‹ Le Comte de Saint-Germain [microforme]Chapitre 24 sur 53 · LE SOIR DU · texte numérisé non relu

LE SOIR DU

Dans un cabaret de Calonne, renoinmé pour l’abondance de sa bière et l'excellence de son vin, Fanfan-la- Tulipe et ses amis chantaient et versaient rasades.

Tout le camp était en émoi, en préparatifs de tous genres et de toutes sortes. On savait que le lendemain au point du jour le canon tonnerait et la gaieté la plus vive brillait sur tous les visages, mais de tous ces joyeux visages le plus épanoui, à coup sûr, était celui de Fanfan-la-Tulipe le sergent aux Gardes françaises.

Assis devant une table en bois blanc sur laquelle 5'6talaient les verres pleins et les brocs à demi vides, ct qu'entouraient Bel-à-Voir, Tapin, la Grenade, Verruesur-le-Nez et quelques autres, Fanfan, son verre d’une Main, sa pipe dans l’autre, chantait, parlait, apostrophait et répondait avec sa verve et son entrain habituels. Tous les verres se choquèrent.

“Comme ça, Fanfan, tu as fait un bon voyage ? dit la Grenade.

——Je me suis promené dans la carriole dorée, répondit le sergent, balancé sur les coussins ni plus ni moins que Sa Majesté le roi très-chrétien en personne quand il Ya se promener dans sa bonne ville de Paris.

St.

—Et la petite Dagé?

—Mille Sabine ? Elle est revenue à bon port !

—De sorte que vous n'avez couru aucun danger en route ?

-—Pas même l’ombre d’un!

—Et elle est maintenant ? ’

—Dedans la maison du roi, ni plus ni moins!

——Et tu n'as pas eu d’affaires, sergent? demanda Verrue-sur-le-Nez,

—J’ai failli en avoir une avec un grand moustachu qui avait une frimousse de va-de-travers dont auquel on à du plaisir à dire: oh! que t’es laid!

—Et quoi qu’il a fait, ce grand moustachu ?

1 reluquait la belle petite Sabine avec un acharnement qui m'a fait monter la moutarde.

—Bah! tu aimes donc Sabine ?

—Pas cela, mais quand J'ai celle d’escorter une belle, malade ou non, j'abhorre qu’on vienne la regarder dans le blanc des yeux !

—Et il la regardait de si près? -

—Ï] le tentait tout au moins. Quand nous sommes arrivés à Saint-Amand, il flânait sur le pas de ja porte. Ensuite il a regardé Sabine quand on l’a emportée dans le beau carrosse jusqu’à Rumégies et il à disparu, et puis je l'ai revu À Sourghelles. La première fois, je ne l'avais pas regaric du tout; la second, je lai regardé en face, la troisième, j: l'ai regardé de travers et la quatrième, je lui ai dit: “Tu ne des moustaches qui ont tout l'air de queues de serpents, je n'aime pas jes bôtes ! C’est tout te dire.

—Et qu'est-ce qu’il a fait? demanda Bel-à-Voir.

—ÛÙ m'a regardé À la fois de travers et en face et puis il s’en est allé,

—Et tu ne l'as plus revu ?

—Non!'et cela m'a ennuyé, car il avait une frimousse qu'on aime À voir au bout de son sabre.”

Et < retournant ur son se ge :

“Ah ça! ditsl en changeant de ton et en regardant autour de lui, où ‘one est Nanon ?

—Nanon! répondit ja Grenade. Depuis que tu es revenu, sergent, on ne l'a pas revue,

-Elle est auprès de la petite que tu as rameneé, Fanfan, dit Belle-à-Voir, et 1n preuve Cest qu'elle à couru chercher nn tas de drogues aux ambulances.*

En ce moment, et dominant le Joveux tumulte, un chant de cog rétentit, Fanfan-la-Tulipe levait son verre plein

“A votre santé, les amis, dit il. et bonsoir !

— Tu nous quitte: ? dit la Grenade.

