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Puisque je savais tont. Je savais aussi que tu reviendrais.”
Le kues se rapprocha de la barque :
“Ecoute! dit-il. J'ai en toi une grande confiance ; ais depuis une heure, il y a une pensée qui me torture. Cest toi qui m'a fait remettre Nicette, la seule femme que j'aie aimée, entre les mains du due de Cumberland.
—Oui.
—Dans quel but as-tu agi ainsi ?
——Je te croyais plus fort que cela! dit l'inconnu en haussant les épaules! Tu aimes Nicette depuis longtemps: c'est une fatalité heureuse pour moi que celle qui à fait naître cet amour. Tu savais qu'elle en aimait un autre, et tu savais mieux encore que son frère Gilbert la tuerait plutôt que de te la donner pour femme... Je t'ai procuré les moyens d'enlever cette jeune fille. Et pour la mettre à l'abri de toutes poursuites, Pour nous laisser libre d'agir sans nous occuper d’elle, Pour la faire passer pour morte aux yeux de tous ceux qui l’avaient connue à Paris, je l'ai fait conduire dans les Pays-Bas, et je lai confiée en otage au duc de Cumberland. Dis-moi! Pourrais-tu agir plus habilement ?
—C’est vrai, dit le knès en secouant la tête.
—Puis, peux-tu penser que j'aie pu chercher à te nuire, toi qui m'as arraché à une mort certaine et horrible, toi qui m’as retiré de la tombe où j'étais enseveli ?
—Je sais que tu m'aimes et je sais que tues fort, ruissant et habile! Mais les plus forts, les plus puissants, les plus habiles peuvent être trompés par le destin.
—Sans doute, dans ce.cas c'est à l’homme intelligent à tout prévoir.
—Et tu as tout prévu ?
—Je le crois. Le point essentiel pour assurér ton bonheur, c’est de te faire aimer de Nicette et d’empécher son frère et celni qui devait être son mari de san-
ger à elle. Le moven le plus simple était de la faire passer pour morte. Je ne coris pas qu'après l'ingénicu<e invention du fiacre tombé dans la Seine, un doute puis-
se être permis. Est-ce ton avis ?
—Oui.
—S1 Gilbert et Roland croient Nicette morte, et ils doivent le croire, quel danger peut la menacer ?
— Elle est aux mains des Anglais.
—KEh bien ?
—Si l’armée anglaise est battue ?
—-Elle ne le sera pas puisque tu as pu prévenir le due, pe
—Mais si contre mes prévisions elle était battue.
—Elle le serait et Nicette ne retomberait pas aux mains des Français, je te le jure!
— Pourquoi? Comment !
— Mes précautions sont prises!
—— Pour conserver Nicette prisonnière.
—Oui, et d’ailleurs elle ne sera pas seule! Avant quarante-huit heures, tn le sais bien, Sabine sera réunie à elle.
* —Sabine! “écria le knès, Sabine que tu aimes comme j'aime Nicette, moi! Sabine que tu as voulu faire tuer d'abord et dont tu es devenu follement épris ensuite.
—C'est un amour de famille. J'ai aïné la mère qui n'a repoussé,
—S1 Sabine est enfin enlevée, & « est entre nos mains, reprenons Nicette, délivrons-!a force si les Anglais ne veulent pas nous la rendre et p rtons! Retournons en Russie.
-En Russie ?
— Ne serons-nous pas heureux là-bas
— Nous serons plus heureux à Paris.
—A Paris! dit le knès avec étonnement. Tu veux habiter Paris? Toi!
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he er À PE LA
ne,
—En trouves-tu Je séjour désagréable ?
—Habiter Paris quand nous ave. ; en! vé Nicette et que nous allons enlever Sabine! Habiter Paris quand nous aurons à nos trousses toute la terrible bande de Poulailler aux griffes duqnel nons avons échappé je ne sais par quel miracle !
—Je le.sais, moi.
—(’est possible, Puisque c’est toi qui donnais les ordres, mais jé...”
L'homme, auquel le knès n'avait encore donné aucun nom, ni aucun titre, avait tiré sa montre de la poche de . Sa culotte et se penchant en avant, il igierrogea le cadran à la lueur douteuse de la nuit.
Au moment où son interlocuteur parlait, il se redressa et l’interrompant brusquement :
“Monte dans la barque! dit-il, Ii est temps !”
Le knès enjamba le bord du petit bateau ; il prit les avirons et s’assit à l'arrière, tandis que son compagnon Prenait place à l’avant avec une longue perche.
“Nous trave, sons l’Escaut ? dit le knès.
Oui! Rame vigoureusement.
