‹ Le Comte de Saint-Germain [microforme]Chapitre 38 sur 53 · JOHN · texte numérisé non relu

JOHN

“Tu as tout l’or, Somboi ?

— Tout ce que j'ai pu ramasser, Trespatky !

—Combien ?

—Dix mille livres sterling.

—Ue sera lourd.

—Bah ! en quatre sacs, et Nestor et Vénus sont solides.

— À ppelle John !”’

Somboï fit un léger sifflement. Un valet anglais, le domestique favori du duc de Cumberland, apparut soudain.

C'était sous la tente du général en chef de l’armée anglaise que se passait cette scène, à l’heure même où la colonne se rapprochait de l’F«caut et où elle était attaquée par la Maison du roi. La camp anglais était à peuprès désert. Quelques hommes erraient çà et là.

Somboï et le knès étaient agenouillés devant un grand trou pratiqué sous le lit de campagne du duc.

“n’y a pas d'autre cachette ? dit Somboiï en s'adressant à John qui venait de pénérer sous la tente.

-Non, répondit John.

UT de

—Eh bien ! pour en être plus sûr, je vais t’'emmener avec moi.

—À vos ordres.

— Prends deux de ces sacoches, et porte-les sur les chevaux qui attendent là où tu sais. ”

John se baïssa et ramassa les deux sacoches qu'il jeta sur son épaule. Le knès se chargeait des deux autres sacoches.

“C'est lourd ! dit-1l. Ce sera un service rendu au duc. I] pourra fuir plus facilement n'ayant rien à emporter.

Lesdeux hommes sortirent emportant les sacoches. John était le valet favori du duc, aucun de ceux qui était là ne pensa à lui faire une observation relative à ces sacs. Pour tous, il obéissait évidemment à un ordre du due de Cumberland.

Les sacs placés sur les croupes des chevaux, le knès et le valet prirent les animaux par la bride et les conduisirent au pas.

“A la Croix-Rouge ! dit Somboi à l'oreille du knès. Tu n'as rien oublié de ce qui a été dit ?

—Rien absolument.

—- Alors, va là-bas avec John. Je vais chercher le: deux femmes.

—Tu n'as pas besoin de mon aide ?

—Non. En tenant l’une, j'emmènerai l’autre, D'æilleurs, la distance est courte à franchir. Et puis Yvan et Poloff gardent la maison et veillent.

—Et John, nous l’emménerons ?

—Y tiens-tu ?

-—Peuh ?.. je ne sais trop.

— Alors, fais ce que tu voudras !”’

Le knès sourit et posa le doigt sur un pistolet passé à sa ceinture avec un geste significatif.

Somboï répondit par un signe de tête affirmatif.

On atteignait la limite du camp. John marchait à quelques pas en avant des deux hommes.

‘Service de Son Altesse Royale !‘” dit-il en passant devant la sentinelle.

Et comme John portait la livrée du duc de Cumberland, la sentinelle s'affaça sans faire la moindre objection. Tous trois passèrent. Som:boï adressa un autre geste rapide à Trespatky.

“A Ta Croix-Rouge ! dit-il encore.

—Je t'attendrai ! répondit le knès. Si tu avais besoin de moi, fais le signal. John garderait les chevaux. Je ne le tueraiqu’au moment de partir, quand nous n’en aurons plus besoin.”

Le knès et John tirant les chevaux derrière eux s’avancèrent vers le petit bois de Leuze, dans lequel ils s’engagèrent.

Somboï tourna à droite, se dirigeant vers une petite maison entourée d’un grand mur faisant enclos au jardin. Cette petite maison, située sur droïte de la route de Tournai, était à peu de distance de l’Escaut. Il était une heure, et le bruit provenant de la plaine de Fontenoy était si formidable, que Ia bataille semblait recommencer avec une nouvelle violence.

Sombcï, longeant une allée sombre aboutis- Sant au petit bois, marchait rapidement. Quand il eut atteint les abords de la maison, ;l s'arrêta, il regarda autour de lui avec une attention profonde, il écouta, puis il se remiten marche, côtoyant une haute haie vive. Arrivé devant la porte de la petite maison, Somboï prit une clef et l'introduisit dans la serrure.

Somboï portait une ceinture à laquelle étaient attachés une paire de pistolets et un poi-

HE

guard, et qui soutenait un long sabre, à lame large et à demi recourhbée, de forme cosaque.

Poussant la porte, il entra dans la cour. Quelques sourds grognements retentirent, et trois chiens énormes apparurent. Somboï passa la main sur la tête de ces chiens qui se courbèrent sous la caresse, plutôt avec un sentiment de crainte qu'avec une expression de joie.

“Il n'y a pas de meilleurs sentinelles, ni de plus fidèles gardiens que vous ! ”’ dit-il.

Et il traversa la cour, suivi par les trois chiens l prit une autre clef, ouvrit la porte de la ma:ison et entra dans l’intérieur.

À peine avait-il disparu, à peine la porte étaitelle refermée sur lui, qu'une ombre apparut, se projetant sur le sol. Les trois chiens s’étaient retournés mus par un même mouvement. Ils avaient devant eux un homme vêtu de noir,mas-

qué de noir et la main droite levée, le doigt po-

sé à la hauteur de la bouche. Les chiens ne firent pas entendre un seul grognement et se couchèrent sur le dos.

L'homme masqué gravit d'un pas leste les marches du perron, puis il introduisit une clef dans la serrure de la porte que Somboï venait d’ouvrir. Il fit jouer la clef dans la «serrure en fermant la porte, puis il laissa 1a clef, dans l'an-

neau de laquelle il passa une chaîne qu'il atta-

cha à deux gros pitons plantés dans la muraille, de chaque côté de la porte.

Cela fait, il était impossible de sortir de l’intérieur de la maison.

L'homme masqué redescendit dans la cour et il fit le tour de la maison. Sous chaque fenêtre, et il y en,avait une seulement dans la largeur, un homme était couché

L'homme masqué revint vers le perron, et il s’assit sur les marches, un pistolet dans chaque main.

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