‹ Le comte de Saint-Germain et ses réformes, 1775-1777; d'après les archives du Dépot de la guerreChapitre 6 sur 36 · livres · texte numérisé non relu

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L'Etat dépensait donc environ 93 millions, en 1775 ' pour entretenir sur pied une force armée s'élevant, y compris la Maison du Roi, les Invalides des places et les maréchaussées, à 170.963 hommes.

A l'avènement du comte de Saint-Germain, les bureaux \ de la guerre formaient une administration civile. Les commis avaient pris une importance excessive et tranchaient en maîtres avec l'armée 2 : « Ils étaient devenus, par l'incurie des miristres, les véritables ordonnateurs chacun dans leur partie; ils donnaient des audiences où ils recevaieut avec morgue et hauteur des officiers-généraux qui avaient besoin d'eux Cet abus était fait pour choquer tout ministre occupé essentiellement de sa chose, mais il parut encore plus révoltant à M. le comte de Saint-Germain qui était arrivé à la Cour avec toute la prévention possible

i II faut ajouter qu'au 1" janvier 177") le Département de la guerre était grevé de 15 millions de dattes, - Mémoires de Muntbarey, Tome II, p. \Wi.

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contre ces êtres déplacés dont lui-même avait éprouvé, dans plus d'une occasion, la hauteur et même l'impertinence. »

C'est ce qui lui inspira son règlement du21 juin 1776 par lequel il s'est efforcé de faire des bureaux de la guerre une véritable école d'administration militaire.

Les premiers commis devaient désormais se pourvoir d'une charge de commissaire des guerres. Ils en porteraient l'uniforme et auraient le titre de Commissaires des guerres employés à Versailles. Les commis ayant une charge en Cour devaient opter entre cette, charge et leur emploi. Les élèves commis, choisis de préférence parmi les fils des chefs de bureau, commissaires des guerres, pourraient obtenir ces charges après cinq ans de service.

Les bureaux entraient ainsi, au grand dépit de quelques officiers ', dans la grande famille militaire. Us devenaient une pépinière d'administrateurs. Au lieu do nommer commissaire des guerres quiconque avait les fonds nécessaires pour acheter une charge, sans souci des aptitudes et des services, on les irait prendre parmi ceux qui, par une pratique sérieuse, auraient acquis les connaissances indispensables à leur état : « En peu d'années, on fit rouler les ordonnateurs et les commissaires des guerres de l'armée dans les bureaux et des bureaux dans l'armée, mouvement utile aux progrès de la science administrative2. » Le comte de Saint-Germain put, avant sa retraite, apprécier les bons effets de son règlement. « L'état de la finance militaire est actuellement bien. Mes bureaux avaient secrètement travaillé à m'embarrasser par cet endroit, mais ils en sont la dupe. Je les ai enfin purgés et ils sont très bien composés

1 Wimpfen, Commentaires des Mémoires, p. 110.

8 Audoin, Histoire de l'Administration de la guerre, vol. 3. p. 385.

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actuellement, c'est-à-dire aussi bien que cela se peut dans ce pays '. »

Ces bureaux, après leur réorganisation, comprennent six divisions principales '.

La première est chargée des affaires conteutiouses militaires et de celles qui se rapportent au Conseil des dépêches Elle délivre les lettres d'Etat, sauf-conduits, surséances, passe-ports, brevets de retenue, de pensions et de grâces. Elle vérifie les étals au vrai de l'Ordinaire des guerres et des maréchaussées, centralise la correspondance pour la signature des états et arrêts de finance, et celle des expéditions de chancellerie qui regardent les provinces du royaume.

