recommandable à tous les honnêtes gens '. * Et, rassuré par le certificat que décerne au nouveau ministre son royal correspondant, Voltaire y appose sa signature. « J'aime fort les réformes de MM. de Saint-Germain et de

Turgot M. de Turgot a été bachelier de Sorbonne et

M. de Saint-Germain a été six ans jésuite. Vous voyez qu'il y a d'honnêtes gens partout'2. »

L'imprévu et le piquant de cette nomination avaieut également un vif succès dans les salons *. Ecoutons Mme Du Deffand : « Si j'étais diserte comme Mme de Sévigné, je vous ferais de beaux récils. Je vous dirais qu'il (Saint-Germain) arriva jeudi au soir, qu'il débarqua à l'auberge, qu'il soupa, que M. de Maurepas l'y vint voir

1 Frédéric à Voltaire, 4 décembre 1"Î75.

2 Voir les lettres île Voltaire des 13 novembre 1775, 11, 12 février, 4 juillet 177(i à MM. Yasselier, Fabry, d'Argental, de Pomarct.

;! Les poètes célèbrent aussi l'avènement du ministère réformateur :

De ministres quel choix heureux Et quel présape pour la France!

Malesherbes tient la balança, Turgot préside à la finance, Saint-Germain combattra pour eux, Et Maurepas par sa présence Rendra leurs travaux fructueux.

Kntiu, le chansonnier à la mode, le chanoine Lattaignant compose en l'honneur de Saint-Germain ces couplets qui se chantaient sur l'air du Menuet d'Exaùdet:

Saint-Germain,

Dès demain Je m'engage.

De la gloire de l'Etat,

Du bonheur du soldat Ton nom seul o*t le gag*.

Autrefois, A ta voix l,:i victoire Sur nos pas eut accouru Si l'on avait voulu Te croire.

Mais périssent clans l'histoire, Ainsi ipie dans ta mémoire, li'iiii rival (Hroglie) Trop ratai

(Mémoires du temps. Bachaumont . — Métra

A la France Les manœuvres, et les maux Qu'entraîne d'un héros L'absence !

Des vertus Qu'un Titus, Notre père, Va chercher dans les déserts Montrent à l'univers Un nouveau Bélisaire.

Aujourd'hui, Comme lui Tu pardonnes, Puisse trouver du retour L'exemple qu'à la Cour Tu donnes !

et que le Roi remit au lendemain à le voir, qu'il l'a vu vendredi matin. C'est vous dire tout, mais j'y joindrais des circonstances qui ne vous feraient rien et que je n'aurais pas le talent de rendre agréables et intéressantes. Je crois que le choix de cet homme ne déplaira à personne, excepté à ceux qui étaient ses ennemis particuliers, et que tous les autres, surtout les prétendants à sa place, à leur défaut, l'auraient nommé; que M. le maréchal de Contades aime mieux que ce soit lui que MM. de Castries, de Broglie, de Vogué, de Poyanne, du Châtelet, de Breteuil, etc., et chacun de ceux-là pense de même pour tous les autres ' . » Mlle de Lespinasse, dans sa tendre affection pour Guibert, salue également cette bonne fortune si pleine de promesses pour son jeune et brillant officier : « J'imagine que vous attendrez l'arrivée de M. de Saint-Germain qu'on attend mercredi ou jeudi. C'est un homme de mérite. C'est un homme isolé : il est arrivé là sans intrigue. On doit croire qu'il ne voudra que le bien, s'il fait des réformes et des changements. Il aura la confiance du militaire, parce qu'on sait qu'il est instruit et qu'il a une grande expérience. Personne ne peut mieux que lui faire usage de vos plans, vous mettre en activité. D'ailleurs il faut penser à vous. Ne m'avez vous pas dit qu'il était prévenu pour vous d'un grand intérêt? Une faut pas tourner le dos à la fortune. » Et comme Guibert montre peu de goût pour le rôle de solliciteur, elle le conjure « de ne pas donner cent coups de bâton à son étoile. Cet homme tombe des nues, il aura mille questions à vous faire, il a assez d'expérience pour ne pas les faire au hasard. Il tous a vu si jeune, vous étiez son fils et l'on ne craint point de se commettre vis-à-

i Correspond. </<• Muie du Dc/fand. Voir lettivs dos 25 et 89 octobre 1775. Elle dit également, le 3 janvier 177G. « On ne parle à présent que de M. de Saint-Germain. Il a l'estime publique quoiqu'il fasse le mal de beaucoup de particuliers. »

vis d'un jeune homme qu'on aime... Voyons, mon ami, ne mettez ni fausse générosité ni légèreté dans votre conduite '. »

