LA RUE DU VERT-BOIS
Mir. it ct demi sonnait, et la barque qui avait traversé J’Avelon le traversait de nouveau, en sens contraire, pour aborder au faubourg Saint-Jean.
Deux hommes sautèrent sur la berge. Le comte de Charolais, dont les mains étaient libres et qui n’était plus bâillonné, quitta la barque. Poulailler était près de lui. Poulailler avait le visage découvert. Son compagnon était toujours masqué. Celui-là était M. C
Deux autres hommes suivirent, et tous sept gravirent la berge.
A peine atteignaient-ils le pavé de la rue, que la porte de la grande maison tourna sur ses gonds et que la voiture, attelée de ses six chevaux, avança. La portière ouverte, C. monta le premier, puis Charolais, puis Poulailler montèrent successivement.
Les quatre hommes de l’escorte étaient à cheval.
La portière refermée, la voiture partit, entraînée au galop ae ses six chevaux, sur la route de Paris.
Le retour se fit avec la même rapidité que s'était fait l'aller. On était parti à minuit et demi: à trois heures du matin on apercevait les moulins de Montmartre, dessinant dans la nuit ieurs grandes ailes blanches.
La voiture entra dans Paris par la porte Saint-Martin
et, descendant la rue, elle s'arrêta à la hauteur du mur de l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs.
Poulailler, C et Charolais descendirent de la chaise de poste, suivis par les quatre horumes, qui avaient mis pied à terre.
Longeant le mur, ils tournèrent à droite et ils s’engagèrent dans la rue du Vert-Bois.
Pouijailler marchait le premier: C le suivait côte à côte avec Charolais. Ils s’arrétèrent devant cefte petite maison à deux étages devant laquelle nous avons vu, le 30 janvier précédent, s'arrêter trois hommes, A, Bet C.
Poulailler ouvrit la porte, entra ct fit entrer Charo. lais. C les suivit.
Poulailler avait saisi le poignet du comte. L'entrainant rapidement, sans prononcer une parole, il lui fii traverser les pièces obscures de la maison. ct il atteignit le perron descendant dans le jardin.
Le 30 jauvier, il neigeait, le temps était froid, les ar. bres dénudés, le jardin désert et désolé.
Cette nuit-là du mois d'août, le jardin n’était plus le même. 11 était riche en fégétation, il était frais, 1! était vert, il était ombragé.
Poulailler, tenant toujours dans ses doigts de fer le poignet du comte, 1e contraignit à descendre dans le jardin.
C les suivait pas à pas.
Ils traversèrent jes allées touffues et ils atteignirent le centre du jardin. La se dressait une haie de cyprès et d'ifs formant un grand cercle entourant un rondpoint.
Au centre de ce rond-point était un amas de terre pierreuse et sèche sur laquelle ne poussait pas la moindr2 touffe d’herbe. Un abricotier se dressait au milieu L'arbre était mort depuis longtemps.
Rien n’était plus triste qne satte partie du jardi
! n, qui avait l’aspect lugubre d’un véritable cimetière. le]
Poulailier, Charolais et C s’'approchèrent de l'abricoter.
Sur la terre du rond-point, au pied de l'arbre mort, était étendu, demi-nu, le corps d’un homme de grande taille dont les chevilles et les poignets étaient attachés
Poulailler se tourna vers Charolais.
“Monseigneur, dit-il, nous sommes dans cette maison où la nuit du 30 janvier 1525, tandis qu'on martyrisait le cadavre de mon père au gihet de Beauvais, on allait ici assassiner ina mère, C'e-l vous qui avez fait arrêter la Morlière, qui eût gêné pour accomplir le meurtre; c'est vous qui avez proposé la promenade sur la glace À Versailles pour abandonner la maison; c’est vous enfin qui avez tout fait préparer pour le crime et voilà celui qui l’a commis. Voilà le misérable qui a étranglé ma mère!... Il va mourir aussi, celui-là, que j'ai torturé depuis trois mois, comme j'ai torturé cel#i qu'on vient de pendre. 11 va mourir, et c'est toi qui vas le tuer, Charolais, comme tu as tué l’autre. Tu as été l’instrument qui a aidé à frapper les innocents; tu seras le bras qui frappera les coupables. Etrangle celui-là, Charolais, comme tu as pendu l’autre !”
: +, saisissant le comte, il le poussa vers le knès, étendu sans mouvement au pied de l’abricotier.