La deuxième division a la correspondance avec les généraux d'année et les commandants de place pour tout ce qui regarde le service et la discipline des troupes. C'est là que se préparent les cartels pour la restitution des déserteurs et les lettres de cachet concernant les militaires. On y libelle les pouvoirs, brevets et provisions des officiers-généraux, maréchaux de France, lieutenants-généraux employés dans les armées et dans les provinces. Tout ce qui concerne les commissaires des guerres, l'administration, la police, la discipline des Invalides et des Ecoles militaires dépend également de ce bureau. Il a enfin ce qu'on pourrait appeler la partie civile du Département, la correspondance avec les intendants des provinces citées plus haut et leurs subdélégués, les expéditions pour la convocation des Etats, la réponse à leurs cahiers, les dépêches pour le renouvellement ou la continuation des magistrats des villes, les rapports pour l'élection et la nomination des abbos réguliers et de leurs coadjuteurs, les ordres du Roi et lettres de cachet pour

1 Le main, 16 août 177ii. (Commentaires des Mémoires .)

'-' Mi'-,,). île Montbarey. — Aima», milit.pa$*im, — Mém. Saint-Germain.

arrêter ou mettre en liberté les ecclésiastiques, les passeports des juifs et les ordres relatifs aux entreprises des religionnaires, aux émeutes ou assemblées tumultueuses d'habitants. Il embrasse, en un mot, toute l'administration intérieure de ce qu'on nommait encore les Provinces militaires.

Les commissions, lettres et brevets d'officiers, la nomination aux emplois dans les grenadiers-royaux ou dans les régiments provinciaux, les provisions pour la Gendarmerie et la Maison du Roi et tout ce qui concerne les congés, reliefs, dettes des militaires, sont du ressort de la troisième division.

A la quatrième se rattachent les projets et Ordonnances 4f pour les fonds nécessaires au Département de la guerre, la

comptabilité des trésoriers -généraux de l'Ordinaire, de l'Extraordinaire des guerres et du quatrième denier ', la comptabilité du taillon, de l'ordre de Saint-Louis, de l'Hôtel royal des Invalides, l'inspection de toutes les caisses placées sous les ordres du ministre de la guerre, les mémoires pour la distribution des grâces aux veuves des militaires et aux officiers retirés, et, d'une façon générale, toutes les questions relatives à la comptabilité.

La cinquième division comprend tout ce qui intéresse le mouvement, l'emplacement, les réparations des troupes, la correspondance avec les chefs des Divisions sur la police, l'administration et la revue des régiments, les étapes, le recrutement et les remontes .

La sixième a dans ses attributions les maréchaussées, les prévôtés des armées, les procès des déserteurs, l'administration des chaînes où ils sont détenus, le contrôle des bas-officiers et soldats, les certificats de mort ou de déser-

1 Prélevé sur les dépenses pour former un fonds de secours destiné aux officiers retirés.

tion, la comptabilité des régiments en ce qui touche la gestion des masses appliquées à leur entretien, l'habillement de toutes les troupes, à l'exception des Gardes-françaises et suisses, du régiment du Roi et des régiments suisses qui avaient leur administration particulière.

Trois bureaux de second ordre sont adjoints à ces divisions principales : un pour l'artillerie, les fortifications, le génie et l'arsenal de Paris ; un autre chargé de la subsistance des troupes, fourrages, hôpitaux et casernement ; le troisième du détail des Divisions militaires.

Enfin, le Dépôt de la guerre, créé par Louvois, et comprenant les archives, les plans et les bureaux des ingénieursgéographes, a aussi son administration particulière.

Quelles étaient maintenant les vues d'ensemble du nouveau ministre? Il ne se proposait rien moins qu'une refonte totale de tout l'état militaire. Esprit systématique et sans souplesse, il procède en vertu de principes absolus dont il rêve sans ménagements l'application immédiate. « Il y a, dit-il ', des principes qui sont de tous les temps et de tous les lieux, qui seront éternellement vrais et bons parce qu'ils sont une émanation de la sagesse divine qui les a gravés dans tous les coeurs et dont on ne s'écarte jamais sans qu'il en résulte les plus graves désordres. »

— Au premier rang de ces principes figure « la stabilité » dans les règlements, dans les maximes, dans les usages, stabilité que sera appelé à maintenir « un Conseil de guerre plus nécessaire encore à la nation française qu'à toute autre. »

— Viennent ensuite la religion et la morale « thermomètre assuré qui marque l'éclat des nations... Toute troupe sans religion et sans mœurs ne sera jamais bonne. »

— Il faut, dans le choix des officiers, considérer à la fois

; Mémoires du comte rie Saint-Germain, page 132 et suivantes.

