‹ Le Comte de Saint-Germain [microforme]Chapitre 51 sur 53 · LA CONFESSION · texte numérisé non relu

LA CONFESSION

Nix heures veusient le sonner à l'horloge de la cathédrale de Paris.

Au milieu du brouillard que dégageaient les eaux de la-Seine, Notre-Dame dessinait vaguement sa gigantesque silhouetée, Cette partie de la Cité s’éveillait à peine,

Une porte de la Cathédrale cependant était ouverte : c'était la petite porte placée près de l'entrée des tours, celle que prenaient d’ordinaire les fidèles qui, dès l’aube, allaient s’agenouiller au confessionnal.

Effectivement, ce matin-là et avant qu'aucun des habitants ne fût levé, un homme enveloppé dans les plis d'un grand manteau et portant un chapeau rabattu sur le front, s'était introduit dans l’église.

Sans doute on l’attendait, sans doute le bedeau avait été prévenu, car au moment où l’homme était arrivé, la porte s'était ouverte et un prélat avait traversé le choeur.

Ce prélat qui avait marché, les mains croisées sur la poitrine et la tête penchée sur l'épaule, portait sur sa robe blanche le camail violet de l’évêque,

C'était effectivement Mgr de Mirepoix, l’anmônier de la dauphine, le prélat le plus vénéré et le plus redouté de la France, qui avait traversé le choeur se dirigeant vers le confessional.

Un prêtre, suivant l'évéque, l'avait dépasse uw en. trant sous ‘à colonnade et lui avait ouvert la porte du confessionnal.

Quelques secondes s'étaient à pote évoulées que l’homme qui était entré dans l'église venait s'agenouiller dans le confessionnal.

Quaud il se releva, après un temps assez long ,. fit le signe de la croix et atteudit, La porte s'our ., lé. vêque sortit.

“Venez, mon fils!” dit-il en se dirigeant vers ln sacristie. .

Dans la sacristie i] y avait deux prêtres ; l’évêque leur parla à voix bass, puis adressant un geste à celui qu'il venait de confesser, il ouvrit la porte donnant sur le cloître.

Un carrosse attendait. Un valet ouvrit la portière : l’évêque monta dans la voiture, l'homine monta ensuit et se plaça en face ue l’évêque.

La voiture partit; dix minutes après elle atteignait la rue de Varennes et elle entra dans la cour de l'hôtel du prélat.

L’évêque descendit du carosse, il inonta les inarchas du premier étage et il pénétra dans un oratoire richement meublé. T/homme l'avait suivi.

L’évêque prit un siège et en désigna un autre à celui qui Pavait accompagné et qui accepta en s’inclinant :

“Ainsi, dit Mgr de Mirepoix en regardant le person: nage placé en face de lui, vons êtes le chevalier de Poulailler ?

—Oui, monseigneur, répondit l’homine.

—Poulailler, le bandit ?

—Pour ceux qui ne le connaissent pas! Mais vous avez entendu ma confession entière, inonseigneur, vous savez qui je suis ! Jamais je n'ai frappé un … ocent ! Je me euis fait l’instrument de la justice divine en frap-

pant les coupables qui échappaient à la loi humaine.

depuis dix ans, monseigneur, que j'ai marché dans cette vole étrange, j'a: arraché à des Mains impures plus de SIX millions de livres avec lesquels jai secourus ceux qui souffraient de la misère et de la faim. Pas un liard de ces six millions n'est entré dans ma bourse el ne M'a servi pour élever ma soeur. Tandis que js passais mes nuits à me faire le vengeur mystérieux de ja Société, je passais mes journées à un travail honnèt : J'étais Poulailler le bandit du coucher au lever du <0leil, et en plein jour J'étais Gilbert larmurier! Si mon père et ma mère n'étaient pas morts lâchement assassi. nés, je n'aurais Pas vécu ainsi. Mais quand j'ai vu cet homme, mon père, condamné honteusement, quand j'ai su que ma mére était morte victime, j'ai pris en haine cette société qui échappait à la loi, et je lui fis une suerre sans merci ni trève !

Poulailler regarda l’évêque, dont les yeux étaient rivés sur lui.

“Oh! reprit-il, vous devez me comprendre, monsei. £neur; ce germe, qui a écho dans mon Coeur, ne m'est Pas personnel. Bien d’autres pensent où penseront bientôt ainsi... et peu d'années s’écouleront peut-être avant que la France entière ne ressente ce que j’ai ressenti !”