— Oui! je vais me promener aux charrois,

—Tu vas encore danser... Tu as quelque belle làbas ?

— Possible, l'ancien! Aussi, jy vais seul.”

Et jetant son verre sur la table, le sergent fit une pirouette et se dirigea vers Ja place de Calonne. La foule était nombreuse et animée, On savait qu’ le roi allait monter à cheval et on se pressait là où l’on pensait qu'il passerait.

Fanfan se faufilait dans les rangs. En longeant la façade d’une maison basse, il passa près d’un personnäge entièrement vêtu. de noir qui se tenait sur le seuil de la porte, le dos tourné vers la rue. Le personnage s'enfonça dans l'intérieur de la Maison; Fanfan, sans hésiter, entra à son tour.

Près de l'escalier, dans un endroit obscur, l’homme vêtu de noir se retourna: il était masque,

“Celui que tu as vn pour la dernière fois à Boucyhelles ? dit-il,

—Ïl a toutes mes poules à ses trousses. répondit aussitôt Fanfan.

Les nouvelles te seront tranemises ?

-D'heure en heure.

-Tu te rappelles les derniers ordres du chef 2

“Oui! mourir et réussir. dans Je déla:

tout.”

L'homme masqué fit un geste; Fanfan tourna sur ses talons et regagna la rue dans laquelle il s'engagea, continuant sa marche vers Ja place. Reprenant son allure Vive et alerte, 1} posa le poing sur la hanche. en chantant à tte-tête ce conplot d’une nouvelle chanson de

Favart :

Je veux au bont de la campagne Me voir bien plus joli garcon : Du héros que l'on accompagne On saisit l'air, on prend le ton.

Des enn'mis, ainsi que des belles

On est vainaneur en limitant

Et r’li et r’lan On prend d'assaut les citadelles Relan tamplan, tambour battant Comme :} tournait l'angle de la ru en

dernier mot dans les airs, il s'arrêta brusquement, e

saluant galamment une jeune et j0f Lenin 4 -4 rencontr

est vous ma belle compagne de rout

Armande fit une belle révoren “Moi-même. dit-ol!

— Et ConHent est-ce que vou ile lents elle le ous et PDOrFCerOIT Cela va bien, sergr j it tite Sabin: “Upp \ l je ne Pespe ‘ ét [RETSS TE Pour iOTs, VO diieZ Vols Dbrothioli nn

lancant

de vingt quatre heures. Eh bien! ce sera l’un ou l’autre. vu

t LE

Venant

—Moi? je vais ehez M. La Peyronie.

—Ah! ce Médecin-chirurgien d'amour qui, vous coupe un bras et une jambe comme. …

—Vive le roi!” cria-t-on.

Ce cri, éclatant tout à Coup, retentit avec un entrain et un ensemble à faire croire que le camp tout entier le poussait avec un même élan. Fanfan-la-Tulipe et Armande s'étaient effacés: tons les soldats, les officlers 1 les sous-officiers formaient un double rang de chaqu côté de la rue.

“Vive le roi !” répétait-on

Louis XV apparut à cheval, ayant à sa gauche le duc de Richelieu, et AecoMpagné par une cour nombreuse et brillante, Le roi répondait aux cris par des saluts gracieux, Il s'avançait au pas de sa monture.

L& roi revenait de visiter la batterie de six pièces de seize placée en face de la plaine de Péronne et il rentrait en ville. Suivant la rue qui traversait (‘alonne dans toute sn longueur, il s'arrêta près de la tête du pont, devant la maison du maréchal de Saxe, Là, le roi mit pied à terre: il désigna Richelieu, le prince de Conti, d'Argenson. Uréqui, de Noailles, de Brissac et quelques autres grands seigneurs pour l’accompagner. [1 monta l'escalier conduisant à l'appartement de Maurice de Saxe.

Nur l'ordre formel du roi. le maréchal était demeuré couché toute la journée et l'ordre ayant même été conçu ainsi: “Lors même que Je viendrai vous visiter vous ne vous lèverez pas!” Maurice ne quitta pas sa couche.