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les mœurs, l'intelligence et l'ancienneté. « L'ancienneté dans les avancements est une bonne méthode, mais elle ne doit avoir la préférence qu'à mérite égal parce que le bien du service doit l'emporter comme de raison sur toute autre considération Les emplois ne sont pas faits pour les hommes,

mais les hommes pour les emplois. »

— L'intérêt dans les armées a pris la place de l'honneur, il faut réagir contre cet élément de corruption. « L'état militaire ne peut pas être enrichi, toutes les finances d'un état n'y suffiraient pas. » L'essentiel est qu'un militaire puisse vivre honnêtement de son grade sans avoir besoin de son patrimoine, à égale distance du luxe qui le corrompt et de la misère qui l'humilie.

— Quand il est hors d'état de servir, il a droit à une retraite proportionnée à ses services. Une doit pas avoir à mendier des pensions et des grâces « dont le terme même doit être inconnu et aboli. »

— Il est de toute nécessité de donner au militaire la sécurité: « l'humeur, le caprice, la légèreté, la dureté » ne doivent pas lui ôter son état. Il ne doit le perdre que par sa propre faute s'il ne remplit pas ses devoirs. La perte de l'emploi ne doit être prononcée que par le Conseil de guerre, avec l'appareil des formes juridiques qui sont les garanties do la justice.

— On ne peut trop faire pénétrer dans tous les rangs, depuis le soldat jusqu'au général d'armée, les règles de la discipline et delà subordination. « La tiédeur dans le service, l'insubordination, la fraude envers le Roi, les lâchetés sont des crimes qui doivent être inconnus dans l'état militaire et qui doivent toujours être punis à toute rigueur. »

— Il importe d'éviter, autant que possible, les emplois inutiles, les entrepreneurs, les commis qui favorisent l'oisiveté générale. Les corps militaires doivent se suffire à euxmêmes.

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— Point de titres sans grades, point de grades sans fonction?.

— Dans les établissements militaires, Écoles, Hôpitaux, etc., il faut bannir un vain luxe et n'avoir en vue quo l'utilité et l'économie '.

C'est en vue d'appliquer ces dix principes, sorte do décalogue depuis longtemps arrêté dans son esprit, que le comte de Saint-Germain se met à l'œuvre avec une juvénile ardeur. Du 12 décembre 1775 au 27 septembre 1777, il n'a ptl lancé moins de quatre-vingt-dix-huit Ordonnances, Arrêts, Règlements, Déclarations qui forment, pour ainsi dire, un véritable Co.le de législation militaire.

Adversaire des corps privilégiés, il veut, non supprimer, mais réduire la Maison du Roi et n'en laisser subsister que ce qui est nécessaire à la dignité de la couronne et à la sûreté du prince.

Pour faciliter à la pauvre noblesse de province, rebutée du service, l'accès de tous les emplois, il va établir en sa faveur de nouvelles Ecoles et reprendre dans l'héritage de Louvois l'institution des Cadets-gentilshommos.

En même temps, il fera la guerre aux états-majors onéreux et inutiles, encombrés par la noblesse de Cour après un service illusoire dans la maison du Roi. Il attaquera la vénalité des charges; il s'efforcera de réduire ou de supprimer leur liuance afin qu'elles cessent d'être un objet de commerce acquis et transmis à deniers comptants, et deviennent la récompense de la valeur, du mérite et des services.

Il réorganisera le mode de recrutement des troupes, s'attachera à retenir autour du drapeau les vieux soldats par l'augmentation de la solde et les primes de rengagement, tracera les règles de la discipline, de la subordi-

1 Voir 'bus les Mémoire» de Saint Qermain lo développement do om prlucipes,

nation, de la hiérarchie, et cherchera des remèdes à cette plaie des armées de l'ancien régime, la désertion.

Il donnera aux différents corps une composition uniforme, et proportionnera, selon les nécessités de la guerre moderne, les différentes armes aux services qu'elles sont appelées à rendre en campagne.

L'artillerie, le génie, le service des arsenaux seront l'objet d'importantes réformes. Mettant à profit les leçons de la guerre de Sept ans, il fera pénétrer dans les Ordonnances sur l'exercice et les manoeuvres des troupes les principes de la tactique nouvelle, et, par la création des Divisions, rendra à la fois facile et prompte la mobilisation des armées.

