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LE PREMIER BOULET

Uinqg heures du matin allaient sonner.

Les deux armées ennemies étaient là, face à face, portée dun canon, se regardant mutuellement et dans l'anxiété du moment fatal.

Rien n'est émouvant, terrible. solennel, cenme ces quelques secondes qui précèdent le moment du combar. C'est la vie à pair o4 non que le soldat va jouer en présence de ces fusils qui s'abaissent, de ces canons qui “ont tonner, de ces cavaliers qui vont sabrer, L'officier général joue, lui, une partie plus sérieuse encore, çar son honneur et sa gloire sont attachés à la réussite du combat.

Qui eût vu, la veille, le maréchal de Saxe cloué sur son lit par la souffrance, -. qui eût pu le contempler à cheval, galopant, parcourant les Hgnes, ne l’eût certes pas reconnu.

Le marquis de Meuse, son premier aide de camp, Croissi, Monterson, Tavanne et d’autres seigneurs jllustres accompagnaient Maurice de Saxe, Avant le moment décisif du combat, le maréchal voulait parcourir toute la première ligne.

Suivant au pas de son cheval le front de bataille, Maurice salua, en passant, les drapeaux des régiments du centre groupés derrière les redoutes de Fontenoy.

De Fontenov, l: inarechal passa à Antoing où commun dat e due de Noailles qui avait en face de lui Les Hole landuis.

On était sous un bouquet de vieux ormeaux, placé devant la dernière redoute d'Antong sur la gauche, Le due de Noailles était à cheval près de Maurice de Saxe. Le duc de Grammont, le colonel de Roval-Piémont, le neveu du due de Nonilles, était également à cheval à peu de distance,

“Monsieur le duc, dit Maurice, je viens vous rappeler que le roi vous à accordé la faveur de faire tirer le premer coup de canon. Tout est prôt.

Le duc de Noailes s'inelina.

“Je vais avoir l'honneur, répondit-il, de tenir moiméme la lance !”

Et se retournant vers son neveu :

“Grammont ! ajouta-t-il, allez dire au roi que j'atiaque !”

læ jeune due salua et s'apprêta à lancer son cheval.

“Viens m'embrasser avant de partir!” reprit le duc de Noailles.

M. de Noailles et Maurice de Saxe étaient alors presque botte à botte, à l'extrémité du petit bouquet d’ormeaux. Les Hollandais, les Anglais et les Autrichiens formant demie-lune, s'avançaient lentement. L'action allait s'engager.

Grammont s'approcha de son oncle, passant entre le due et le maréchal qui lui tendit la main.

“Combattez comme à Dettingen! dit Maurice en faisant allusion à une bataille dans laquelle Grammont s'était montré très intrépide en s’élançcant sur l'ennemi.

—Dites à Sa Majesté, reprit le due de Noailles, que je serai fier aujourd'hui de vaincre ou de mourir pour °0n service !?

L’oncle se pencha pour embrasser son neveu. Gram-

mont, placé alors entre le marécha! et le duc, tenait dans sa main gauche la main droite du maréchal 6e’ se Courbant sur sa selle, il présentait sa joue à M de Noaïi:es dont les lèvres s’entrovrirent. En cet instant un éclair jaillit, une détonation retentit et Grammont tomba.

C'était le premier boulet de la journée lancé par un Canon hollandais. (Ce boulet, passant entre le maréchal de Saxe et le due de Noailles, avait fracassé la poitrine du duc de Grammont qui était tombé sans vie le corps brové, renversé sur la croupe du cheval,

Maurice avait senti dans sa main l’étreinte suprême des doigts de cette première victime de Ja bataille, et le due de Noailles avait reçu le dernier baiser de cette bouche à Jamais fermée.

M. de Noailles était pâle comme un linceul : il sauta à terre pour recevoir le Corps sanglant de Srammont qui glissait sur la selle. Des officiers accoururent pour l’aider.

Le maréchal contempla cette scène d’un regard triste, et, secruant la tête:

“Vengez-le!” cria-t-il.

Et il partit au galop.

“Feu!” ordonna le due de Noailles dont les yeux étincelaient.

La ligne française s’enflamma tout entière : un nuage de fun-ée rongeâtre roula sur Ja terre, déchiré par des myriades de zigzags de feu. Un bruit plus effrayant que celui d’un volcan en irruption éclata sur une étendue de six lieues, et le sol trembla, frissonnant sous leg Premiers élans de cette Jutte.

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