Il y a toutefois dans ce concert d'éloges quelques voix discordantes. Si M. de Saint-Germain est chaleureusement accueilli par le gros de l'armée, il va se heurter à l'hostilité déclarée du haut militaire. Dans les rangs des grands seigneurs, sa nomination semblait à la fois une menace et un scandale. Ils allaient répétant bien haut, dans leur indignation, que « si le Ministère ne changeait ses dispositions et demeurait composé comme on le voyait actuellement, on serait contraint d'en venir enfin à quelque coup d'éclat \ » Une voix plus grave et moins intéressée signalait également les inconvénients d'un pareil choix : « Je suis très contente de la conduite que ma fille a tenue dans le remplacement du ministre de la guerre, écrit Marie Thérèse au comte de Mercy-Argenteau. Mais le choix du comte de Saint-Germain ne doit-il pas surprendre, étranger comme il est et ne s'étant fixé nulle part où il a servi, en Bavière, chez nous, en France, en Danemark. Des vues particulières des autres ministres ne pourraient-elles pas avoir contribué au choix d'un homme à qui ils supposent peut-être trop peu de crédit pour se faire valoir dans son Département et les surpasser ? » S'il en était ainsi, comme le faisait remarquer M. de Mercy-Argenteau, les ministres pouvaient s'être lourdement trompés. Le caractère de leur nouveau collègue annonçait tout autre chose que de la docilité. « On lui attribue de l'esprit et des talents, mais ou sait qu'il a été toujours entier et difficile *. »

Quand il eut obtenu son congé du roi de Danemark, le

1 Lettres de M 'lie de Lespinasse, 24 et 26 octobre 1775. Paris Longchamris. 1811. f Journal de Hardy, 30 octobre 1775.

Marie-Thèrèia et Mat ie Antoinette. Lettre.; de» 2 e( î° octobre 1T75

comte de Saint-Germain parut à Fontainebleau. Présenté à Louis XVI par Ttfrgot et Maurepas, il fut accueilli par le monarque avec une bonté touchante: « M. de Saint-Germain ', lui dit-il, on m'a persuadé que vos talents pouvaient m'être utiles. Cette persuasion m'a fait oublier vos torts. Répondez à l'attente qu'on a de vous. Je vous rends votre ancien grade et l'ordre de Saint-Louis, en vous autorisant à garder celui dont je vous vois décoré. » Un respectueux saisissement et des larmes tinrent lieu de réponse. C'était l'éloquence muette de la reconnaissance et cette émotion gagna tous les coeurs.

Le roi avait accepté les explications du comte de Saint- Germain sur ses démêlés avec le duc de Broglie ; mais en raison des services et de la haute situation du maréchal, il témoigna le désir de voir les deux adversaires oublier également le passé. Cette réconciliation se fit dans les termes les plus courtois, par l'entremise du comte de Broglie. La correspondance qui fut échangée à ce sujet -, répandue dans le public, fit grand honneur aux sentiments de chacun. Hardj raconte que la reine ayant, quelques jours après, par manière de conversation, demandé au comte de Saint-Germain où en était cette ancienne querelle, « rerut cette réponse aussi honnête que généreuse : Madame, ma mémoire ne rappellera jamais ce que mon cœur a pardonné '. »

Au moment où Saint-Germain devint secrétaire d'Etat de la guerre, les attributions de ce Département restaient à peu près ce qu'elles étaient sous Louvois. Outre la direction des affaires militaires, il comprenait l'administration

i Ce récit de Gcorgel, [émoin oculaire, est con'irmé par le Journal de Hardy du 30 septembre l'ûô.

Voir aux pièces justificatives, n° 31 et suiv. Journal de Hardi/, 6 janvier 1776,

civile des provinces frontières, Trois-Evêchés, Artois, Flandre, llainaut, Alsace, Franche-Comté, lloussillon, Dauphiné, Sedan.

Ce qu'on appellerait aujourd'hui le budget se divisait alors en deux grandes classes fort inégales, l'Ordinaire et l'Extraordinaire des guerres.

A l'Ordinaire figuraient les dépenses de la Maison militaire du Uni, de la Gendarmerie, des Gardes-françaises, des Suisses, ainsi qu'un certain nombre de pensions prélevées sur un impôt spécial, le taillon. A l'Extraordinaire, se rattachaient la solde et l'entretien des troupes, infanterie, cavalerie, états-majors des places, garnisons, vivres, etc. L'artillerie et le génie, les maréchaussées, les Invalides et l'Ecole militaire étaient financièrement régis à part.

