‹ Le Comte de Saint-Germain [microforme]Chapitre 4 sur 53 · LE · texte numérisé non relu

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rose en rubis maguilique, avec des feuilles en émeraudes, et une tige en or, fine, déliée, et garnie d’épines en topaze.

Les roses étaient en tous points semblables, La scène prenait des Proportions telles qu’elle touchait au fantastique.

Ce homme, ce Poulailler. ee bandit redouté dont la tête était mise à prix, que l’on crovait emprisonné et qui tout à COUP apparaissait calme, souriint, richement vêtu, seul au milieu d'une répétition de l'Opéra, rendant des diamants à une danseuse, offrant de riches joyaux à d’autres avec une galanterie de grand seigneur : c'était à ne pas croire,

Cependant il y avait là trois danseurs, huit musiciens et six figurants, en tout dix-sept hommes, et la tête de Poulailler, qui était seul avec un valet, était mise à prix, et à un prix très élevé.

“ Messieurs, dit vivement Pc ulailler en voyant quelques regards se croiser et s’animer, je suis venu près de vous en ami, je n’ai aucune intention qui doive vous inquiéter, je vous en donne ma parole ! Quant à moi, bien que me trouvant isolé au milieu de vous (en apparence du moins ) je n’ai aucune inquiétude ; je suis calme, joyeux, tranquille et fort ! ?’

Le mort “fort” fut prononcé de telle sorte qu’aucun doute ne pouvait être permis : c'était à la fois un avertissement et une menace. Il était évident, au reste, qu’un homme comme Poulailler ne pouvait commettre f’imprudence de venir s’exposer follement sans avoir pris ses précautions d'avance.

Poulailler revint vers Sallé et Camargo :

“ J'ai une grâce à solliciter de vous, dit-il, daignez-vous me l’accorder ?

— Monsieur, dit Camargo avec une dignité charmante, vous portez un nom qui inspire la termais votre physionomie est loin d'inspirer le même sentiment, Un de mes intimes, le vicomte de Tavanne, a toujours parlé de vous dans des termes en opposition avec ceux dont se sert le lieutenant de police, enfin quand il prononce votre nom, il l'accompagne du titre d'ami. Quel que soit l’homme que vous puissiez être véritablement, je n'ai personnellement aucun motif pour refuser de vous être agréable.’

Poulailler se retourna vers Sallé L

” Et mademoiselle Sallé ? dit-il.

— Je pense exactement comme mon amie Camargo, répondit la jolie danseuse.

— Alors, mesdames, le vous supplie de danser devant moi et pour moi seul, ce pas merveilieux du ballet des.‘ Caractères de la Danse ”” qui est votre triomphe.

— Très volontiers ! dit Camargo. Mon cher Dupré, faites faire place au théâtre et priez ces messi trs de l'orchestre de nous jouer l'air.”

Poulailler se pencha vers Dupré :

:* Priez tous ceux qui sont ici de ne pas sortir, lui dit-il à voix basse, il y aurait danger pour eux à monter ou à descendre l'escalier?’

Et Poulailler, prenant un siège, vint se placer de façon à goûter le plaisir du spectacle donné pour lui seul.

La danse commença : elle fut admirable, Jamais Camargo ni Sallé n'avaient eu plus de verve, plus de moelleux, plus de grâce, plus de séduction, plus de talent.

L'entraînement fut tel que tous ceux qui étaient

là applaudirent à tout rompre Jamais on n'a dunsé ainsi ! cria Dupré qui battit un entrechat de bonheur,

— Mesdumes, dit Poulailler en se ler ant, aucune parole ne saurait exprimer ce que vous m'avez ait ressentir, Voilà une page de ma vie que je serais heureux de publier "”

S'approchant d'elles, il prit la main de Camar co et celle de Sallé qu'il baisa tendrement, et se redressant avec une expression de dignité superbe :

‘* À partir de ce moment, je suis votre auwi, ditil, et je ne joue pas avec ce titre quand je le donne ! Mon amitié est puissante ! Vous n'avez désormais rien à craindre, rien à redouter. À toutes heures du jour et de nuit, partout où vous alliez, partout où vous soyez, votre sécurité sera grande, Aucun danger ne vous menacera sans qu'une main forte ne se place entre ce danger et vous.”

Camargo et Sallé, très-émues, ne purent trouver un mot pour répondre. L'étrangeté de la situation les rendait muettes.

Poulaiilér s'était avancé vers Dupré et vers Noverre et Gardel :

‘* Messieurs, dit-il, des gens à moi viennent de déposer chez le suisse du théâtre des paniers contenant un souper complet ; vaisselles, mets et vins. Ces paniers sont à la disposition des artistes de l'Académie royale de musique. Voudrezvous leur faire, en mon nom, les honneurs de ce souper ? ””

Cette foi, il n’y eut qu'un cri partant de toutes les bouches.

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Mais Poulailler Pirouetta sur ses talons, salua la Compagnie et disparut.

Ah çà ! c'est un rêve ! s’écria Dupré,

— C'est une plaisanterie ! dit Noverre.

— C'est Poulailler qui sort d'ici ! dit Camargo. Je l’ai parfaitement reconnu.

——Oui ! c’est lui ! ajouta Allard.

— C'est bien lui ! dit Sallé.

—Mais c'est qu'il m'a rendu tous mes diamants ! C’est que ces émeraudes sont fort belles. Il y en a là Pour plus de cent mille livres.

—Ces roses sont des chefs-d'œuvres ! dit Camargo.

—Messieurs, mesdames, dit le suisse du théâtre qu s'avança vers Dupré, il y a en bas dix grands paniers à l'adresse des messieurs et demoiselles de l'Opéra. Faut-il les monter ?

Les hommes $e regardèrent :

Après tout, dit Noverre, je ne vois pas trop Pourquoi nous refuserions, car enfin Poulailler ne nous a jamais fait de mal.

—Et, ajouta Gardel, il n'V a pas nécessité à laisser perdre des mets qui doivent être excellents et que la longueur de notre hésitation Pourrait détériorer.

—Moi, dit Camargo, j'ai en lui pleine confiance, et je voudrais bien Savoir ce qu'il y a dans les Paniers.

—Moi aussi ! dit Sophie,

—Eh bien, dit Dupré, qu'on les monte !

—-Qu'on les monte ! répéta-t-on,

—Et nous souperons ce soir après la représentation.

—C'est cela.

— Mais il faut faire prévenir tous nos amis.

—On enverra une circulaire.

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— Voilà le premier panier ! dit le suisse en désignant de la main un garcon de théâtre qui le suivait, pliant sous la charge d'un volumineux panier.

—Ah ! que homme ch.rmant que ce chevalier du Poulailler ! :'écria Mia Allard, en continuant à admirer ses bijou Je ne regrette qu'une chose, maintenant... c’est qu'il ait cessé ses visites...”

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