‹ Le comte de Saint-Germain et ses réformes, 1775-1777; d'après les archives du Dépot de la guerreChapitre 9 sur 36 · l/'/.i. de 8aint-8ermain, p. 152 ot · texte numérisé non relu

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2 Esprit des /ois de la Tactique, p. ÎH.

reaux des provinces ne sont plus en état d'entretenir leurs fils au régiment ou dans le luxueux établissement de Pàris- Duverney1. Ils se désintéressent de plus en plus du service militaire, et, dans les cadres désertés par eux se pressent déjà en foule les enfants du tiers-état qui s'enrichit et prospère. C'est pour réagir contre cette tendance, c'est en faveur de cette noblesse provinciale, découragée à la fois par la misère et les dédains de la Cour, qu'ont été instituées les Ecoles nouvelles et les Cadets-gentilshommes.

Avec Choiseul, le comte de Saint-Germain croit que l'éducation toute militaire inaugurée par l'Edit de 1751 ne saurait convenir aux enfants. 11 leur faut d'abord inculquer les premiers éléments des connaissances. Les Ecoles ont pour but de leur donner l'éducation et l'instruction indispensables à tous. C'est une sorte de noviciat où se développent les dispositions de chacun et après lequel seulement se fera le choix d'une profession. C'est le but que Choiseul voulait atteindre en créant le Collège de la Flèche. Mais ce Collège est insuffisant et l'on n'y peut venir de tous les coins de la France.

Par Ordonnances du 1er février et du £8 mars 1776 l'Ecole Militaire de Paris était supprimée. Ses biens meubles et immeubles devaient être vendus et les élèves qu'elle renfermait répartis dans les Cadets-gentilshommes ou dans les Ecoles nouvelles.

Le préambule de l'Ordonnance du 1er février, très remar-

i « Il y a beaucoup do noblesse eu France, mais ses facultés sent irop bornées pour qu'elle puisse donner à ses fils une éducation convenable et les soutenir ensuite dans le service. Ceux à qui pourrait rester quelque doute sur cette vérité n'ont qu'à se transporter en Bretagne, en Bourbonnais, en Nivernais, en Provence, en Dauphiné, en Auvergne, en Poitou, en Bearn, en Guienne, en Limousin, en Champagne, etc. Je ne crois pas que les recherches les moins scrupuleuses leur permettent de rester longtemps dans la même opinion.» Lettre d'un ancien lieutenant-colonel françats à M. sur l'Ecole Militaire. Middlebourg, 1753.

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que par la décence et la noblesse de son langage1, rendait hommage aux intentions qui avaient inspiré le feu Roi eu instituant l'Ecole militaire. «... Animés des mêmes vues, héritiers de la même affection pour notre noblesse... nous sommes persuadés qu'un établissement si respectable qui fait tant d'honneur à la mémoire de notre aïeul pouvait encore être perfectionné, et qu'il deviendrait bien plus utile à notre noblesse si les élèves de la première classe, au lieu d'être réunis dans la maison de La Flèche, étaient distribués dans plusieurs collèges de plein exercice, situés en différentes provinces du Royaume où ils seraient plus à portée de leurs familles, et où ils recevraient la même éducation et les mêmes instructions que les autres pensionnaires. Outre les avantages si connus d'une éducation publique et commune à toutes les classes des citoyens, les mesures que nous nous proposons de prendre pour la plus grande perfection de l'enseignement profiteront également à nos dits élèves et aux enfants de ceux de nos sujets qui seront élevés dans les mêmes collèges. Enfin, en améliorant et par économie sur les revenus, nous pourrons porter à 600 le nombre des élèves de la première classe qui n'était fixé qu'à 250, et même entretenir au moins 1200 Cadets que nous nous proposons de former dans nos régiments, pour servir de pépinière aux officiers de nos troupes. C'est dans cette école vraiment militaire qu'éloignée de la capitale notre jeune noblesse recevra, sous les yeux des chefs des régiments où ils seront appelés à servir, les instructions et les exemples capables d'élever l'âme, d'encourager les talents et de faire germer toutes les vertus. »

Quant aux collèges nouveaux qui allaient prendre le titre ambitieux à? Ecoles Militaires, ils n'étaient pas la propriété du Roi. Ils appartenaient aux congrégations qui,

l Journal de Hardy, 9 février 1"G,

depuis l'expulsion des Jésuites, avaient recueilli dans l'enseignement l'héritage de la célèbre société.

