‹ Le Comte de Saint-Germain [microforme]Chapitre 52 sur 53 · LES MARIAGES · texte numérisé non relu

LES MARIAGES

Ce soir-la, M. le comte de Saint-Germain avait été amené dans les appartements de Mme de Pompadour, et il avait été merveilleusement accueilli.

IT y avait là, dans le charmant salon, meublé avec un goût e”quis, tout un essaim de jolies femmes, et Saint- Germain était le seul homme an milieu de ces jolies femmes.

“En vérité, monsieur le comte, dit la marquis en souriant et en minaudant, ce n’est pas une tricherie ?

—Je vous affirme, madame, répondit le comte de Saint-Germain de l'air le plus grave, que je ne triche jamais.

—Cependant.... c’est tellement étrange, qu'il faut croire ou à un prodige ou à une plaisanterie,

—Ce n’est ni l’un ni l’autre.

—Qu’est-ce donc alors ?

—Le résultat de la science.

—Oh! firent les dames.

—Que Mme de Pompadour essaye elle-même, dit Saint-Germain, et qmand elle aura essayé, elle sera convaincue,

— Alors, donnez-moi la boîte.”

Saint-Germain prit sur la table, placée au centre de la pièce, une petite boîte bonbonnière d’une mignonne-

rie et d'un travail exquis. Cette bonbounière était en écaille noire et fort ueiie. Le dessus était orné d’une agate magnifique presque aussi grande que le couvercle. “Ouvrez la boîte, madame!” dit Saint-Germain. Mme de Pompadour obéit.

“Regardez bien le couvercle! reprit le comte en se tenant éloigné de la table avec une certaine affectation. —Je le regarde, monsieur, répondit la jolie marquise. —Et que regardez-vous donc ainsi?” dem:nda une

voix.

La marquise se retourna.

“Le roi!” dit-elle, Et elle courut avec empressement au-devant de Louis

XV, qui venait d’entrer sans se faire annoncer, suivant sa coutume, Le comte de Saint-Germain salua profondément le

roi.

“Que regardez-vous? demanda le roi.

—Cette hoîte, sire! répondit la marquise. Elle

senta la boîte d’écaille au roi.

“Cette boîte est fort jolie! dit Louis XV.

—Sire, reprit Saint-Germain, daignez regarder le

couvercle, dasans et dessous !

—Je l’examine des deux côtés.

— Votre Majesté veut-elle me permettre de lui de-

nré

mander ce qu’elle voit ?

—Pardieu! Ma Majesté voit l'endroit d’une belle

agate par-dessus, et l’envers de la belle agate, par-des-

sous. Ï1 me semble que je ne puis pas voir autre chose.

—S; !” dit Mme de Pompadour.

Saint-Germain alla prendre sur un meuble voisin une petite lampe à alcuol, non allumée, et il la plaça eur la table, devant le roi. Au-deseus de la lampe à alcool il y avait un support, mais incliné de côté.

“Sire, dit Saint-Germain. veuiilez poser cette boîte garnie de son couvercle sur ce Support, mais la poser renversée, c’est-à-dire la poser de manière que le couvercle soit en dessous,

—Comme cela? dit Louis XV en plaçant la boîte.

— -Oui, sire.”

Ainsi posée nn peu obliquement, la bonbonnière devait présenter son agate à la flamme. Saint-Germain se dirigea vers la cheminée, mais il s'arrêta subitement.

“Comme je désire que lopération ait lieu clairement, dit-il, je ne veux toucher à rien. Sa Majesté a posé la boîte sur le °Upport sans que j'aie effleuré cette boîte. inême du bout dn doigt.

—Saus doute! dit Louis XV

— Alors, que madame la marquise veuille bien prendre elle-même eur ja cheminée Ja : petite bougie, elle communique le feu à la méche empreinte d'alcool.”

Mme de Pampadour alimma 14 lampe. La flamme bleuâtre jaillit.

