‹ Le Comte de Saint-Germain [microforme]Chapitre 17 sur 53 · F { LE · texte numérisé non relu

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—Abominablement. 1] aimait une jeune fille dont il est séparé à jamais : Mais, pour bien comprendre, il faut que vous sachiez tout.

—Dites vite! s’écria Nanon. Il m'intéresse beaucoup ce garçon.

—— Voici l'histoire, reprit Armande, M. Dagé le coiffeur du roi, a deux enfants: son fils Roland et sa fille Sabine, Roland avait un ami qui s'appelait Gilbert, qui, lui, a une soeur nommée Nicette. Eh men! Gilbert aima Sabine et Roland aima Nicette.

—Tiens, c'était gentil, les deux amis qui allait devenir frères !

—Les mariages etaient convenus, quand un accident est arrivé à Sabine: elle a failli être assassinée . a

——Et par qui?

—On n’a jamais su. Elle a été malade, elle à guéri, et les mariages allaient avoir lieu, quand une nuit, en revenant du bal de l'Hôtel-de-Ville, où Nicette et Sabine avaient vu le roi, qui avait été bien aimable pour elles, elles ont été enlevées dans un fiacre. Sabine a pu Se sauver, mais Nicette n’est Pas revenue...

—Qui les avait enlevées ?

—On ne sait Pas non plus.

—Et elle n’est Pas revenue ?

—Hélas! on à retrouvé son cadavre dans la Seine. La voiture qui l’enlevait est tombée à l’eau par accident sans doute, Nicette est morte.

—Ah! quel malheur! H ya longtemps que cela est arrivé ?

—Deux mois an plus. Roland est désolé. Son chagrin à pris de telles forces, qu’il a voulu quitter Paris; et pour en finir, sans attenter lui-même à ses jours, il s’est fait soldat. Il a juré de se faire tucr à la pre. mière bataille,

—Ah! ça, c’est facile.

—Oui! dit le sergent; mais une fois qu'il sera au

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feu, il pensera à se défendre et non à se laisser tuer! I] oubliera tout pour ne songer qu’à la gloire.

—Dieu vous entende! dit Armande. Mais je n'ose l'espérer. D'ailleurs, ce malheur n'a pas été le seul. En présence du fatal événement, Sabine et Gilbert n’ont plus songé à leur mariage, Quand l'entrée en campagne a été décidée, Roland est parti ct Dagé a reçu l’ordre d'accompagner le roi. Alors Sabine aussi a voulu absolument partir. “Puisque mon frère veut mourir, disait-elle, je veux, moi, le voir, jusqu'à sa dernière heure; et si on le rapporte blessé, je veux être là pour le soigner et recevoir son dernier soupir.” La résolution de Sabine fut inébranlable. Gilbert était absent : lui aussi, ne renonçant pas à tout espoir, met tout en oeuvre pour retrouver sa soeur, car il prétend ne l’avoir pas reconnue dans le cadavre trouvé dans la Seine. Sabine me supplia de l'accompagner; je ne pouvais la laisser partir seule; elle était souffrante, désolée ; elle avait besoin de soins et de consolations... J’ai tout planté là et je suis venue avec elle.

—Ah! dit Nanon avec émotion. vous êtes une brave femme! Laissez-moi vous embrasser”

Et elle baisa Armande sur les deux joues.

“Vous savez? dit Fanfan-la-Tulipe, si vous avez besoin jamais de moi ou de ceux qui sont ici, faudrait le dire: on se ferait couper en quatre!

—Voire même en huit! dit Bel-à-Voir.

— Mais, reprit Nanon, où est-elle cette pauvre demoiselle Sabine ?

—Elle est restée à Saint-Amand, répondit Mme Joncières. Elle était si souffrante, qu'eile n’a pas pu aller plus loin. J'ai voulu rester près d'elle, mais elle m’a supplié à deux genoux, en pleurant, de suivre l’armée pour voir son frère. “Vous saurez quand on se battra, m'a-t-elle dit. Jurez-moi que vous me ferez prévenir la veille du jour de ia bataille, et, ayant confiance en

vons, Je me soignerai jusque-là et je me reposerai.” Je fis le serment qu'elle demandait. “Mon père va arriver après-demain avec le roi, a-t-elle dit encore, je le verrai. Si je suis assez bien, il me mènera près devous; sinon je demeurerai ici, mais suivez l’armée et voyez chaque jour Roland.” J'ai Promis de faire tout ce qu'elle voulait que je fisse, Poursuivit Armande, et je suis partie avec mon amie Ursule et con mari. Nous avons quitté Saint-Amand cette nuit.”

Armande s'était arrètée et tous les regards étaient fixés sur elle.

“Quel malheur que ce garçon ne soit pas dans les Gardes françaises, dit Fanfan-la-Tulipe.

—Pauvre jeune homme ! Pauvres deinoiselles ! pauvre famille! Qu'estce qu'ils vont devenir, maintenant ?” dit Nanon avec une expression douloureuse.

En ce moment, le son des tambours et celui des trompettes retentirent dans la Plaine.

“On bat le ralliement et on sonne Je rappel, dit Je sergent, et il va falloir nous remettre en marche! Heureusement que le déjeuner est fini et bien fini!”

Les soldats se levèrent.

“Le couvert sera vite enlevé! fit observer le Tapin.

—Vive le roi! cria Fanfan-la-Tulipe en vidant son verre.

— Vive le roi!” répéta-t-on.

Le temps d’arrêt était expiré et l’armée entière se remettait en marche. [Le convoi des commissaires de guerre devait attendre que les régiments furent passés, Roupart s’était rapproché de sa femme.

“Bonne chance! cria le sergent, et après la bataille ous déjeunerons ensemble ”

Nanon serrait la main d’Armande et embrassait encore la jeune et aimable femme.

“Je suis vivandière anx Gardes françaises, dit-elle en la regardant bien en face avec une grande expression

de tendresse, Si jamais je peux vous être utile pour |a pauvre jeune fille ou pour son père, comptez sur moi, entendez-vous, comme sur une autre vous-même! Pendant la bataille je peux vous rendre de grands services !

—-Oh! oui! dit Armande très émue.

Je préviendrai la vivandière des grenadiers qui est mOn amie, D'ailleurs, les Grenadiers de France et les Gardes françaises combattent presque toujours côte-àcôte.

—— Vous veillerai sur Roland pendant le comhat ?

—Je vous le promets. Je vous aurai Vue avant et je vous placerai à l’ambulance pour vous retrouver en cas de besoin s’il est blessé.

—Ah! tenez! dit Armande avec des larmes dans les Yeux. I] faut que je vous embrasse encore !

—Bien volontiers.”

Et les deux femmes s'étreignirent et s'embrassèrent avec effusion.

“En voiture! Armande! eria Ursule.

—À vos armes!” commanda Fanfan-la-Tulipe.

Et tandis que ses hommes reprenaient leurs fusils, le sergent se remit à chanter:

Malgré la bataille Qu'on livre demain, Cà faisons ripail!- Charmante Catin!

Attendant la gloire Prenons le plaisir Sans lire au grimoire Du sombre avenir!

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