Le roi entra en souriant dans la chambre: le maréchal se souleva sur son hit :

“Vous sentez-vous mieux. monsieur de Saxe? demanda Louis XV.

— Oui, sire, pPlsque je vons vois répondit le maréchal.

— Demain, vous Pourrez monter à cheyal ?

—Très-sûrement. J'ai fait sa leçon à la fièvre pou: laquelle jai eu quelque condescendance aujourd'hui.

—Ah! dit le roi en s’'asseyant près de La tête du lit de l'illustre malade, Et que lui avez-vous dit à cette damnée fièvre ?

—Je lui ai dit: Aujourd'hui encore passe, madame la fièvre, mais demain je n'aurai plus le temps de vous éconter. A moins, morbleu! que vous n'obteniez l'assistance d'un boulet, je jure que vous n'aurez pus raison !

— Bravo! maréchal!

— Vous avez parcouru le camp, sire ?

—Oui, maréchal.

—Et tous les ordres ont été exécutés ?

—Avec un ensemble parfait.’

Maurice poussa un soupir de soulagement.

“Ah! dit-il, que ne puis-je être guéri ?

— Vous le serez.

—Je donnerais dix ans de ma vie, sire, pour etre guérieà l’instant même.

—Sïi l’on pouvait donner quelque chose pour cela, monsieur, répondit le roi du ton le plus affable, je don nerais beaucoup.

—-Enfin, sire, quoiqu'il arrive, demain je ferai mon devoir.

—Je n'en doute pas, maréchal. Demain doit etre un grand jour, messieurs, continua Louis XV en se tournant vers ceux qui l'entourai 1. “Ce sera la première fois depuis la bataille de Poitiers, disait tout-à l'heure Monsieur le dauphin, qu'un roi de France aura combattu avec son fils à ses côtés.” Monsieur le danphin avait raison, mais j'ajouterai, moi, que depuis la bataille de Taillebourg, gagnée par saint Louis, aveune victoire importante n’a été remportée par ses des dants sur les Angiais en grande bataille rangé: de. main nous aurons donc deux reanches à prendre !

—Et nous les prendrons! dt le maréchal d'une voix ferme.

—Oui! oui! criérent les “Igneurs avec enthousiasme. Vive le roi!

— Vive le roi! répéta-t-on dans la rue.

—Monsieur de Saxe. reprit Louis XV, nous allons vous quitter afin de ne Pas troubler votre repos jusqu'à demain.

{prit la main du maréchal et la serra cordialement. Maunec voulut se pencher sur cet. ain royale pour ‘u baiser, mais Louis XV l'en empêeha :

“Demain, dit-il, nous Nous émbrasserons !”*

L'émotion des assistants Commencait à devenir vive, En ce moment un des seigneurs sortit des rangs et s'ap- Procha du roi. C'était le duc de Noaijiles.

Le due de Noailles, l'un des hommes les plus remar. quabies de l’époque, avait alors SoIXante-sept ans, et su Première bataille datait de 1693. Maréchal de France depuis dix ans, c'était une des gloires du pavs et Je roi l’aimait fort.

“Sire! dit-il, en s’avançant, j'ai une grâce à vous demander ?

—J'écoute, M, Je Que! répondit le roi, Quelle gräce

°z-VOUs à me demander.

-La permission de parler devant Votre Majesté à oB-ieur de Saxe.

—-Faites, monsieur.

Le duc s'approcha £'aveMent du lit:

“Monsieur de Saxe. dit-1l, bien que Je sois votre anclen comme âge et comme grade, bien que j'aie sur vous le rang de la pairie, bien qu'enfin je sois libre de Ma personne puisque Sa Majesté m'en à jaissé Maître, je viens vous prier de me prendre demain pour votre Premier aide de camp.”

Il Y eut un Dotnet de brofonil silence { ette boble äbnégation d'un nome puissant rendant hommage à

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