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‘ Poulailler et se mirent à fouiller la terre avec une précaution infinie. Un anneau de cuivre, scellé à une pierre plate et de petite dimension, apparut presque aussitôt. Les deux hommes se baissèrent, saisirent l'anneau et tirèrent violemment à eux. La pierre plate se détacha et se souleva lentement. Les deux hommes l'enlevèrent et la pla cérent près deux. ”
L'excavation, que la pierre enlevée laissait à découvert, avait une profondeur tout au plus d'un pied, sur deux pieds de largeur. et un pied et demi de longueur. Au centre,on aperçevait une large tize de cuivre enfoncée verticalement dans la terre,
Les hommes attendaient dé nouveaux ordres pour agir, mais Poulailler ne leur en donna pas. Se retournant vers le knès :
‘Fais jouer le ressort, dit-il.
J'ai les mains liées ! répondit Trespatky. Je ne puis Agir.
-Coupez les liens !‘’ dit Poulailler.
Un coq trancha vivement les cordes qui retenaient enlacés les poignets du knès. Un frisson parcourut le corps de Tresbatky, frisson de bonheur, et, avec un geste rapide, il ramena en avant ses mains rendues libres : il s'agenouilla devant l'ouverture, et, se baissant. il saisit la poignée de la tige, sur laquelle ses bras se roidirent. À mesure qu'il tirait à lui, les marches inférieures de l'escalier se déplacaient, glissant doucement et tournant sur un pivot posé à leur extrémité, Bientôt un espace vide apparut, et dans cet espace vide, une échelle de fer descendant dans la profondeur de la terre. On entendait un biüissement sourd sembiable à celui des eaux.
Le knès s' tait redressé,
“Voici le sixième passage ! dit-il. Maintenant tu peux me torturer et me tuer; jo ne pourrais t'en indiquer un autre.’
Poulailler fit signe à Coq-Nègre.
‘Prends une lanterne et descends !”’ dit-il.
Coq-Nègre obéit. 11 prit une lanterne, et, s’enageant sur les échelons de fer, il descendit lentement.
“Où conduit cette échelle ? demanda Poulnil ler en se penchant au-dessus de l'ouverture.
Dans l'eau, répondit Coqg-Nègre. C’est un canal pratiqué sous terre.”
Poulailler se retourna vers le knès.
“Où conduit ce canal ? dit-il.
--le l'ignere, répondit Trespatky
— Encore * <'écria Poulailler.
Je dis vrai. Je te le jure, Je sais que ce canal existe, mais j'ignore où il conduit : je ne l'ai jamais parcouru.”
TE y eu un moment de silence, et dans ce silence profond retentit !,. uvamment un “korikoko’’ s0nore provenar, du canal. Poulailler tressaillit, et s'élançant vers l'échelle, il descendit vivement. Coq-Nègre, les jambes à demi enfouies dans l’eau se maintenant d'une main au montant de l'échelle.élevait avec l'autre la ianterne, afin de projeter au loin la clarté lumineuse,
Ce canal ressemblait à s'y méprendre à un srand égoût. Etroit, voñté et bas. il était percé en droite ligne. et l'eau battait ses murailles à droite et à gauche.
Poulailler se baissa et regarda en avant : une ombre se dessinait dans les ténèbres sur la surface de l'eau, au'éclairait la lanterne de Coq-Nègre À cette clarté s'en joignit brusquement une autre et une barque étroite coinme une pirogue appa-
rut soudain. Dans cette pirogue était assis un homme, le front penché en avant et maniant avec une adresse inouie, dans cet espace resserré, une sorte de pagaie.
Poulailler avait pris un pistolet passé à sa ceinture, et, le pouce sur le chien, l'index sur la détente, il attendait. L'homme releva la tête : son visage était masqué,
‘“*C ! dit Poulailler.
— Venez, maître ! dit C en poussant la pirogue avec un dernier effort, je vais remettre entre vos nains celui que vous vouliez prendre !
—Somboï ! s'écria Poulailler. Tu l’as donc pris ?
— Oui, il est sur l'Escaut !
—Qui le garde ?
—Coq-Huppé.”
