‹ Le Comte de Saint-Germain [microforme]Chapitre 12 sur 53 · LE DEPART · texte numérisé non relu

LE DEPART

À Choï:,, le roi rentrait dans ses appartements à onze heurcs, Le coucher, se faisant sans cérémonie. étsit rapidement terminé: alors chacun des invités regagnait sa chambre, et ceux qui n'avaient pas appartemeut au château, Nontaleut en voiture pour retourner à Paris.

Le rarquis d'Argenson avait appartement à Choisy, nais ce soir-là, il ne profitait pas de son privilège, I} devait retourner à Paris. afin de s'occuper du dépa:t des rég:ments, car Ja réserve de l'armée du maréchal de Saxe devait avoir rejoint le gros des troupes avant l'arrivée du roi,

A onze heures un quart, deux équipages stationnant dans la cour du château attendaient. En avant des deux voitures, se tenait un piquet de chevau-légers en grand uniforme, avec un brigadier en tête.

Deux hommes descendirent, en Causant, Îles marches du perron. Aussitôt, une des voitures s’avança et vint se ranger devant l'entrée du vestibule. Un valet ouvrit la portitre.

“Vous ne venez Pas ävec moi, monsieur de Saint- Germain ? demanda d’Argenson,

—Non, mons'-ur je ministre: vous retournez à Paris, et je vais, moi, à Brunoy.

—Chez Pâris?

—Oui. C’est l’un de mes banquiers, et il m'a fait promettre de passer chez lui la nuit d'aujourd'hui et la journée de demain.

—Disposez de vous jusqu'à trois heures seulement.

—Et ensuite ?

—Faites-moi l'honneur et l'amitié de vous mettre à ma disposition.

— Vous avez à me parler ?

— Oui, demain, à quatre heures, ct sans faute.

—Je serai à votre hôtel.

—Merci !”

Les deux hommes se serrèrent la main: M. d’Argen- Son posait le pied sur le marchepied de la voiture :

“Mon cher comte, dit-il en se retournant et sans lâcher la main de Saint-Germain, vous devez être content; je ne crois pas que vous eunssiez pu désirer une entrée dans le monde plus splendidement belle. Dans quarante-huit heures, votre nom sera dans toutes les bouches; le roi désire vous revoir, Mme de Pompadour Vous trouve charmant: c’est un triomphe !”

Saint-Germain sourit sans répondre ; d’Argenson lui serra une dernière fois la main, puis ilentra dans le carrosse dont la portière fut refermée et qui partit rapidement avec une escorte de chevau-légers.

Le second carrosse s’avança: Saint-Germain y monta et la voiture fut entraînée au grand trot de ses deux bais-bruns. En quittant Choisy, elle tourna à droite et prit la route de Montgeron.

La nuit était noire. I] ÿ avait un quart d'heure à peine que la voiture roulait. quand un coq chanta. La voiture s’arrêta aussitôt. La portière s’ouvrit et un homme, sortant d'un bouquet de bois, bondit dans l’intérieur du carrosse qui se remit aussitôt en marche.

“Eh bien? demanda cet homme en s’assevant sur la banquette de devant

—-Celui qui a voulu assassiner Sabine Dagé, répondit Saint-Germain, est le prétendu knès tartare Trespatky.

— Vous en êtes sûr ?

—J’en ai acquis ce soir la certitude,

—— Tout a marché?

—À merveille.

—Le roi est content ?

—Enchar.é.

—J’avais bien fait Préparé tout? j'ai bien exécuté vos ordres ?

—Mon cher C, je n'aurais pas mieux fait : c'est tout vous dire,

—Ah! c'est le knos! reprit ( après un silence.

—Oui.

— Alors c’est lui qui a enlevé Nicette et qui l’a tuée ?

— Hélas! la femme revêtue de ses vêtements et trouvée dans la voiture de la Seine, n'était Pas elle; cette femme avait été défigurée à dessein, pour donner le change.

—C’est-mon avis.

—Nicette a dû mourir, Mais pas ainsi! oui! elle a dû Mourir... à moins que...”

Saint-Germain s’arrêta.

“A moins que?... reprit M. C!

—À moins que le knès n'ait voulu avoir un otage entre ses mains. Mais si elle existe, elle n’est pas à Paris.”

Saint-Germain secoua tristement la tête.

“C'est un miracle que Sabine ait pu échapper encore cette fois!” dit-il.

“Korikoko !” chanta-t-on.

La voiture atteignit les premiers fourrés de la forêt de Sénart. M. C se pencha en regardant par la portière : Un Cavalier arrivait à fond de train.

“Coq-Nègre! dit M. C! en s’effaçant jou: se retourner.

—Ïnterrogez-le !” dit le comte.

M. C se pencha: le cavalier était à la portière.

“Le comte de Charolais ? dit-il simplement.

—A Boissy-Saint-Léger, dans la première maison à gauche, sur la montée de la route de Charenton, répondit Coq-Nègre.

—$Sa voiture!

—Ést retournée vide à Paris.”

M. C se retourna vers Saint-Germain.

“A la petite maison de Montgeron!” dit vivement celui-ci.

Minuit sonnait.

À cette même heure, à Boissÿ-Saint-Léger, dans cette maison qu'avait indiquée Coq-Nègre, deux hommes marchaient lentement, causant à voix basse dans l'allée sombre d’un jardin.

“I faut que cet homme disparaisse ! disait l’un.

— 11 disparaîtra ! répondit l’autre. Il sera vaincu, brisé, anéanti!

—Le comte de Charolais ?

—Me servira comme je voudrai qu’il me serve.

—Et Nicette?

— Elle est là où il faut qu’elle soit !

—Et Sabine ?

—Son frère parti, et il part demain, elle retombera entre nos mains, et cette fois elle n’échappera plus!

—Et lui?

— 1] sera tortu:é6!

Ah! nous ‘riompherons donc!

— Nous triompherons! 1] Y à vingt ans j'en ai fait le serment sur la tombe d’où tu m'as tiré pour me rendre à la vie et à la vengeance !”

FE

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