“Je prie Votre Macsté et ces dames d’entourer la table, mais à distance.” dit le comte de Saint-Germain.

Le comte avait pris lune de ses montres dans an sousset, et il interrogeait le cadran.

“Une minute! dit-il. Mainteuant, je prie le roi de reprendre cette boîte bonbonnière à laide de ces pinces.”

Saint-Germain présenta au roi une paire de longues pinces qu’il venait de Preudre dans la poche de son ha. bit.

Le roi prit les pinces. TI saisit la boîte et Ja posa sur la table,

Un même cri d'étonnement s’'échappa de toutes les bouches. [’agate du Couvercle avait absolumen disparu et, à sa place, on voyait un jolie {mail représentant une bergère au milieu de ses moutons.

Le roi ouvrit Ja boîte et €xamina atten, vement le couvercle,

“Ah! corbleu! dit-il, voilà qui est étrange. Qu'est devenue l’agate ?

— Votre Maesté désire-t-elie la revoir? demanda Saint-Germain.

—Certes, Je le désire !

—Alors, sire, reprenez les pinces et placez la bonbonuière sur le support.”

Le roi replaça la bote, Une autre minute s’écoula, l'agate reparut.

“Ah! parbleu! dit le roi en riant et en constatant cet inexplicable changement à vue, cette boîte fait merveille, et moi qui ai un cadeau à donner...

— Un cadeau! répéta la marquise.

— Même deux, matiame.

—À qui done, sire ?

—À la fille ct à la bru de Dagé.

—Eh mais! c’est vrai! c’est aujourd’hui qu'elles se marient.

— Et je leur ai promis, madame, que vous daigneriez assiste, à la bénédiction nuptial

—Oh! mais alors, sire, de tout mon coeur! dit Mme de Pompadour. Et vous vouliez leur donner cette boîte ?

—Dans le premier monent j'avait dit oui, mais en réfléchissant j'ai pensé que cotte boîte pouvait être l’oeuvre du démon.

— Et que leur donnez-vens ?

—Ce que vous voudrez, madame.

—Sire, j'ai carte blanche ?

—Oui... Cependant, ne me ruinez pas, car ruiner le roi c’est ruiner l'Etat.”

On gratta à la porte:

“Entrez!” dit le roi.

Binet, le fidèle valet de chambre. se glissa dans l’entrebaillement.

“Sire! dit-1l, les mariés viennent d'arriver.

—Et M. de Mirepoix ?

—Ï est à ia chapelle.

—C'est done Mgr de Mirepoix qui va célébrer le mariage ? dit Mme de Pompadour avec étonnement

—Non pas le mariage, mais les mariages.

—Le fait est qu’il y en a deux.

—-Et c’est M. de Mirepoix lui-même qui m’a demandé à consacrer es unions.

C’est très flatteur pour les mariés.

—Madame, nous allons descendre à la chapelle,” dit le roi.

Et se tournant vers Saint-Germain :

“Je vous invite à venir assister à la bénédiction nuptiale, mais à une condition cependant, c’est que vous ne trausformerez pas les mariés comme vous avez transformé l’agate.

—Sire, dit Saint-Germain, je n'aurais pas cette puissance.

—C’est heureux pour les maris.

—Mais, dit Mme de Pompadour, M. de Saint-Germain peut prédir l’avenir des jeunes époux.”

Saint-Germain fit un signe affirmatif.

“Faites venir les jeunes époux, sire ; le comte leur dira leur bonne aventure.

—Cela serait impossible, madame, dit vivement Saint Germain.

— Pourquoi ?

—Parce que le livre de l’avenir ne sera ouvert qu’après l’union consacrée.”

Le roi présenta la main à Mme de Pompadour.

“Venez à la chapelle !” dit-il.

Le roi et les dames descendirent les marches de l’escalier conduisant à la chapeile du château. Saint-Germain les suivait.

Nicette, Saline, Gilbert, Roland, Dagé et les invités

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