L'Ordonnance du 28 mars désignait à cet effet dix maisons :

Sorèze du diocèse de Lavaur, dirigée par les Bénédictins

Brienne — Troyes — Minimes

Tiron — Chartres — Bénédictins

Rebais — Meaux — —

Beaumont — Lisieux — —

Pont-le-Voy. . . Blois — —

Vendôme \ Blois — Oratoriens

Effiat — Clermont — —

Pont-à-Mousson — Toul — Chanoines

réguliers du St-Sauveur

Tournon ' — Valence — Oratoriens.

Chacune de ces Ecoles devait recevoir de 50 à 60 élèves, pensionnaires du Roi, qui, moyennant 700 livres annuellement payées pour chacun au Supérieur, devaient être logés, nourris, entretenus et instruits jusqu'à l'âge de quatorze ou quinze ans. A cet âge, ceux qui se destinaient à la profession des armes seraient placés dans les Cadetsgentilshommes s'ils avaient profité des leçons qu'on leur avait données. Ceux qui préféraient l'église ou la magistrature iraient dans d'autres collèges ou écoles publiques conquérir les grades de licencié ou de docteur. Ceux qui se rendraient indignes par leur inconduite ou leur paresse des bienfaits du Roi devaient être rendus à leurs familles.

Les règles établies par Fédit de 1751 pour l'admission à l'Ecole militaire restaient pour la plupart en vigueur 2. Il fallait justifier devant le généalogiste d'Hozier de Sérigny de quatre générations de noblesse paternelle, et, comme

i On devait y ajouter Auxerre et Dôl< » 0. du 28 mars 1776, titre II, A. 6.

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l'institution était réservée à la noblesse pauvre, l'état des Lions des parents et des enfants devait être constaté par les intendants ou subdélégués sur le rôle des impositions, et certifié véritable par deux gentilshommes du voisinage.

On n'admettait dans ces Ecoles que des enfants capables d'être appliqués de suite à l'étude des langues. Le Roi abandonnait aux lumières et au zèle des ordres religieux la direction des études, le détail de la discipline, le choix des supérieurs, principaux et maîtres. Néanmoins le secrétaire d'Etat, en donnant à ces collèges le titre d'Ecoles Militaires, s'en réservait la surintendance et l'inspection. Il imposait aux supérieurs l'uniformité dans les méthodes, puisqu'à la sortie tous les élèves devaient concourir ensemble pour les places de Cadets-gentilshommes. Il exigeait tous les trois mois des états de situation et des rapports sur la conduite et le travail des pensionnaires du Roi. Sans intervenir enfin directement dans le choix des maîties, il gardait le droit d'en provoquer le changement si, d'après les comptes qui lui seraient rendus, l'éducation et l'instruction étaient en souffrance par leur faute.

Les supérieurs de chaque maison devaient continuer à recevoir, sans hausser leurs prix, des pensionnaires de tous états. Rien ne devait les distinguer des pensionnaires du Roi. Pour les uns et les autres même uniforme, même discipline, mêmes professeurs, mêmes méthodes. « L'intention de S. M., dans la dispersion des élèves de l'ancienne Ecole Militaire en divers collèges, étant de leur procurer en les mêlant avec les enfants des autres classes de citoyens le plus précieux avantage de l'éducation publique, celui de ployer les caractères, d'étouffer l'orgueil que la jeune noblesse est trop aisément disposée à confondre avec l'élévation, et d'apprendre à considérer sous un point de vue juste tous les ordres de la société, S. M. a

soumis les supérieurs et les principaux d'y recevoir uu nombre au moins égal d'autres pensionnaires '. »

L'enseignement comprenait l'écriture, les langues française, latine, allemande, l'histoire, la géographie, les mathématiques, le dessin, la danse, la musique, l'escrime. Chaque établissement devait être pourvu d'une bibliothèque, d'un cabinet de physique et de mécanique. Un fonds de 6.000 livres, prélevé sur les revenus de l'ancienne Ecole, était destiné à récompenser les personnes choisies par le Roi pour composer à l'usage de ces collèges des livres élémentaires de langues'.

