‹ Le Comte de Saint-Germain [microforme]Chapitre 23 sur 53 · ETA · texte numérisé non relu

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SOMBOI.

La grille du pare du petit château, dont la toiture se dressait au-dessus des arbres, à l'extrémité de la prairie, s’ouvrit, et une voiture attelée de deux vigoureux chevaux montés par un postillon, roula sur la route. Les chevaux trottaient avec une vitesse de cinq lieues à l’heure. La voiture, partant en droite ligne, se dirigeait vers Bourghelles, le premier point de la route de Cysoing à Saint-Amand.

“Nous arriverons! dit le knès qui était assis dans lu Yciture auprès de Somboï.

—Tu commences à croire ? répondit Somboï en souriant,

—Je crois à tout quand tu affirmes, car tu es capable de tout.

—Même de te faire habiter Paris avec Nicette, tandis que j'habiterai, moi, avec Sabine.

—Cela est plus difficile à croire, mais...

—Mon cher Trespatky, dit Somboï en changeant de ton et en s’appuyant dans l’angle de la voiture, de façon à se mettre presque en face pour parler au knès; mon cher Trespatkv, il est l’heure, je crois, de causer sérieusement. Nous sommes à la veille ou du moins à l’avantveille d’un grand événement, et nous avons une heure devant nous pour prendre un parti définitif. Entre

otaanes mme nmennne tes,

nous, il est inutile de phraser et de paraphraser, n’estce pas? Nous nous connaissons mutuellemeut et nous avons tous deux pour l’espèce humaine, pour nos semblables, comme disent les philosophes, l'estime la moins grande et l'indifférence la plus profonde. Done nous pouvons être clairs!

—Très-clairs même.

—Trespatky, à combien d'années remontent nos relations ?

—À plus de vingt ans, je crois, car c’est le 30 janvier 1725 que j'ai eu le bonheur et la joie de te prouver mon affection sincère et tout mon dévouement. Tu m'avais sauvé la vie, j'ai voulu payer ma dette!

—Oui, je t'avais sauvé la vie,” répondit Somboï en secouant la tête.

Puis changeant de ton:

“Et dire, reprit-il, que c’est parce que j'étais ivre cœætte nuit où je te rencontrai la corte au cou et les exempts te serrant de près, que tu me dois la vie et que je te dois la fortune!

—Ouil! c’est vrai!

—Comment te nommais-tu à cette époque !

—Jaccu! dit Trespatky en soupirant et en baissant les yeux.

—Et que faisais-tu ?

— Un métier peu lucratif, J'étais ‘ambourineur, flûteur et crieur d’un guérissæur de tous les maux, qui courait les villes et les villages avec des plumes sur la tête de ses chevaux et sur la mienne.

—Tu n'étais pas né pour :: métier?

—À vrai dire, je l’ignore, Comment suis-je né, où suis-je né, ponrquoi suis-je né? Celui qui me donnerait des renseignements à cet égard m’apprendrait des nouveautés. Le guérisseur-docteur-équarrisseur m'avait trouvé couché dans ün fussé boueux. Ii peusa que je pouvais lui servir et le servir plus tard: il me ramMassa,

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et, de la boue du fossé, je passai sur la paille de la charette toute ornée de drapeaux et d'oripeuux.

—Tu restas longtemps avec cet homme?

—Cinq ans. Je l'avais tant entendu dire qu'il guérissait que j'avais fini par croire que je guérirais aussi, moi, et un jour, celui du 30 janvier 1925, après boire, je dis que j'étais tellement, certain de ma science que j'allais mme tuer et ressusciter ensuite, et comme on rit j'avalai le poison que je voulais prendre. Je fus laisse pour mort-ivre, et les exempts m'arrêtèrent, Ils m'en portaient quand tu me réclamas, et ce fut toi qui me sauvas à l’aide d'un contre-poison d'une force étonnante, De ce moment data notre amitié dont la nuit du 30 janvier fut le lien indissoluble.

—Tu as bonne mémoire, dit Somboï, et moi auss, car si je t'ai sauvé la vie, tu m'as rendu le même service le 30 janvier 1530.

—Oui! dit le knès, Je savais tout: j'allai à l'endroit où tu venais d'être enterré et... je Féussis mieux que je n'eusse osé lespérer. . ."

Et changeant de ton:

“Ah ça, mon cher, reprit-il, comment diable a-t-on pu t'ensevelir sans être sûr que tu étais mort ?

—On le crovait.

—Mais tu ne m'a: jamais expliqué elairement

—Je t'expliquerai plus tard, quand l'heure sera venue, Toujours est-il que tu m'as arraché à la mort et que je t’ai arraché, moi, à la condition indigne à laquelle tu avais été condamné par le destin. Je t'ai emmené en Pologne, en Russie, je t'ai instruit, et quand le knès Trespatkvy est mort me laissant ses roubles, je t'ai donné son nom!

—Je sais ce que je te dois, Somboï.

— Et tu m'es dévoué ?

— Corps et âme.

—(Comme je te suis dévoué moi-même.”

Vin.

Le knès soupira doucement et dit avec un accent béatitude :

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“C'est bon de se sentir confiance absolue dans un être fort et puissant, de savoir qu'on peut tout faire pour celui-là et que celui-là fera tout aussi.”

Îl serra la main de Somoi,

“Mai f t-il, tout cela ne nous explique pas eom- MENT nou pourres: vivre à Paris.

— | | vas ? ‘lu vas comprendre. Pour viv Pair tou LL ‘entends il faut que nous avons \a julie ct ia p ince : c'est-à-dire que Poulail- | érite de son pouvoir

FH Les en tressaillant.

Fu 0 licee tuauvaise ?

—\ on! wscel mais comment l'appliquer ?

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En proicuçau: ces mots, Somboï se pencha vers la portière et examina la route

Les chevaux :narchaient à la même allure rapide, F4 trottaient avec une vigueur soutenue qu leur faisait dévorer l'espace. .

On avait dépasse Bourghelles et Bachy, et l'on courait sur Ruméaes,

“Dans vingt minutes au plus, reprit Soinhoï, nous serons à Naint-Amand

— Et qu'y ferai-je > demanda le knès,

— Tu vas le savoir, mais avant tout rappelle-toi bien mes paroles: Nicette, Sabine, les secrets de Poulailler et la mort de Gilbert : voilà le but! SI tu me secondes. nous réussirons.

—-Mais qu'allons-nous faire à Saint-Aman. ?

—Je vais te ie dire!”

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