Poulailler sauta dans la barque, dont l’extrémité venait d’atteindre les échelons de fer.
‘Gardez le prisonnier ! dit-il d’une voix sonore.””
La barque glissa rapidement dans le canal.
Coq-Nègre s'était placé à l’avant, à cheval sur l'extrême pointe de la pirogue, les jambes pendantes, les pieds enfoncés dans l’eau, sa lanterne élevée au-dessus de sa tête.
‘Nous approchons de l'Escaut !’’ dit M. C.
n’achevait pas, que la clarté du ciel apparais sait soudain. La pirogue venait de quitter la voûte et s'était engagée dans le fond d’un fossé bordé de haies vives.
Derrière eux, ils avaient l'entrée de la voûte du canal, que dissimulait absolument un fouillis de plantes grimpantes et rampantes, dont les feuilles retombaient dans l'eau. A droite et à gauche, une double muraille de gazon toute hé-
risée d'arbrisseaux, dont les rameaux entrelacés continuaient de distance en distance, la voûte audessus du cours d'eau. kn avant, l'Éscaut dans lequel alla. se jeter l'humble ruisseau aux eaux rapides.
La barque venait de s'engager dans le fleuve tourna brusquement à droite, et disparut dans une touffe de roseaux. Poulaillér interrogea C du regard, Celui-ci lui fit signe de prendre patience,. ER
La barque glissait entre les roseax. Deux iles placées au milieu de l'Escaut en diminuaient la largeur, et chacun des trois bras qui séparaient les rives des îles et les îles d'elles-mênes, était une véritable forêt de plantes aquatiques.
La piroque atteignit la seconde de ces îles sans avoir quitté l'abri des roseaux. C s'élança sur la terre ; Poulailler le suivit. Coqg-Nègre gurda la pirogue.
Poulailler et C gravirent rapidement la berge escarpée, et quand ils eurent atteint l'autre bord de l’île, ils s’arrêtérent.
‘‘Attendons le signal, dit (à voix basse et en retenant Poulailler.
—Mais qu'y a-t-il donc ”‘ demanda le chef.
C se rapprocha de lui, et étendant la main:
“Malgré l'obscurité, dit-il, distinguez-vous l'autre rive ?
—Oui, répondit Poulailler.
— Vous voyez ce bouquet de chênes qui se dresse en face de nous ?
—Je le vois; et, au-dessus de ce bouquet de chêne, il y a un ravin dans lequel coule un ruis seau semblable à celui que noux venons de quitter. x, |
—Précisément.
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—C'est à cet endroit qu'avant-hier soir le knès a traversé l'Escaut, et qu'il a caché une outre dans les roseaux.
—-Oui, maître, c'est cela. Quand Coq-Nègre à suivi le knès hier, il l'a vu prendre l’outre flottante et l'attirer avec un croc : puis, après Î'avoir enfouie dans les roseaux, il a traversé le fleuve. Coq-Nègre a dû le suivre, Dans la plaine Coq-Nècre à ordonné à deux poules d'aller sem. parer de loutre ; mais quand ils arrivèrent dans les roseaux, loutre avait disparu sans qu'on pût Savoir comment.
À quel endroit Cou Nôcre a-til perdu ja piste du knès, dites ?
À la ferme. |
—Eh bien ! cette outre ?.
Cette outre contenait..."
Le bruit d'une pierre tombant dans l'eau retentit à peu de distance. C!' cessa brusquement de parler. If écouta ; une seconde pierre tomba comme était tombée la première,
C prit la main de Poulailler et l'entraîna: tous
deux descendirent jusqu’au bord de l'Esvaut en se faufilant dans les herbages. Là était emarr-e une barque dans laquelle les deux hommes se Placôrent. C ne prit pas les avirons qu'il laissa ‘au fond de la barque: mais se baissant et enfonçant son bras dans l'eau, il retira un cordage dont les deux extrémités devaient être placées à longue distance, car la corde était très-lu.ide
C la saisit des deux mains et il “hâla dessus” comme disent les matelots. La barque, entraînée. clissa sur l’eau comme un bac. Bientôt elle at teignit le milieu du fleuve. Là, les roseaux cessäient d'encombrer l'Escant : il y avait un grand espace vide dans lequel les eaux s’écoulaient ma-
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estueuses et puissantes. La barque ne sortit pas des roseaux ; elle v demeura enfouie sans bouger. C, avait laissé retomber la corde dans l'eau
La barque avait en face d'elle l'espace vide et la berge ede la rive gauche. Cette berge était également bordée de roseaux : mais les roseaux avaient été arrachés on coupés à la hauteur du ravin que Poulailler avait désigné, ravin qui avait dû certainement être formé par une inon dation récente.