D'après un palmarès :t de l'Ecole royale militaire d'Effiat, les élèves expliquent en septième Erasme, le Selectœ, Phèdre et le catéchisme de Fleury ; en cinquième, Cornélius ; en quatrième, les Catilinaires et le Phormion; en troisième, les Catilinaires, Quinte Curce, l'Enéide; en seconde, le Pro Marcello ; en rhétorique, Horace.

On leur expose la géographie de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Empire romain, l'histoire sacrée, celle des Assyriens, des Babyloniens, des Mèdes et des Perse?, l'histoire de la Grèce et de Rome en insistant surtout sur les institutions militaires, l'histoire de France jusqu'à Louis XV. On leur donne des notions de littérature et de rhétorique.

On leur apprend l'arithmétique (fractions, puissances, racines, progressions, logarithmes), la géométrie, la trigonométrie, les éléments de l'astronomie, l'algèbre (synthèse et analyse), les applications de l'algèbre à la géométrie, l'histoire naturelle de l'homme.

• Ord. du 28 mars 1"76, ait. 13.

2 Même ord„ t. III, art. 3.

:l Exercices publics de MM. les élèves de l'Ecole royale militaire d'E/'fiat sous la direction des pères de l'Oratoire. (Clermont, Delcros, 1782). — Nous devons à la bienveillance de M. Bonnnl, l'auteur de Desaix. la communication de cette intéressante brochure,

i:t ses réformes r,T

On y joignait même un cours — fort élémentaire sans doute — de fortifications régulières et de campagne, et quelques notions d'artillerie.

Il y a des prix de bonne conduite, d'éloquence, de narration, d'histoire, de version, de mathématiques, de fortifications, d'allemand, d'arts, de dessin, d'écriture, de musique instrumentale et vocale, de danse et d'escrime.

Ces études duraient six ans au moins pour ceux qui entraient au collège de huit à neuf ans. Vers quatorze ou quinze ans ceux qui aspiraient à devenir Cidets-gentilshommes étaient admis à subir un examen, qui devait avoir lieu à Brienne, en présence de l'inspecteur des Ecoles, du sous-inspecteur et de deux gens de lettres choisis par le secrétaire d'Etat de la guerre. Les élèves dont l'instruction paraissait suffisante étaient admis dans les Cadets. Les refusés restaient à Brienne pour se préparer aux examens de l'année suivante. S'ils échouaient encore, les familles élaient invitées à les retirer. Ces examens et la distribution des récompenses attribuées aux plus méritants devaient se faire avec une solennité « propre à faire impression sur l'esprit des élèves et à exciter l'émulation des maîtres ' . »

Les enfants des familles nobles et riches qui pouvaient se passer du secours de l'Etat étaient autorisés à concourir avec les pensionnaires du Roi et à leur disputer les places de Cadets.

Que devenaient maintenant les jeunes gens qui se destinaient à l'état ecclésiastique ou à la magistrature? Le Roi rétablissait en leur faveur, dans le Collège de La Flèche, l'ancienne fondation de Henri IV en faveur de cent gentilshommes dont les pères avaient rendu des services dans les charges publiques. « Après nous être

i Ord. il» 88 mars IT76, titre IV, A. 0.

occupés, disent les lettres patentes du 20 mai 177G, des moyens de perfectionner l'éducation et l'instruction des jeunes gentilshommes qui se destinent à la profession des armes, il ne nous reste plus qu'à faire connaître nos intentions sur ceux qui se trouveront appelés à l'état ecclésiastique ou aux fonctions honorables de la magistrature et qui ne sont pas moins dignes de notre attention. »