La barque glissa rapidement. Les ténèbres étaient toujours aussi épaisses, L’Escaut fut traversé et on atteignit les roseaux précisément à l’endroit où Je knès, à son départ, avait laissé loutre qu’il avait accrochée au passage. En s’enfonçant dans la masse des roseaux, le knès qui avait enlevé ses avirons, se pencha pour chercher loutre, 11 ne vit rien. Se tournant de l’autre côté, il examina les autres touffes d’herbages aquatiques,
“Cest singulier! dit-il.
— Elle n’y est plus! dit Son Compagnon en souriant.
—Quoi? demanda Je knès.
-—L'outre que tu as accrochée au passage et que tu as placée là.
—Comment ! tu sais... Mais j'étais seul!
—Tu croyais l’étre !”
La barque atteignit le bord. Le knès l’attacha à un tronc d'arbres, puis les deux hommes sautèrent sur lu terre ferme. Marchant d'un pas rapide, il s'engagèérent sous un petit bois.
“Pas un mot! Silence complet!” avait murmuré à voix très-basse le compagnon du Enès,
De l'Escaut, entre Tournai et Fontenoy sur la rive droite, à Cysoing, sur la rive gauche, il y a en ligne droite une distance fort courte, mais il n'y à aucune route tracée.
Cysoing n'a jamais communiqué et ne communique encore aujourd’hui avec Tournai que par la route de Lille qui passe au-dessus d'elle à Astaing, et par la route d'Orchies qui passe au-dessous à Mouchin.
Les deux honunes, à demi courbés et marchant sûrement dans les terres, sous les bois, en gens habitués au pays, atteignirent Camphin, petit hameau qui s'élève aux portes de Cysoing, Avant d'arriver à Cysoing, entre cette ville et Camphin, il y à un charmant petit ruisseau traversant dans son entier, à son centre, une prairie verdoyvante. Ce petit ruisseau aux eaux Hmpides et harmonieusement murmurantes était bordé d’une double rangée de saules formant allée à droite et à gauche.
Ces saules étaient magnifiques, mais, parmi eux, il en était un, centenaire respectable, dont le trone avait au moins cinq mètres de tour. Ce tronc noueux, rempli d’aspérités, était une masse véritablement imposante; en contemplant ce produit de la végétation. cet enfant de la terre et de l’eau, on sentait un certain sentiment de respect et de vénération s'emparer de soi.
A deux cents pas du ruisseau, sur la gauche et à l’extrémité de la prairie, s'élevait un château bâti en lignes droites comme le veut le style flamand.
Le knès et son compagnon avaient atteint le bord du
srnithoe
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petit ruisseau, Ln S'approchaut de l'arbre à l’aspect vénérable, ils s'arrètèrent, [ls se retournèrent et regardèrent attentivement autour d'eux.
Convaincus qu'aucun espion ne pouvait les surprendre, ils se rapprochèrent encore de l'arbre.
Au reste, les ténébres étaient alors et en cet endroit surtout tellement impénétrables, qu'il était matérielle. ment impossible de distinguer quoi on qui que ce fut : à la distance de trois pas.
“Monte!” dit Je compagnon du knès.
Le knès saisit une branche de l'arbre, mais avant de s'élancer il se retourna, 2
“Quel nom te donnerai-je aujourd'hui? lui demandat-1} à voix basse, | ;
—Somboï !” répondit l’autre.
Le knès roidit ses bras, il gravit lestement le gros tronc en s’accrochant aux branches, Quand il eut atteint le coeur de l'arbre, l'endroit où les branches du saule, partant en faisceaux, faisaient des rAMeEAUx immenses, il se baissa, il passa sa main sous une des premières branches, l’une des plus basses, il parut chercher en tâtonnant, puis sa main s'arrêta et il appuva fortement.
Aussitôt un morceau du tronc, celui qui recouvrait la grosse masse et ‘autour duquel partaient es branches, se redressa lentement, laissant À découvert une ouverture p.ofoude. Le tronc était creux, mai: absolument creux et vide comme cela arzive souvent aux saules. Seulement extérieurement, i} était impossible de constater, même de supposer ce vide.
Le knès s'assit sur le bord de cette excavation enfon- Sant ses jambes dans le trou. Puis il se glissa lentement; ses :aains s’accrochèrent au bord de l'excavation, Son Corps s’enfonca tout entier. Les doigts lâchèrent le bord et tont disparut,
ess
Celui qui s'était fait donner le nom de Somboi monta à son tour, et s'enfonçant comme s’était enfoncé le knès, il disparut. Alors, le morceau soulevé du tronc s’abaissa lentement, de lui-même, et reprenant sa place
avec une précision merveilleuse, il effaça toute trace
du passage mystérieux.