LE CONSEIL PRIVE
Le roi avait emmené Je marquis d’Argenson dans son cabinet: Mme de Pompadour et le due de Richelieu les avaient suivis sur l'invitation de Louis AV. Le roi tenait à la main la lettre que lui avait remise le marquis d’Argenson.
“TT n°y a plus à douter! dit-il avec colère, C’est vrai! De pareils actes sont accomplis par un prince de ma maison !”
Le roi fit un geste de menace.
“Et je laisserais de semblables crimes impunis !” 5'écria-t-il,
Il tendit la main vers le cordon de sonnette.
“Sire dit Mme de Pompadour en se plaçant devant lui et en l’empêchant de sonner. Je vous en conjure ! réfléchissez avant de donner un ordre!
— Mais c’est horrible! reprit le roi en joignant jes mains avec une expression d’indignation. Le monstre! I ne lui suffit done pas de tirer sur les hommes comme sur le gibier de chasse. Je vais donner l’ordre à mon Procureur général de le Poursuivre, et je laisserai aller le cours de la justice.
—Sirc! s’écria Mine de Pompadour en s’opposant encore à ce que le roi sonnât. c’est un Bourbon !
ET
—Ce n’est ni un Bourbon. ni un Francais, mi un bomme! dit le roi, C'est une hôte féroce dont il faut débarrasser l'humanité.
Et le roi voulut uns troisitime fois sonner pour donner ses ordres; mais Richelieu, Mme de Pompadour et d'Argenson se réunirent pour lempêcher d'anr avec autant de promptitude,
Sire, dit Richelieu, il faut prendre des précautions avant de porter la main sur un membre de Ja famille royale,
— Une telle mesure, ajouta d'Argenson, serait peutêtre dangereuse en ce moment où la guerre éclate, en ce qu'elle prèterait au bläme de tous les ennemis étrangers. Les uns, en défendant le prince, accuseraient Votre Ma- Jesié; les autres, en le déclarant coupable, ne manqueraient pas de faire leurs efforts pour que la honte rejaillit sur Ja famille rovale.
—Cela est vrai, dit Mme de Pompadour.
— Mais faut-il laisser de tels crimes impunis! sé cria le roi. Ne dois-je pas protéger, moi. de pauvres enfants et de malheureuses jeunes filles ?
—[]l faut les protéger, sire,
— Mais que faire alors ?
—Présenter l'affaire au Conseil privé, ire, et agir après délibération, dit le marquis d’Argenson.
—Oui! dit Mme de Pompadour.
—C’est évidemment le parit le plus sage à prendre,” ajouta Richelieu.
Le roi réfléchit.
“Demain, reprit-il. je consulterai le Conseil.
—Ah! ire! &écria Mme de Pompadour, que vous êtes réellement Je Bien-Aimé !
—Cest ce que je souhaite, madame! répondit Louis XV en baïsant galamment la main de la charmante marquise.
—li ya longtemps que vos Voeux sont exaucés, sire !
0% — — Et vous avez droit, vous. madame. à partager mon titre, car vous êtes aussi, vous, la Bien-Aiméo!
--Que j'aime ce château! dit Mme de Pompadour Uhoisy sera pour moi toujours un jour de délices et la forêt de Sénart un lieu de ravissante promenade,
it un lieu de doux souvenirs!
— Jh!repnt la marquise avec un soupir, 1] n°y en a qu'un triste,
— Lequei?
Celui de cette chasse où un sanglier furieux s'est précipité sur votre cheval, sire, et sur vous!
— Ah! ah! je me rappelle.
Je crois voir encore cette affrense GTA Ÿ 3
— Vous y assistiez donc, madame ?
— Oui, sire,
—Et où étiez-vous ?
—J'étais, dit Mme de Pompadour en souriant coquettément, dans le pavillon de la Croix-Fontaine
— Ah! je me souviens encore mieux. En me reposant J'ai fa. un bien doux rêve.”
Et je roi s'inelina encore pour baiser la main de sa jolie compagne.
“Alors, reprit-il, vous étiez dans le pavillon de la Croix-Fontaine quand le sanglier se rua sur moi ?
—Oui, sire, et jamais je n'oublierai cet instant, car en voyant le danger, la vie s’arrêta en moi. Si le sanglier vous eût frappé, je serais tombée morte!
— Chère marquise !
—Oh! combien j’ai béni le dévouement de cet h, me qui s’est élancé ot qui a si biavement tué la bête 1urieuse,
—Le fait est que, dévouement à part, cet homme a fait preuve d'un sang-froid et d’une adresse indiquant un coeur bien placé.
-]l ne vous à ps donné le temps de secourir le roi.
dit Richelieu.
Je ne l'ai jamais revu depuis, dit Louis XV, et cela étonne fort, car il eût dû venir chercher une récompense,
Sire, dit Mme de Pompadour, si cet homime a un noble coeur, nine: que tout le prouve, sa récompense est dans l'action même.”
Le roi tenait la main de lu marquise, qu'il pressait tendrement dans les siennes
“Mais, reprit-clle, je voudrais bien savoir quel est ce comte de Saint-Germain, cet homme qui sait tout, qui voit tout, qui connaît tout. qui entend tont, cet homme qui a plus de cinq cents ans, qu a parlé à des rois, qui 4 parcouru l'univers entier ot qui accomplit des imiracles ?
est, en effet, un homme bien étrange, dit le roi. Comment expliquer ce QUI a eu lieu ce soir ?
(C'est difficile, dit Richelieu, Si ces événements s'6taient accomplis chez lui, cela se comprendrait mieux ; Inais ici, à Choisy, dans une maison du roi, il est évident qu'il n’a Pès pu machiner d'avance la salle à manger.
—Certainement, dit d’Argenson,
—Î1 a done une puissance scientifique extraordinaire ?
—J le crois, sire,
—A:t-il vécu réellement aussi longtemps qu’il le dit ?
—Tont semble Ja prouver,”
Mme d Pompadour sourit finement.
“Cet homme pourrait peut-être devenir utile! dit. elle,
—Ce qu'il y a de singulier, ajouta d’Argenson, c’est qu'il ne demande rien. qu'il n'a besoin de rien, et qu'il s'avoue aussi riche qu'un homme puisse désirer l'être.
——de le crois, dit la marquise, puisqu'il dit savoir
faire de l'or, grossir les perles, ot mants.
ehifin pPuriher log dia
—[} parle toutcs les langues qu dit Richelieu Le roi, conduisant Mme de }
’onipadour, se disposa à rentrer dans le salon.