‹ Le Comte de Saint-Germain [microforme]Chapitre 40 sur 53 · VICTOIRE · texte numérisé non relu

VICTOIRE

“Vive le roi ! criaient à la fois quarante mille houches,

Et les fusils noircis, les sabres encore sanglants s’agitaient dans les airs, et les tricornes pirouettaient, et les soldats dansaient …

Et cependant, sur cette plaine imprégnée de sang, il y avait près de quinze mille morts. Les Anglais avaient perdu plus de dix mille hommes, et l’armée française quatre mille. Mais Louis XV parcourait tous les ranu: : mais Louis XV prodiguait les félicitations aux soldats, serrait la main aux officiers et se faisait embrasser par les généraux...

Aussi partout, sur toute la ligne des régiments, entendait-on les cris de victoire, et quand le roi passait, les drapeaux criblés de balles s’inclinaient, les blessés se soulevaient pour faire encore un geste de Ja main.

Cette bataille, gagnée à onze heures, perdue à une heure et regagnée à deux heures, c'était la plus belle et la plus glorieuse du règne: aussi était-ce un délire général.

“Le maréchal ? où est-il ? demanda le roi,qui n'avait pas encore revu Maurice de Saxe.

—Sire ! le voici !‘ dit le dauphin.

Le marécha de Saxe, épuisé par la fatigue, s'approchait du roi. Il se laissa glisser à bas de son cheval, et, tombant à genoux devant Louis X V :

Sire ! dit#k je puis mourir à cette heure : je ne désirais vivre que pour voir Votre Majesté victorieuse Maintenant, sire, vous savez à quoi tiennent les batailles !*’

Le roi avait mis pied à terre pour relever luimême Maurice. I] l'embrassa avec effusion, et les cris éclatèrent plus enthousiastes encore.

En ce moment Richelieu, couvert de poussière et de sang, les habit déchirés, arrivait au galop. Louis XV lui tendit la main.

“Duc ! dit-il. je n'oublierai jamais les services que vous m'avez, rendus !

Richelieu baisa la main du roi,

‘‘Sire, répondit-il, Votre Majesté veut-elle me Permettre de Jui présenter jes deux premiers hommes qui sont entrés dans les rangs de la colonne anglaise ?

Oui certes !" dit le roi.

Richelieu, qui avait mis pied à terre, courut vers le régiment des Grenadiers de France, et 11 saisit d’une ma’ un grenadier et de l’autre un sergent aux Gardes françaises.

I les entraîna rapidement jusqu'aux pieds du roi. i

“Les voici ! sire ! dit-il.

Roland Dagé ! dt Lonis XV avec surprise.

Vous qui vouliez vous faire tuer ?

-—Sire ! répondit le grenadier avec émotion, je n'ai pas pu.

— Heureusement Pour vous et pour moi, monsieur le grenadior, Pour Moi, car j'ai un brave

soldat de plus duns mon armée, et pour vous, car je vous récompenserai comme vous méritez de l'être.’

I] donna sa main droite à baiser à Roland, qui mit un genou à terre. Dagéle coiffeur, les yeux pleins de larme: et le visage empreint d’une douce émotion, s'agenouilla de l'autre côté, et, saisissant la main gauche du roi, il la pressa sur ses lèvres.

Louis XV <e retourna vers le sergent aux Gardes françaises, qui attendait, immobile, à la troisième position. ….

“Ton nom ? dit le roi. :

-Sire, répondit le sergent, Fanfan-la-Tulipe, sergent à la deuxième du troisième du régiment des Gardes françaises.

-C'est bien ! dit le roi. Je m'en souviendrai!

— Vive le roi ! cria Fanfan en agitant son tricorne,

— Vive le roi !”" répéta la foule.

Dagé avait pris le bras de son fils.

“Et maintenant, dit-il, Sabine et Nicette nous attendent à Saint-Amand ! Viens !

-Et Gilbert ? demanda Roland.

—Ïl est près d'elles.

— Mais comment a-t-il pu les retrouver ? où ? dans quelles circonstances ?

—Ïl te le dira !” $

ÆEt Dagé entraîna son fils dans la direction du pont.

Page 1