AR
KORIKOKO.
Il faisait nuit, et tout le camp était illuminé pour célébrer le triomphe. Près de Mortagne, dans un bois épais et touffu, un cavalier venait de s'arrêter :
“Korikoko !” chanta-t-on.
L'homme mit pied-à terre, Une ombre se glissa vers lui: c'était un homme vêtu de noir et masqué.
Eh bien ? dit-il vivement, le poison ?
Pas de trace ! répondit l’autre.
— Elles n'ont pas souffert encore ?
— Pa: un seul instant. B, qui ne les a pas quittées une minute, affirme qu'elles n'offrent aueun symptôme d'absorption de poison.
—Et cependant voici quatorze heures qu’elles ont été empoisonnées. I] était huit heures du matin, m'a-t-il dit, et il en est dix du soir. es
—Si cet homme avait menti : «i la terreur, si l'espérance de se sauver lui avaient inspiré cette pensée d’empoisonnement ?
--Cela peut être !
Alors, il n'y aurait aucun ‘danger.
— Oui, mais si cela n’est pas ?”
C fit un geste d'impatience, Poulailler réflé. chissait.
“La maison ? dit-il brusquement.
—Elle à brûlé de fond en comble, répondit C.
— Quelqu'un a-t-il cherché à fuir pendant l'incendie ?
—Non.
—Vous n'avez vu personne, vous n'avez rien remarqué, rien vu, rien entendu, qui pût nous mettre sur les traces ?
—Rien !
—Je le savais ! dit l'homme en secouant la tête. La lutte n'est pas encore finie, mais elle finira cette nuit même !”’
Il se baissa vers la terre : un second ‘“korikoko” retentit. Un troisième homme apparut dans l'ombre. C'était Coq-Nègre.
“Mon prisonnier ? demanda Poulailler.
— 1] est ici !”* répondit C'og-Nègre.
Poulailler suivit des veux le mouvement. Coq- Nègre écarta les broussailles ‘l'une main, et de l’autre, prenant une lanterne sourde dont il avait fait glisser la porte de fer, il éclaira l'intérieur du fourré. Dans un sillon était étendu, imrmrobile, solidement garotté et hermétiquement bâillonné, un homme de grande taille, au corps maire et sec, et recouvert d'une riche livrée. C s’était penché pour mieux voir.
“John ! dit-il avec étonnement. Le valet du duc de Cumberland !” .
Poulaillér fit un signe affirmatif, Puis, se retournant vers Coa-Nègre.
“Ft l’autre ? dit-il.
—Tà !* répondit C'oq-Nègre.
1 tourna sa lanterne vers ia gauche. Un autre homme de forte taille, également lié, garrotté et
bâillonné, était à demi enfoui dans un amas d'herbes coupées. C s'avança et regartla.
‘Le knès ! dit-il en se redressant.
—Oui Te knès ! Jacco Trespatky ! répondit Poulailler.
— Quand les avez vous fait prendre ?
— Pendant que la maison brûlait. Oh! ces hommes nous serviront tous deux !” !
Poulailler souleva son pied droit et le posa sur la poitrine du knès :
“Celui-là ! reprit-il, va me dire où est l’autre !”’
Et, se penchant vers le knis :
“Tu as juré que tu ne Parlerais pas ! dit-il : mais je te jure, moi, que tu vas parler !’’
Il se redressa : trois “kcikokos'"”’ retentirent dans le bois. Trois hommes surgirent subitement à droite. Trois autres ‘‘korikokos”” retentirent, cl trois autres hommes se dréssérent à gauche. Sur un signe de Poulailler. deux hommes saisirent et enlevèrent le corps du valet de chambre anglais, et deux autres chargèrent le knès sur leurs épaules. Le cinquième homme se plaça en avant, le sixième en s-rière.
‘‘Au poulailler de Fontenoy !” dit le chef.
Les six hommes disparurent dans l’épaisseu:
du bois, emportant le knès et John et conduits par Coq-Nègre.
Poulailler demeura seul avec M. C,
“Dans dix iours, dit il, assemblée générale au grand poulailler de Pari: !”’