La faiblesse des revenus du Collège de La Flèche et la situation embarrassée de ses finances avaient jusque là entravé en partie l'exécution des Ordonnances. Cet établissement était en outre grevé, depuis 1763, de redevances assez fortes à payer, à titre d'indemnité, aux Jésuites expulsés ', En vertu des lettres patentes du 2 février 1763, il leur était dû une rente annuelle de 20.000 livres, jusqu'au 1er février 1785 et une rente de 15.000 livres du lor janvier 1785 au 1er janvier 1795. L'Etat traita avec la congrégation de la Doctrine chrétienne et lui abandonna les biens, revenus, mobilier, acquisitions faites des fonds de l'Ecole Militaire. Elle prit à son compte les rentes à servir aux Jésuites. Dans le traité passé par le supérieur avec le secrétaire d'Etat de la guerre on estima, que, toutes charges et frais prélevés y compris les dépenses du personnel, une somme de 35.000 livres environ devait rester disponible à l'aide de laquelle, à raison 700 livres par élève, le Roi pourrait faire instruire environ 50 gentilshommes. Le nombre en devait être graduellement élevé au fur et à mesure de l'amélioration des revenus et de l'extinction des rentes dues à la Compagnie de Jésus l.

On faisait pour entrer au Collège Royal de La Flèche les mêmes preuves de noblesse que pour être admis dans les Ecoles militaires. C'était là que devaient être envoyés

i Lettres patentes du 20 mai 1776. — Soumission du supérieur des Frères de a doctrine Chrétienne, 11 mars 1776. (Arch. nat. Ecoles militaires).

les élèves de ces Ecoles qui, vers quatorze ou quinze ans, manifestaient peu do goût pour la carrière des armes. La Congrégation s'engageait à entretenir des professeurs de philosophie, d'humanités, d'allemand, d'tialien, de mathématiques, de dessin, de danse, de musique, d'escrime, à ouvrir des cours de physique expérimentale et de droit naturel et à recevoir gratis des externes de toutes classes, selun l'usage établi par les règlements antérieurs. Les études devaient être poussées assez loin pour que les jeunes gens pussent arriver aux grades de licencié et de docteur. Des Lettres du 7 Avril 17G7 avaient affilié le Collège à l'Université de Paris, mais cette Université n'admettait pas dans son sein la Congrégation des Frères. Le Collège dut être affilié à l'Université d'Angers.

Le secrétaire d'Etat de la guerre conservait à La Flèche, comme dans les Ecoles militaires, le droit de surveiller ou de faire surveiller la discipline et l'instruction des enfants ainsi que la régie et l'administration des biens. Aucun emprunt, aucune aliénation ne pouvaient avoir lieu sans le consentement du bureau d'administration institué par l'Ordonnance du 7 avril 1764, et composé de l'évêque, du lieutenant-général de la province, du procureur de la sénéchaussée, de deux notables, du maire et du principal du Collège. La négligence dans la gestion ainsi que l'inexécution des engagements pris entraînaient pour la Congrégation la déchéance de tous ses droits. Elle accomplit d'ailleurs sa tâche avec tant de zèle qu'au lieu d'être à charge à l'Etat elle put bientôt se passer de tout secours et venir même en aide à l'Ecole Militaire en la déchargeant du paiement de 10.800 livres qu'elle devait sur ses revenus à l'ancien personnel de La Flèche. Aussi fut-elle, par Ordonnance du 8 décembre 1779, maintenue dans tous ses droits et dans la jouissance indéfinie des biens meubles et immeubles.

Associé naturel des Écoles militaires, institué d'après un même plan, soumis à des règlements du même genre, et n'en différant que par la destination de ses élèves, l'établissement de La Flèche devait partager également leur fortune et ne disparaître qu'avec elles.