Les recettes et les dépenses étaient confiées aux soins do trésoriers-généraux dont les offices atteignaient une finance souvent considérable '. On compte en 1775 deux trésoriers de l'Ordinaire, deux trésoriers de l'Extraordinaire, deux trésoriers de l'artillerie et du génie, deux trésoriers des maréchaussées, un trésorier des gratifications des troupes, auxquels il faut joindre les trésoriers des Invalides et de l'Ecole militaire, fondations entretenues sur des ressources spéciales. Ces offices sont alternatifs, quelquefois triennaux, c'est-à-dire exercés une année sur deux 00 sur trois par chacun des titulaires. La reddition des comptes doit avoir lieu, en Chambre des Comptes, deux ans après l'exercice en temps de paix, et trois ans en temps de guerre '. Mais jamais ces opérations ne s'exécutent régulièrement dans les délais fixés, et alors « en considération des difficultés d'une gestion immense dans ses détails » le roi décharge par lettres patentes les trésoriers en retard

i \ oir i pvos just. »• 47.

c tdits de juin 1717, octobre 1.716, février 1747.

des amendes et condamnations prononcées contre eux. Il n'est pas rare de voir cette comptabilité soumise à l'apurement huit, dix et douze années seulement après l'exercice. Si l'on ajoute à ces retards l'enchevêtrement des attributions du secrétaire d'Etat de la guerre et du Contrôleurgénéral, la multiplicité des sources de revenus, l'absence d'états au vrai des recettes et des dépenses, on comprendra combien il était difficile d'établir, année par année, le budget réel de la guerre.

D'après le tableau ' présenté à Turgot par les bureaux à son entrée en charge, les dépenses de la guerre pouvaient être évaluées à 100.930.421, sans y comprendre

1 Nous donnons ces chiffres d'après l'Essai sur Turgot de M. Foucin. Mais nous croyons devoir l'aire toutes réserves sur le caractère approximatif de ces évaluations sorties des bureaux. Necker, dans son Compte-rendu, insiste sur les obstacles de toute nature qui rendaient à peu près impossible la lixation d'états exacts, et il ajoute : » Mon successeur aura moins de peine que moi parce que j'ai formé ce qui n'existe pas, c'est-à-dire des tableaux complets et appuyés des éléments nécessaires pour connaître facilement tous les détails de la situation des finances. » — « Si les ministres, dit M. Boiteau, n'ont jamais su au juste ce qu'ils avaient à recevoir et à dépenser dans leur année si l'enchevêtrement des comptes, des baux, des arriérés, des rescriptioiis, de l'Ordinaire et de l'Extraordinaire, a empêché le plus habile analyste et le calculateur le plus exercé de tous, Necker, de dresser, pour une année donnée un budget qui ne fut pas simplement théorique, si le désordre de toute cette comptabilité a brouillé jusqu'à l'intelligence de Brienne, et lui a l'ait signaler comme un déficit permanent des dépenses irrégulières, on comprendra que ceux qui, au bout de trois quarts de siècle, cherchent à exposer l'état des finances se chargent d'une tâche fort difficile. » (Etat de la France en 1789, p. 469). M. Fonciu qui y a travaillé, reconnaît lui aussi que tous les comptes de l'ancien régime, même ceux qui furent présentés à Turgot, sont obscurs et incohérents. «Les chapitres ne correspondent pas et ne portent pas les mêmes titres. Les numéros d'ordre changent également, il est difficile de se reconnaître même dans les tableaux de récapitulation. » (Essai sur Turgot p. 82).

En ce qui concerne le Département de la guerre, la difficulté se complique encore par les retards des trésoriers. C'est ainsi que les comptes de l'Extraordinaire des guerres de 1154 ne sont présentés qu'en 1762, ceux de 1760 qu'en 1769. Le compte de l'artillerie de 1756 est apuré en 1768, celui de 1758 en 1770, après douze ans ! Aussi avons-nous la conviction qu'aucun ministre de la guerre en charge n'a connu au vrai la situation financière de son Département. Les tableaux financiers que nous donnons et dont nous indiquons les sources n'ont donc, à nos yeux, qu'une valeur relative, fort inférieure à tous égards à ce qu'on appelle aujourd'hui des projets de budget.

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l'Ecole militaire et les Invalides, entretenus à l'aide de ressources particulières. En voici le détail :

Ordinaire des guerres et Maison militaire. 18. Ot3.510 livres

Extraordinaire dos guerres 03.400.000

Artillerie et Gén:o 10.200.000

Maréchaussées. 2.620.325

Pensions 6.600.580

Turgot, aurait, sous le ministère de Muy, ramené les dépenses à ces proportions :

Ordinaire des guerres .

Extraordinaire des guerre?!.

Artillerie et Génie .

Maréchaussées ....

Pensions

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