‹ Le Comte de Saint-Germain [microforme]Chapitre 15 sur 53 · PAL PRE ET LEE · texte numérisé non relu

PAL PRE ET LEE

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—Remontez donc! Mon Dieu! êtes-vous bête! Pourquoi êtes-vous descendu ?”

Roupart se rapprocha du marchepied de l'air le plus piteux.

“Nous séparer de ce brave fournisseur quand la euisine est faite, que le dîner va être servi, dit Fanfan-la- Tulipe, et que nous pouvons avoir le loisir de casser une croûte ensemble!

— Nous trinquerons !” dit Nanon.

En ce moment:le carrosse qui contenait le commi.saire des guerres et les deux commissaires des vivres et qui était en tête du convoi, quitta la ligne, tourna sur lui-même et revint sur ses pas.

Huit commis suivaient dans une autre voiture. 1]; eut un moment d’arrêt, Roupart s’approcha de la voiture contenant les commis.

“Bonjour, monsieur aint-Amand, dit-il en faisant une courbette.

— Tiens! c'est vous, Roupart! répondit le commis en souriant.

— Est-ce que nous allons rester 1à longtemps ?

—Mais le temps du défilé du corps du comte d’Estrées qui nous bar. la route. 1] ÿY en a au noins pour deux heures.

—Ah! mon Dieu! mais nous ne serons que dans quatre heures à Antoing alors

—Pas avant !”

Les voitures se remirent en marche et sé -gnèrent rapidement.

“Deux heures ici !” répéta Roupart.

Il secout tristement la tête à plusieurs reprises, puis il regarda sa femme dont les prunelles flamboyaient.

“Nous ne pouvons déjeuner qu’à Antoing, dit-il.

Et je meurs de faim, moi! dit Mme Joncières.

—Cest de la faute de M. Roupart! reprit Ursnle.

— Comment! ma faute 2”

Fanfan-la-Tulipe qui n'avait pas quitté sa place et qui causait depuis quelques instants avec Nanon, Belà-Voir et Verrue-sur-le-Nez, s’approcha de la charrette, et saluant respectueusement Ursule Roupart et Mme Joncières avec un geste empreint de grâce :

“Mesdames, dit-il, tout à heure nous avons plaisanté, mais il ne faut Pas vous rappelcr ces plaisante. ries ni nous en garder rancune, On est soldat, cela veut tout dire. Quant à votre Vin, il ne court aucun risque et, à cet égard, Vous pouvez dormir tranquilles sur les deux oreilles si “ous en avez envie. Mais il ne s'agit pas de cela, il s’agit d'autre chose. a

— 1] s’agit, dit vivement Nanon en s’avançant à son tour, que cette dame a dit qu’elle avait grand’faim et Vous aussi. Nous avons Jà notre déjeuner qui cuit à côté, et si vous voulez le Partager... ,"”

Ursule et Armande Joncières se regardèrent mutuel. lement sans répondre,

“Oh! reprit Nanon, il ne faut pas hésiter. A la guerre comme à la Suerre. Nous vous offrons de bon Coeur, acceptez de même.

— Vous avez Pair si aimable, madame la vivandière, dit Armande, que j'accepte.

—Et moi aussi, dit Ursule,

— Alors, reprit Fanfan, donnez-moi la main pour descendre.”

Il enleva successivement les deux femmes et les dé- Posa à terre. Ursule était près de son mari :

“Vous serez done toujours aussi bête, lui dit-elle à l'oreille.

—{Comment ? dit Roupart.

— Vous avez eu Ja niaiscrie de refuser du vin à ces messieurs des (Gardes françaises qui nous comblent de politesses,

—Mais, ma chère Ursule, j'ai craint que tu ne me grondes,.”

Ursule haussa les épaules. Roupart hésita, Puis touchant le bras du sergent :

“Monsieur le sergent, dit-il, le vin est dans le panier, et si vous voulez...

—Nous voulons bien! dit Fanfan. Eh! Bel-à-Voir, Tapin, Verrue-sur-le-Nez! à la cave !”

Tous les soldats accoururent avec empressement, et ils se mirent à déboucher ja bâche en arrière de la charrette, tandis que Nanon emmenait Ursule et Armande et les conduisait dans le petit bois où la euisine était préparée.

La Grenade veillait à tout avec l'intelligence d’un an cien aide de cuisine,

“Nous avons du monde à déjeuner, dit Nanon en arrivant.

—Le couvert est mis,” répondit la Grenade.

Et, cffectivement, sur l’herhe verte étaient rangées symétriquement de grandes feuilles de chou destinées à faire l'office d’assiettes. Le pain était coupé et un morcæau était placé devant chaque feuille, D’autres feuilles doubles roulées en cornets et attachées avec des cordelettes étaient près du pain et devaient servir de Coupes pour boire l'eau que contenaient quatre bidons.

Deux choux entiers, creusés dans le milieu, figuraient les plats. Des bâtons amincis imitaient adroitement les fourchettes chinoises.

“Mais c'est charmant, dit Ursule.

— C’est merveilleux d'adresse !” ajouta Armande.

Jean-la-Mête et deux autres Gardes françaises arrivaient portant des brassées de hautes herbes. (C'était pour faire des sièges moelleux aux dames.

“Ce n'est pas M. Roupart qui aurait ces idées-là ! dit Ursule. I] nous laisserait mourir de faim, lui, sans seulement se décarcasser pour l’empêcher !”

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