Ces Écoles militaires ont, il faut le dire, abusé quelque peu les historiens. Ils ont pris à la lettre ce nom sonore et pompeux, et se sont justement étonnés alors de voir confier à des Oratoriens, à des Bénédictins, à des Minimes le soin de former des gens de guerre. Si, par École militaire, on entend une Académie où les jeunes gens, dont l'éducation est faite, s'exercent à l'apprentissage du métier des armes, s'appliquent à l'étude théorique et pratique des Ordonnances et s'élèvent au niveau des progrès réalisés dans l'art de la guerre, l'ancien régime, à part les écoles spéciales d'artillerie et de génie, n'a institué rien de pareil. La création de Pâris-Duverney elle-même est, comme on l'a pu voir, tort éloignée de cet idéal. C'est dans la Maison du Roi pour la noblesse de Cour, dans les régiment, pour les nobles de province, que se sont formés la plupart des officiers. Les Écotes militaires d'alors ne sont pas autre chose que des écoles ; elles ne sont militaires que par la destination de ceux qu'on y élève, et qui, étant nés gentilshommes, sont en même temps nés officiers. Aussi, au point de vue de la discipline et de l'enseignement ne se distinguent-elles point des autres collèges du Royaume. Il ne s'agit pas d'y former des soldats, mais d'y élever des enfants, et les manœuvres les exercices, auxquels on s'y livre, les éléments de science militaire qu'on prétend y donner ne sont généralement qu'un leurre, un embarras ou un superflu. Avant d'y enseigner la tactique, il fallait y apprendre l'orthographe. Ces enfants avaient besoin de maîtres et non d'officiers instructeurs, et dès lors nuls

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n'étaient plus aptes à leur assurer les bienfaits de l'éducation première que les Pères de l'Oratoire ou les moines de Saint-Benoit qui avaient recueilli l'héritage des Jésuites et tenaient alors en France la première place dans renseignement public.

Non, ce n'est pas dans les cloîtres que le comte de Saint- Germain veut former ses* officiers, ce n'est pas à des moines . qu'il réserve cette lâche ! Pour lui la véritable école militaire, c'est le régiment. Il reprend l'institution des Cadetsgentilhommes, mais sans les isoler, comme au temps de Louvois, dans des compagnies d'élite recrutées seulement parmi leurs pairs. Il veut les jeter au contraire dans la masse de l'armée pour y apprendre le métier des armes avec les gens du métier, sous les yeux d'officiers mûris par l'expérience, vieillis sous le harnais, capables de fournir à cette jeunesse à la fois le précepte et l'exemple.

« Ayant donné par déclaration du lor février 177(5, dit le préambule de l'Ordonnance du 25 mars, une forme plus avantageuse et plus économique à l'institution du feu Roi, le premier usage que S. M. veut faire des économies, fruit du plan qu'elle a adopté, est, d'une part, d'ouvrir de nouveaux débouchés qui puissent servir à placer les élèves des nouvelles Ecoles établies et achever leur éducation, de l'autre, de procurer à la noblesse un plus grand nombre de moyens de s'attacher à son service. »

En conséquence, il est établi dans chaque compagnie d'infanterie, de cavalerie, de chasseurs et de dragons un emploi de Cadet-gentilhomme, soit 1200 emplois pour l'armée entière. Les corps de la Maison du Roi, de la Gendarmerie et des Suisses font exception à cette règle.

Le Cadet-gentilhomme doit être âgé de quinze à vingt ans, être de naissance noble ou fils d'un officier ayant un grade

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ET SES RÉFOUMKS 78

égal on soit tenu dans l'armée d'obéir à ces jeunes \gens '. Ils sont en effet soumis au service du soldat, à la seule exception des corvées. Ils doivent, selon leur ancien- I neté et leur mérite, passer par tous les grades de bas-officiers, en porter les marques distinctives, en faire le ser-^ vice à titre de surnuméraires. Ils sont proposés par lé colonel pour remplir les sous-lieutenances vacantes. SU après avoir manqué deux nominations par négligence ou j inconduite, ils viennent à subir par leur faute un troisième retard, ils sont renvoyés à leur famille.

Bien qu'ayant, pour l'avancement, rang d'oflicier dès leur entrée au corps, ils sont subordonnés à tous les autres officiers du régiment. La prison et les arrêts ne leur sont néanmoins infligés que par les capitaines de leurs compagnies ou parles officiers supérieurs.

La solde des Cadets était prise sur les fonds de l'Ecole Royale Militaire. Elle s'élevait à 12 sols par jour dans l'infanterie, à 15 sols dans la cavalerie.

