LE GIBET
Quiconque eût été, cette nuit-là, dans l’une des salles du Palais-de-Justice de Beauvais et se fût penché pour regarder sur la place, eût assisté à un singulier et terrible spectacle.
Sur cette place se dressaient, à poste fixe, un pilori construit sur le modèle de celui des Halles à Paris et un énorme gibet. ÂÀAu moment où minuit sonnait, un groupe d’hommes s’agitait silencieusement sous le gibet, puis une ombre montait lentement les dégrés d’une longue échelle.
Au milieu d’un profond silence, une corde s’abattit tombant du haut du gibet, et traîna jusuue sur l’estrade, La corde fut saisie et tendue.
Les hommes formaient un groupe sur l’estrade. Tout à coup le g1 rupe s’ouvrit.
Alors un homme apparut, balancé dans l’air au bout d'une corde enroulée à son cou.
Un autre homme était attaché par les poignets aux pieds de celui-là.
Les mains de l’homme furent déta:"\ées, il tomba lourdement, et le pendu demeura seul tournant lentement sous l’impussion de l’enroulement de la corde.
Un quart d'heure s’écoula sans que tous ceux qui
étaient là sous le gibet et sur l'estrade fissent un seul mouvement.
Puis un léger korikuko retentit, et ils se dispersèrent tous à la fois.
Un seul homme demeura sous le gibet. Cet homme releva la tête, étendit le bras droit vers le ciel, posa la main gauche sur son coeur:
“Mon père! dit-il, votre fils a tenu son sermceut. Vous êtes vengé !”