En ce qui toache l'administration des corps, les fournitures, les vivres et les fourrages-, il travaillera, par la suppression des intermédiaires et des entrepreneurs, soit à réduire les dépenses, soit à rendre le contrôle de l'Etat plus direct et conséquemment plus efficace.

Il projettera enfin, après avoir assuré l'avenir des militaires éloignés du service par les infirmités ou la maladie, d'assurer également le sort de leurs veuves ou de leurs enfants.

Bon nombre de ces réformes étaient, en ce moment même, à l'ordre du jour. Elles avaient été discutées dans les assemblées tenues chez le maréchal de Biron par les généraux inspecteurs de l'infanterie, et chez le maréchal de Soubise par les inspecteurs de la cavalerie. Ce dernier Comité, composé en majorité de tous les chefs et survivanciers des états-majors et des corps à privilèges ', s'était montré peu favorable aux innovations, mais, dans l'assemblée des inspecteurs d'infanterie, on avait élaboré

1 Mém. de Rochambeau, I, 222.

ET SES REFORMES 1'. t

d'excelloats projets d'Ordonnances, et la mort de M. le maréchal de Muy en avait seule retardé l'exécution. Ces travaux n'ont pas été perdus, et, dans plus d'une circonstance, le comte de Saint-Germain n'a fait que réaliser les vœux des Comités '.

Il se proposait au reste l'établissement d'un Conseil suprême de la guerre, et, cette institution était, cà ses yeux, la clef de voûte de l'édifice nouveau. Parmi les Mémoires que, de sa retraite, il avait adressés au Roi, il avait particulièrement insisté sur la nécessité de constituer un Tribunal chargé de vérifier les lois militaires, de les enregistrer, de veiller à leur exécution, d'empêcher qu'elles ne scient altérées ni changées. Il ne voulait plus que « le sort de tant de braves gens fut soumis au caprice d'un seul homme ". » Ce Conseil lui apparaissait surtout comme un élément de stabilité et de résistance pour limiter les abus de pouvoir des ministres, prévenir les cabales de Cour, juger souverainement les prévarications, empêcher qu'un changement de personnes n'amenât un bouleversement général des institutions. « Un Tribunal a plus de poids, de consistance et de solidité et conserve mieux les règles et les formes qu'un particulier, quel qu'il puisse être. Dans un Tribunal le même esprit, les mêmes maximes sont à jamais conservés. »

Ce Conseil devait être subdivisé en sept départements : i» Infanterie, Milices, Invalides; 2° Cavalerie, Écoles militaires; 3° Artillerie, Arsenaux, Poudres et Salpêtres; 4° Génie et Fortifications ; 5° Finances ; G° Hôpitaux et fournitures ; 7° Contentieux et révision des sentences des conseils de guerre.

1 D. G. Sapp. à la Correspondance. Orgauisation gén irato, ' Hém, de Saint-Germain, p. 60 et suivante?.

20 LE COMTE HK SAlNT-GERMAlN

Les Mémoires de Saint-Germain s'étendent longuement sur la composition de ce Conseil destiné à « assurer l'état et la fortune de tous les officiers, dépositaire et conservateur de toutes les lois militaires.» Il voulaitqueles membres qui en feraient partie fussent « irrévocables et inamovibles. » Il devait être présidé par un maréchal de France qui aurait rang de ministre d'E'at et séance dans tous les Conseils royaux. Il réservait cette présidence au prince de Beauvau dontilappréciaitl'esprit élevé, le caractère intègre l et ferme.