La surveillance des études et des mœurs de ces jeunes gens était confiée à la fois à l'aumônier du régiment et à un capitaine spécialement délégué à cet effet par le colonel. Ils avaient à contrôler leur tenue, leurs sorties et leurs plaisirs. L'Ordonnance recommandait particulièrement aux chefs de corps « de faire employer aux Cadets-gentilshommes en études, lectures, instructions relatives à leur état tout le temps que les occupations et les devoirs militaires leur laisseraient, afin qu'ils acquièrent des connaissances et contractent l'habitude du travail si nécessaire à un officier \ »

Pour fondre dans les mômes corps les Cadets sans distinction d'origine, les colonels ne pouvaient proposer de

i Ord, du 25mart ci du 20 août 1776.

* Ord. du 20 août 177(1. Art. 21.

sujets étrangers que s'ils avaient déjà dans leurs régiments des Cadets sortis des Ecoles. Le ministre réglait le nombre de places à donner aux uns et aux autres. Il y avait à peu près par régiment trois Cadets des Ecoles contre six présentés par les colonels. Pour les études, les exercices et l'avancement, l'égalité la plus parfaite devait exister entre eux. Ils vivaient les uns et les autres en chambrée où ils étaient traités comme les souslieutenants et avaient chacun leur lit. Dans les questions de préséance, le pas appartenait au plus ancien, à ancienneté égale, aux Cadets des Ecoles militaires, entre l ces derniers, au plus âgé. Ceux qui recevaient de l'argent

7 de leur famille ne devaient se permettre aucun luxe; quant aux pensionnaires du Roi, ils touchaient, pour subvenir à leurs menues dépenses, 200 livres par an jusqu'à ce qu'ils fussent lieutenants en second.

En supprimant l'Ecole Royale Militaire, Saint-Germain avait autorisé le bureau d'administration à vendre et à aliéner Hôtel, terrain et mobilier pour convertir le produit de ces ventes, après le paiement des dettes, en rentes destinées à l'entretien des pensionnaires du Roi et des Cadetsgentilshommes. Mais on n'aurait pu, sans une dépréciation considérable, trouver acquéreur pour ces vastes constructions qui n'avaient pas coûté moins de huit millions. On dut renoncer à cette opération ruineuse.

Afin de tirer parti de cet établissement, et pour étendre les avantages de la fondation de l'Ecole Royale Militaire, une Ordonnance du 17 juillet 1777, sans toucher d'ailleurs à l'institution des Ecoles et des Cadets antérieurement adoptée, fit de l'Hôtel une sorte d'Ecole supérieure où étaient admis, à titre de Cadets, l'élite des élèves distribués dans les collèges et les jeunes nobles élevés aux frais des familles, « en faisant dépendre leur distinction et leur

ET SES KÉFOKMKS 70

avancement de leur mérite personnel. » Le ministre voulait former ainsi « une espèce de concours perpétuel ouvert à toute la noblesse sous les yeux de S. M '. »

D'après l'Ordonnance, les jeunes gens sont reçus dans cette Ecole supérieure de 13 à 15 ans après avoir subi un examen d'entrée où ils doivent donner des preuves suffisantes de capacité. La noblesse étrangère y peut être admise aux mêmes conditions que la noblesse française. Comme le nombre des places n'est pas limité, cet examen n'est pas un concours et ne donne pas lieu en conséquence à un classement d'admission. La même raison avait déterminé le ministre à remplacer également à la sortie de Brienne la méthode des concours par celle des examens, « le choix des meilleurs sujets et la préférence accordée au mérite personnel étant des voies plus simples et plus utiles à l'émulation générale des maîtres et des élèves que la méthode des prix et des concours '. »

La pension pour les familles en état de payer était de 2.000 livres par an. Tous ces Cadets se trouvaient sans distinction astreints aux mêmes études et exercices. On leur donnait l'instruction militaire des Cadets de régiments et ils suivaient de plus des cours de langues vivantes, d'histoire, de géographie, de dessin, de mathématiques, de fortifications. A 16 ans, ils recevaient des lettres de souslieutenant et prenaient rang dans l'armée pourvu qu'ils eussent passé deux années à l'Ecole.