Là où étaient Poulailler et C on entendait le bruit confus des chants joyeux de l'armée française. À gauche, le paysage était animé et illuminé ; en face, il était sombre et tris'
Tout à coup, en ligne droite avec le ravin mais à une distance grande, jaillit une flamime qui s'éleva dans les airs et qu'enveloppa un tourbillon de fumée. A cette flamme en succédèrent d'autres ; puis une immense nappe de feu 1llumina l'horizon, et des bâtiments, des tours, des toitures, apparurent se dessinant en noir comme des silhouettes sinistres sur ce fond rouge.
“Où est le feu ? demanda Poulailler.
—Au château de Camphin, répondit C.
—Et qui l’v a mis ?
—Coq-Huppz et ses poules.
—Ce château d’où sont partis Somboï et le knès pour aller enlever Sabine à Sais. Amand ?
—Oui, maître.
—Mais ce château est la seule et unique demeure dans laquelle Somboï se croyait imprenable, et c'est dans cette demeure que je vais le prendre dit Poulailler d'une voix sourde ; pourquoi l'avoir incendiée ?
— Pour prendre Somboiï cette nuit.”
, DC À | Te . 1 Poulaïller saisit la main de
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"Si tu ne réussis pas, dit-il, tu joues ta vie et la mienne.
— Je réussirai, maître !
En ce moment, une troisième Pierre tomba dans l'eau.
Regardez,” dit C.
L'incendie avait redoublé de violence, et ses refle’,; éclairaient l'horizon, se projetant jusque sur da rive du fleuve.
Poulailler avait les regards rivés sur le ravin : au fond de ce ravin, il apercut une masse noire énorme qui flottait sur le ruisseau, dont je courant rapide l'entraînait vers l'Escaut. Cette masse noire, c'était une outre gigantesque gonlée, dont la moitié était enfouie dans l'eau, et dont l'extrémité supérieure se terminait par une sorte de goulot que formait la réunion des eaux attachées fortement. Elle roula dans l'Escaut, qu'elle descendit dans la direction de Tournai.
Au moment où elle passait devant l'endroit où la barque de Poulailler était enfoncée dans les roseaux, un ‘‘korikoko”’ sonore retentit.
Aussitôt des cordes, jusqu'alors invisibles, se se tendirent en s’enroulant autour du sommet de l'ouverture, qui resta suspendue au-dessus du fleuve. A peine l'outre fut-elle suspendue que le fond s'ouvrit, déchiré. fendu, et qu’une ombre gliska dans l'Escaut. C'était un-homme qui venait de disparaître dans les eaux du fleuve.
Mais à peine disparaissait-il. qu'une grande barque, montée par six hommes, sortit des roseaux. Elle s'approcha, et deux des rameurs,s’élançant dans le fleuve, se‘sirent l’homme qui se débattait avec une violence extrème, La barque se rangea près des nageurs. Quatre hcmmes se penchèrent, et saisirent À la fois celui qui se dé-
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battait, et le couchèrent au fond de la barque.
C s'était penché vers Poulailler, qui avait tout vu et qui demeurait immobile.
‘*J'ai réussi ! dit-il avec des éclairs dans les veux. Somboiï est pris !”
Poulailler ne répondit pas, mais il poussa un rugissement sourd, et, saisissant les mains de C, il les pressa avec une énergie farouche.
Et maintenant, dit-il, il faut que cet homane parle !
—Îl parlera, dit C. Toutes les: tortures sont préparées !”
Minuit sonnait à Calonne.
‘‘’Encote six heures pour les sauver !”” dit Poulailler.
La barque glissa rapidement dans la direction qu'avait prise celle qui emportait le prisonnier.