Et après un nonveau silence :

“Mais, continua Poulailler en changeant de ton, ‘à n'est pas la question. Il s’agit de moi, de moi seul ? Je vous ai tout dit, monseigneur; et si vous savez quelle cause fatale m'a conduit dans la voie que j'ai suivie, VOUS Savez aussi que cette nuit-même je me suis vengé, OU, pour micux dire, j'ai vengé ceux qui avaient souffert !

— Vous n’aviez pas le droit d'agir ainsi, dit M. de Mirepoix.

— Cependant, si j'avais laissé vivre cns monstre ; n'eussent-ils pas frappé des innocents? -

ne

—Dieu défend la vengeance !

—Dieu ne défend pas de tuer le serpent ventineux !

—Le serpent venimeux n'est pas une créature humaine qu‘ nuisse :e répentir.

—Mossoigmeur, je vous en conJure, appelez sur mon a enir la ruisé corde de Dieu.

—{Jue voui zvous faire ?

Je vous l'ai dit et je vous le répète, ma vengeance accomplie, je veux renoncer à l'existence double que j'ai menée jusqu’à ce jour. Poulailler est mort ; Gilbert seul est de ce monde. Monseigneur, le bonheur est encore possible pour moi sur ceite terre. J'aime saintement Sabine, la fille de Dagé. Je travaillerai et nous serons heureux. (C’est cet amour, monseisneur. qui m'a conduit vers vous!

— (Comment ?

—Sabine est une sainte fille. La tromper serait impossible. Lui avouer la vérité, je ne le puis. Et cependant, je l'aime. Pour elle, je renonce à tout, à cette puissance mystérieuse et sans bornes que je possède. Monseigneur, lisez dans mon coeur et dane mon âme! Pour être l'époux de Sabine devant Dieu, il faut que je m'agenouille devant l’autel de Dieu; et pour accomplir cet acte, monseigneur, il faut que votre main me guide! Vous savez tout, monseigneur..…. Dois-je espérer ?”

L’évêque de Mirepoix demeura sans répondre. Il paraissait profondément recueilli en lui-même. Il se leva, et, marchant d’un pas lent et solennel vers Pou-: laiik r:

“Jurez, dit-il, sur votre salut éternel, que vous avez dit Tà vérité !”

Gilbert étendit les deux mains:

“Je le jure! dit-il; je le jure devant mon père et ma mère qui sont près de Dieu et qui m’entendent.

—Jurez que vous n’avez jamais frappé un innocent !

—Je le jure!

——Jurez que vous n’avez jamais agi que par une inspiration, et non en obéissant à un sentiment infâme !

—dJe le jure!

—Jurez que, à partir de cette heure, à moins de cas de légitime défense, vous ne frapperez jamais votre semblable, quelque misérable qu’il soit !

—Je le jure!

—Jurez, enfin, que vous serez digne de l'amour et de l'affection de celle que vous voulez nommer votre femme devant Dieu!

—Je le jure!

M. de Mirepoix étendit les mains au-dessus de la tête de Gilbert.

“Dieu, dit-il, est inépuisable dans son indulgence et dans son pardon.

—Mon père! dit Gilbert en demeurant à genoux, un2 dernière grâce!

—Que voulez-vous ?

—J’ai pu recueillir le cadavre de inon père ct je l’ai fait mettre en terre sainte; mais :elui de ma mère est demeuré là où les criminels l'avaient enseveli. Vous Savez, Monseigneur, que, dans la forêt de Sénart, un homme a été assez heureux, il y a trois mois, pour sauver la vie à Sa Majesté qu'uñ sanglier allait frapper ?

—Je sais cela.

—L'homme qui a sauvé la vie an roi, c’est moi!

— En vérité? v

—Oui, monseigneur. Le roi m’a promis qu’il m'accorderait ce que je lui demanderais la première fois que Je m’approcherais de lui. ÆEh bien! monseigneur, que Sa Majesté m’accorde de placer les restes de ma mère 2n terre sainte.

—Je verrai Sa Majesté ce matin au conseil,, dit l’évêque et je lui présenterai votre requête, ”

Gilbert s'était relevé.

“Monseigneur, dit-il, daignerez-vous main que je la baise.” L’évêque tendit à Gilbert, sa main quelle était l'anneau épiscopal.

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au uoigt de la-

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