Ces nombreuses modifications au régime établi parl'édit de 1751 sur l'Ecole Royale Militaire, avaient-elles pu s'opérer sans troubler gravement sa situation financière?

L'Ecole avait été dotée d'abord du produit de la ferme des cartes à jouer. Cette ferme, au moment où Pàris-Duverney la sollicitait en faveur de l'établissement qui lui était

> An. 12 de l'Ord. du 17 juill.t 1777.

cher, donnait à peine un revenu de 200.000 livres. Mais par l'augmentation des droits et les précautions prises contre la fraude, ce revenu avait triplé etquadruplé. Eu 1757 le Roi avait concédé à l'Ecole le privilège d'une loterie, établie sur le plan des loteries italiennes, et qui prit bientôt une grande extension. Le 25 août 1760, sous prétexte que l'impôt sur les cartes rapportait moins depuis la guerre, un arrêt du Conseil établit en faveur de l'Ecole un impôt de 2 deniers par livres sur le montant de la dépense des marchés passés pour l'entretien et le service des troupes. Il y faut joindre quelques revenus de moindre importance, tels que la finance de l'office du trésorier de l'Ecole, le produit de la manse abbatiale de Saint-Jean de Laon, affecté à la chapelle, le produit de six offices d'affineurs d'or établis à Paris et à Lyon, offices achetés par le maréchal de Belle-Isle et affectés par testament à l'Ecole Militaire. Quand le Roi avait repris à son compte la régie des cartes, l'indemnité accordée à l'école avait été de 15 millions. Lorsque le contrôleur-général de Clugny, à bout d'expédients, supprima au profit de la Loterie Royale de France la loterie de l'Ecole Militaire, une somme annuelle de 2 millions jusqu'en 1788 lui fut attribuée à titre de dédommagement l,

A l'aide de ces ressources diverses, le capital de l'Ecole Militaire était, vers 1778, de 36.893.875 livres, dont le produit annuel s'élevait à 1.556.126 livres.

Or, tandis qu'avec les revenus de cet établissement, on avait pu à grand peine, depuis 1757, entretenir 500 élèves par an tant à Paris qu'à La Flèche, le comte de Saint-Germain, sans augmenter les charges, par les traités passés avec les supérieurs des Ecoles provinciales, pourvoyait moyennant 420.000 livres à l'éducation de

1 D. G. Supp. à la Corresp. (Ecoles militaires).

000 gentilshommes, et les fonds disponibles qui lui restaient étaient plus que suffisants pour l'entretien et la solde de 1.200 Cadets répartis dans les régiments. La dépense totale ne dépassait pas 1.489.891 livres et restait par conséquent inférieure de plus de 60.000 livres aux recettes de l'Ecole. Cette bonne situation financière s'est maintenue jusqu'à la Révolution.

C'est à cette époque que devaient disparaître à la fois les Ecoles et les Cadets. Etablie en vue d'un régime monarchique fondé sur les privilèges de la naissance et la séparation des ordres, l'institution ne devait pas survivre à la chute de ce régime. On doit la considérer comme une dernière et impuissante tentative en vue de retenir ou de rappeler au service militaire le gros de la noblesse qui déjà s'en éloigne. Découragée par les faveurs dont les gens de Cour sont l'objet ou ne pouvant lutter faute d'argent contre les fils de la riche bourgeoisie, elle abandonne aux premiers les hautes dignités de l'armée et les grades inférieurs aux seconds.

En 1700, un arrêt du Conseil dispensa des preuves de noblesse les élèves de ces Ecoles Militaires que la Convention allait bientôt fermer '. Par un mouvement de réaction dont l'histoire offre tant d'exemples, les jeunes gens qui s'y trouvaient furent exclus à leur tour des fonctions et emplois publics « jusqu'à ce que, par une conduite et des sacrifices aussi patriotiques que constants, ils eussent fait oublier le malheur de leur naissance et les préjugés dans lesquels ils avaient été nourris. »

1 Décret du 9 septembre 1793.

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