Parmi les lieutenants-généraux qu'il y eut appelés on

>/ remarque le marquis de Castries, dont il loue « le nerf, la

. force, l'honnêteté, les connaissances étendues; » Stainville

« dont l'expérience égale le talent; » Rochambeau « plein

d'honneur, doué d'une érudition immense. » Il voulait y

/ faire entrer le protestant Wurmser, sans que sa religion put être un obstacle, « l'intolérance étant bannie de tous les états policés ; » Gribeauval , son collaborateur et son ami, et aussi le comte de Broglie ', « homme de beaucoup d'esprit, caractère décidé, âme forte... . On le craint, disait-il, je le sais bien. Il y a eu des circonstances où il m'a inspiré le même sentiment, mais, dans les relations que j'ai eues avec lui pendant mon ministère, j'ai cru démêler la cause qui produit cette crainte. Il est sévère, il n'est pas adulateur. Il juge peut-être avec trop de liberté et sans égard à l'élévation ou au crédit des hommes. Il nomme les lâches et les ignorants par leur nom, et, comme le nombre

en est grand, il s'élève contre lui une foule d'ennemis

J'ai banni de mon cœur tout ressentiment, tout préjugé

' Soulavie ne manque p&s de faire remarquer qua le "comte de Saint-Germain a écarté le maréchal de Broglie de la présidence de ce Conseil, sans dont-" par ressentiment de l'affaire de Corbaeh. Nous aimons mieux croire que Saint-Germain l'a volontairement oublié dans l'intérêt même de ses réformes. Il savait que le maréchal était loin de les approuver toutes, il ne pouvait le proposer punila présidence d'une assembler destinée, dans sa pensée, à les maintenir.

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toulo haine, et je ne vois plus en lui qu'un officier-général qui peut servir le Roi très utilement, dans quelque circonstance que S. M. puisse l'employer. »

L'idée de constituer uu Conseil suprême de la guerre avait été agitée déjà en 1705, sous le ministère do Choiseul. Elle devait plaire d'autant pi us au comte de Saint-Germain qu'il avait vu, sous le nom de Directoire ou de Collège, un Conseil de ce genre fonctionner en Danemark. Comment n'en fit-il pas, comme il le voulait tout d'abord, la première assise de ses réformes? Il l'a très ingénument avoué dans ses Mémoires. Il craignait que son plan ne fût morcelé et tronqué. Et certes, le Conseil, en soumettant ses projets à une critique sévère, ajournant ceux que le temps n'avait pas mûris, préparant pour les autres des transitions de nature à désarmer les intéressés, lui eût rendu, sans qu'il s'en doutât, un éminent service. Mais, comme tous les réformateurs impatients, c'est au bénéfice exclusif de son œuvre à lui qu'il réclamait la stabilité et la permanence, et le Conseil qu'il voulait créer eût été appelé moins à la discuter qu'à la maintenir.

Après avoir volontairement ajourné celte création au début de son ministère, il ne put la reprendre quaud ses opérations touchèrent à leur fin. Son crédit avait considérablement baissé. On ne manqua pas de lui représenter le peu de succès des Conseils sous la Régence, et, en particulier, de ce Conseil de la guerre que présidait le maréchal de Villars, et qui, après des tiraillements de toute sorte, avait été dissous en 1718, sans qu'il ea fût sorti une mesure utile à l'armée. Maurepas qui, dès cette époque, secrétaire d'Etat imberbe, avait pu voir fonctionner cette institution, n'y trouvait qu'une confusion déplorable du pouvoir délibérant et du pouvoir exécutif, et une menace permanente pour les prérogatives de l'autorité royale. Le comte de

Saint-Germain, contrarié par le premier ministre, ne put jamais traiter directement cet objet avec le Roi, et il ne lui resta d'autre ressource, à sa retraite, que de recommander chaleureusement à son successeur l'œuvre qu'il n'avait pu qu'ébaucher.

Ce Conseil de guerre n'a été organisé pour la première fois qu'en 1788 par les soins du comte de Brienne, qui détermina les attributions réciproques du secrétaire d'Etat et du Conseil. Au ministre furent réservées l'action et l'exécution; le Conseil fut chargé de la partie législative et consultative, de la préparation des Ordonnances, de la connaissance et de la discussion de l'emploi des fonds, de la surveillance des marchés, de la dispensation des emplois, du maintien des règles de la discipline et de la hiérarchie.

Après maintes vicissitudes, le vœu du comte de Saint- Germain a été plus tard réalisé sous des formes diverses, et le Conseil de guerre a fini par reprendre, de nos jours, la place qui lui est due au sommet de nos institutions militaires.

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